Actualisé 07.06.2006 à 10:48

La Suisse a «obéi servilement » aux USA

La Suisse n'est pas épargnée par le rapport de Dick Marty sur les vols secrets de la CIA en Europe.

Le sénateur tessinois dénonce une position «formaliste» de la Confédération et une «obéissance servile» aux Etats-Unis.

Bien que des avions suspects aient transité par l'espace aérien helvétique, Berne a renouvelé en février l'autorisation annuelle de survol de la Suisse pour les avions officiels américains sur la base d'»assurances verbales» fournies par Washington. Des assurances que Dick Marty juge «tardives» et «pas particulièrement crédibles à la lumière des faits établis».

Pour le rapporteur du Conseil de l'Europe, le Conseil fédéral a préféré adopter une position «formaliste», en se basant sur le «principe de confiance». «Il souhaitait clairement renouveler l'autorisation de survol, ce qu'il a fait sans poser plus de questions», déplore-t-il.

76 survols, six escales

L'Offfice fédéral de l'aviation civile (OFAC) a confirmé début avril que six vols américains ont fait escale en Suisse de septembre 2001 à septembre 2005 - cinq à Genève et un à Zurich. Il a par ailleurs chiffré à 76 le nombre de survols de la Suisse par des avions présumés de la CIA.

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) avait alors affirmé qu'il n'y a jusqu'ici pas de preuve que ces avions aient été utilisés pour des transfèrements extrajudiciaires de prisonniers. Si les assurances américaines devaient se révéler inexactes, le DFAE devrait réexaminer la situation.

Affaire Abou Omar

Selon M. Marty, la justice italienne a établi que la CIA avait transféré l'ancien imam de Milan Abou Omar, enlevé en février 2003 dans la capitale lombarde, vers l'Allemagne via l'espace aérien suisse et que le chef de cette opération «a séjourné en Suisse». Le Ministère public de la Confédération (MPC) a d'ailleurs ouvert une enquête préliminaire sur ce sujet.

Toujours dans la même affaire, Dick Marty relève que, selon des informations parues dimanche dans la presse suisse, les autorités helvétiques ont «délibérément échoué» à exécuter un mandat d'arrêt contre le chef de l'opération de la CIA, Robert Lady, alors qu'il se trouvait récemment à Genève. La police avait reçu l'ordre de le surveiller discrètement.

Selon «Le Matin Dimanche», Robert Lady et deux autres membres de son commando avaient également séjourné à deux reprises à Zurich à la fin de l'année dernière. Pour le sénateur tessinois, cet épisode «rallume les critiques à l'encontre des autorités (suisses), accusées d'obéissance servile à l'égard des Etats-Unis».

Interrogé par l'ATS, le porte-parole du MPC Hansjürg Mark Wiedmer a indiqué que les services du procureur général de la Confédération Valentin Roschacher avaient pris connaissance «avec intérêt» de cette affaire par les médias.

Fax égyptien

L'ancien procureur du canton du Tessin regrette les poursuites lancées par la justice militaire fédérale contre les journalistes du «Sonntagsblick» ayant révélé l'affaire du «fax égyptien». Selon lui, cette procédure se base «sur des règles dont la compatibilité avec le principe de liberté de la presse (...) est hautement douteux».

L'hebdomadaire zurichois avait publié le 8 janvier un fax du ministère égyptien des affaires étrangères adressé à son ambassade à Londres, mentionnant l'existence de lieux de détention secrets de la CIA au Kosovo, en Macédoine, Ukraine, Roumanie et Bulgarie. Les autorités invoquent l'interdiction de publier des débats officiels secrets. Une personne a été détenue durant une semaine dans le cadre de cette enquête. (ats)

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