Actualisé 23.01.2014 à 14:45

Santé mentaleLa Suisse a un bon système, mais peut faire mieux

Les problèmes de santé mentale coûtent cher aux personnes concernées et à l'économie. Le système suisse obtient des résultats satisfaisants pour y faire face, mais des améliorations sont nécessaires.

C'est ce qui ressort d'une étude de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). L'organisation prône notamment d'impliquer davantage les employeurs. Les problèmes de santé mentale engendrent des coûts qui représentent environ 3,2% du produit intérieur brut (PIB) suisse, indique l'OCDE dans une étude publiée jeudi. Ces charges sont dues aux pertes de productivité, aux dépenses sociales et aux soins de santé.

Les personnes atteintes de troubles mentaux sont largement surreprésentées dans tous les systèmes de prestations, et notamment les rentes d'invalidité, dont elles constituent actuellement près de 40% des nouvelles demandes. Globalement, le système suisse est efficace pour faire face aux problèmes, mais l'OCDE propose une série d'améliorations.

Impliquer les employeurs

Les employeurs devraient être incités à s'impliquer davantage. La loi exige d'eux qu'ils prennent les mesures nécessaires pour protéger la santé des salariés, mais selon les données disponibles, il semble que les employeurs suisses portent moins d'attention que dans de nombreux autres pays à la gestion des risques psychosociaux au travail.

Le suivi des absences pour maladie et la gestion du retour au travail sont essentiels à une prise en charge rapide des problèmes de santé mentale, relève l'étude. Mais les employeurs suisses n'ont aucune obligation légale dans ce domaine: leur responsabilité financière vis-à-vis des salariés malades dépend des contrats individuels, des accords collectifs et des contrats d'assurance.

Les améliorations de l'AI

Les auteurs de l'étude saluent les réformes de l'assurance invalidité (AI) réalisées ces dernières années. Elles ont permis de faire passer progressivement l'AI d'un système passif d'administration de prestations à un organisme de réadaptation professionnelle dynamique.

Certaines lacunes doivent toutefois encore être comblées. Par exemple, les évaluations médicales visent toujours principalement à établir si la personne peut prétendre à des prestations plutôt qu'à déterminer sa capacité à travailler. Et les évaluations médico-professionnelles sont rares; il est donc difficile de planifier les mesures de réadaptation.

La possibilité de signaler rapidement à l'AI les cas d'absences prolongées pour cause de maladie est en outre beaucoup trop rarement utilisée. Autre défaut du système, selon l'OCDE: un effet de seuil qui n'incite pas les assurés à accroître leur nombre d'heures de travail, en raison de revenus de remplacement élevés, encore augmentés par les prestations complémentaires cantonales.

Les offices de placement peuvent aussi améliorer leur efficacité, estime l'OCDE. Car leur personnel n'a souvent pas conscience de la proportion élevée, parmi les chômeurs qu'il accompagne, de personnes atteintes de troubles mentaux. Une meilleure détection permettrait de favoriser un retour rapide à l'emploi et d'éviter que ces personnes ne se coupent du marché du travail.

Collaboration interinstitutionnelle

Ces dix dernières années, les efforts en matière de collaboration interinstitutionnelle (CII) ont été considérablement intensifiés entre les différents systèmes - chômage, invalidité, aides sociales, constate l'étude. Ce processus constitue un pas dans la bonne direction.

Mais il reste beaucoup à faire pour dépasser la distinction souvent inadéquate entre les personnes aptes au travail, celles qui sont socialement défavorisées et celles atteintes d'invalidité. Autre point faible: la passivité du secteur de la santé et l'absence de contacts avec les employeurs.

Le système de soins de santé mentale tarde encore à prendre en compte les problèmes que rencontrent les patients sur le plan professionnel. Malgré les répercussions très positives d'un emploi sur la durée, les psychiatres n'ont généralement pas de contacts avec les employeurs. Cette lacune pourrait être comblée au niveau de la formation des médecins, suggère l'OCDE. (ats)

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