Actualisé 06.06.2011 à 15:57

Bactérie mortelle

La souche n'avait jamais provoqué d'épidémie

L'agence européenne de veille sanitaire a confirmé jeudi avoir identifié la bactérie à l'origine d'une épidémie d'infections qui a fait 18 morts. Elle n'avait jamais fait de dégâts importants avant.

La bactérie d'origine inconnue qui a déjà tué 18 personnes semait la zizanie en Europe jeudi. Madrid a réclamé des dédommagements après la mise en cause de ses concombres, tandis que Moscou décrétait un embargo sur les légumes européens, suscitant une vive réaction de Bruxelles.

L'Allemagne a annoncé un nouveau décès, une femme âgée qui a succombé dans un hôpital de Hambourg. Le bilan passe ainsi à 17 décès en Allemagne, et 18 au total avec celui annoncé en Suède mardi.

La Grande-Bretagne a à son tour signalé des cas d'infection à la bactérie E.coli (Eceh), tous liés à l'Allemagne.

Légumes espagnols disculpés

Rapidement désignés comme le vecteur de la maladie par les autorités sanitaires de Hambourg, épicentre de l'épidémie, les légumes espagnols sont désormais hors de cause. La Commission européenne a levé mercredi soir la mise en garde qui pesait sur eux.

Mais les dommages sont considérables pour l'agriculture ibérique, qui a vu ses exportations s'effondrer. Le Premier ministre du pays José Luis Rodriguez Zapatero est monté au créneau jeudi pour réclamer à l'Union européenne des «dédommagements des préjudices provoqués».

La veille, le ministre de l'Intérieur Alfredo Perez Rubalcaba n'avait pas exclu une plainte contre les autorités de Hambourg.

Décision russe controversée

Les Pays-Bas, l'Allemagne et, depuis jeudi, le Portugal réclament aussi des aides pour leur agriculture, alors que la décision de la Russie jeudi de décréter un embargo sur les légumes en provenance d'Europe risque d'aggraver la crise.

Le pays interdit depuis ce jeudi les importations de légumes frais en provenance de tous les pays de l'UE. La Commission européenne a immédiatement protesté, demandant la levée immédiate de cet mesure, qualifiée de disproportionnée.

Les exportations de légumes vers la Russie représentent environ 600 millions d'euros par an.

Trouver le vecteur

Le temps presse pour trouver le vecteur de la contamination. Le concombre exclu, les chercheurs allemands, qui planchent depuis des jours sur des centaines d'échantillons, sont face à une tâche gigantesque.

Ce ne sera «pas facile», a déclaré mercredi le commissaire européen à la Santé John Dalli, ajoutant que «ce n'est plus une question de traçabilité. Il faut demander aux gens ce qu'ils ont mangé». L'incubation est d'une dizaine de jours avant que la maladie ne se déclare, précisent les experts de la Commission.

Seule certitude: les crudités, consommées en grande quantité en cette saison, les fruits, mais aussi la viande sont dans la ligne de mire des scientifiques.

Souche rare

Le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (ECDC), basé à Stockholm, a confirmé jeudi l'identité de la bactérie comme une souche rare d'Escherichia coli. La bactérie semble en outre particulièrement agressive et résistante aux antibiotiques.

«La souche, isolée à partir de cas provenant de l'épidémie en Allemagne, n'a jamais été vue dans une épidémie auparavant», a précisé un porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève, Gregory Hartl. «Elle a été vue dans des cas sporadiques mais très rares», a-t-il ajouté.

L'Institut Robert Koch (RKI), établissement de référence en Allemagne pour la santé publique, a concédé de son côté que la source exacte de la maladie ne serait peut-être jamais découverte.

Nouveaux outils

Les recherches se poursuivent avec de nouveaux outils. L'Institut fédéral allemand pour l'évaluation des risques (BfR) a mis au point un nouveau test, en coopération avec des chercheurs français de l'Agence nationale de la sécurité sanitaire (Anses), pour détecter la bactérie dans les aliments.

La maladie se manifeste par des hémorragies du système digestif, et dans les cas les plus graves, par des troubles rénaux (syndrome hémolytique et urémique, SHU).

L'Allemagne déplorait jeudi plus de 2000 cas, 500 de plus que mercredi. Des malades ont aussi été enregistrés aux Etats-Unis, tous ayant apparemment transité par l'Allemagne. En Suisse, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) a fait état de deux cas. (ats/ap)

Sept contaminations au Royaume-Uni

Sept cas de contamination par la bactérie E.coli, ayant tous un lien avec l'Allemagne, ont été répertoriés au Royaume-Uni, a annoncé jeudi l'Agence nationale de protection de la santé.

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