Actualisé 14.09.2012 à 14:14

Médias

La SSR toujours interdite de pub sur internet

La SSR n'aura pas le droit de faire de la publicité sur Internet, a décidé le Conseil fédéral vendredi. Le gouvernement souhaite en revanche lui concéder davantage de possibilités journalistiques.

Le gouvernement aurait préféré que la SSR et les éditeurs s'entendent sur l'offre en ligne, mais leur désaccord persistant l'a obligé à trancher. Il maintient que la SSR devrait pouvoir exercer à moyen terme une activité commerciale sur Internet, a déclaré la ministre de la communication Doris Leuthard à la presse.

Mais cette ouverture est pour l'instant prématurée: les recettes publicitaires de la SSR ont connu une évolution positive ces deux dernières années. Cette décision qui pourra être revue selon la situation de la SSR facilitera le développement en ligne des éditeurs.

La SSR bien lotie

«Leur laisser une longueur d'avance pour trouver un modèle de financement de leur offre en ligne n'est que justice, la SSR ne va pas si mal», a estimé la conseillère fédérale. Même si personne n'a obligé les éditeurs à proposer leurs services gratuitement sur Internet, a-t-elle glissé.

Pas question pour autant d'empêcher la radio-télévision de service public de se développer et de s'adapter aux nouveaux besoins de son public. Les jeunes en particulier veulent avoir «tout, tout de suite et partout» et se détournent des médias classiques au profit de la toile. Selon certains scénarios, la SSR pourrait perdre un quart des recettes de la redevance TV d'ici à 2017.

Nouvelle concession

Pour que la SSR ne soit pas reléguée au second plan au profit des Google, Youtube et autres plateformes en ligne, elle doit bénéficier de règles du jeu assouplies. Le Conseil fédéral veut modifier sa concession au printemps prochain et compte mettre un projet en consultation encore cette année.

Le texte actuel est trop rigide. Il n'est guère judicieux que la SSR ne puisse mettre des vidéos en ligne qu'après leur diffusion au téléjournal, a illustré Mme Leuthard. Des contenus éditoriaux doivent pouvoir être placés sur internet indépendamment des programmes radio/TV, mais pas des journaux entiers.

Selon la conseillère fédérale, il faut un cadre clair. Les textes pourraient par exemple être limités à 1000 signes. La réalisation de ces contenus devrait se faire dans le cadre de l'enveloppe budgétaire de la SSR mais «cela ne devrait pas coûter si cher», la SSR ayant déjà du personnel pour s'occuper des contenus en ligne.

Commission des médias

Pour le Conseil fédéral, le débat sur le service public ne devra pas moins être mené. Les services de Doris Leuthard vont élaborer un projet pour créer une commission extraparlementaire des médias.

Son mandat précis reste à définir. Mais le nouvel organe devra observer le monde des médias et évaluer les besoins du public dans ce secteur en mutation pour conseiller le Gouvernement. La commission se composera essentiellement de représentants de la branche et de spécialistes qui seront désignés cet automne.

Selon la ministre de la communication, le conflit entre les éditeurs et la SSR a montré la nécessité d'un dialogue national. Ce qu'elle considérait au départ comme «une petite guerre» s'est révélé «un processus fructueux». Il y aura des coopérations, a assuré Mme Leuthard, car elles sont dans l'intérêt des deux parties.

La SSR fait contre mauvaise fortune bon coeur

Elle se dit satisfaite de la «plus grande marge de manoeuvre» pour son offre en ligne que le Conseil fédéral a décidé vendredi de lui accorder. Les éditeurs privés saluent quant à eux l'interdiction de publicité sur le site Internet de la SSR.

La décision du Conseil fédéral est «un signal fort en faveur des médias privés et contre les distorsions de la concurrence», écrivent Médias Suisses, l'association des médias privés romands, et son homologue alémanique Schweizer Medien.

Pour eux, la radio-télévision publique voit ses revenus liés à la redevance augmenter plutôt que baisser, puisque la population suisse, donc le nombre de personne devant payer la redevance, ne cesse de s'accroître.

Redéfinir la concession

Ils sont également satisfaits de la volonté du gouvernement de redéfinir la concession de la SSR. Des règles précises doivent délimiter les activités de la SSR sur le web. Ainsi, la concession doit «clairement» indiquer que le mandat de service public de la SSR «se limite à l'audio et à l'audiovisuel». «La SSR n'a pas le droit de publier un journal en ligne», a expliqué à l'ats Urs F. Meyer, directeur de Schweizer Medien.

La SSR, de son côté, attend les propositions concrètes du gouvernement sur ce qu'elle pourra publier sur ses sites Internet avant d'en dire plus. Elle compte cependant «atteindre les utilisateurs là où ils sont», c'est-à-dire en ligne, relève le groupe, qui déplore de ne pas pouvoir compenser la baisse de ses revenus publicitaire par la réclame sur Internet.

La SSR salue la création d'une commission de spécialistes pour les questions médiatiques. Cette décision va dans le sens «des intérêts de la place médiatique», alors que celle-ci doit faire face à «d'énormes défis» dans un contexte qui ne cesse d'évoluer.

La SSR se dit également prête à la coopération avec les éditeurs privés pour «trouver un intérêt commun aux deux parties» et renforcer la place médiatique suisse, selon le communiqué. (ats)

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