Détournement d'avion à Genève: «La Suisse a un toit troué»
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Détournement d'avion à Genève«La Suisse a un toit troué»

Denis Froidevaux, président de la Société suisse des officiers (SSO), s'inquiète du manque de moyens de la sécurité aérienne, à la suite du détournement d'avion à Genève lundi.

par
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Denis Froidevaux, quelle est la procédure actuelle d'interception d'un avion menaçant un édifice ou une ville suisse?

Si cela se passe durant les heures d'opération «Quick Reaction Alert», un avion de chasse suisse décolle ou est dévié de sa mission. Il procédera ensuite à des manœuvres pour forcer l'appareil à atterrir. Si cela ne suffit pas, il fera un tir de sommation, c'est-à-dire un tir au canon à côté de la cible. En dernière extrémité, il pourra abattre l'appareil, sur décision du Conseil fédéral.

Comment se passe la prise de décision du gouvernement?

Trois conseillers fédéraux, s'occupant des départements de la défense, de la justice et police et des affaires étrangères, sont habilités à prendre une telle décision. Il s'agit donc de M. Ueli Maurer, de Mme Simonetta Sommaruga et de M. Didier Burkhalter. Concrètement, le premier d'entre eux qui peut être joint par téléphone prendra la décision.

Si cela se passe en revanche en dehors des heures de bureau, est-ce que la défense antiaérienne serait en mesure d'abattre un tel avion?

Pas du tout. Il n'y a pas de défense antiaérienne pour un tel cas. Faute de moyens financiers et de volonté politique, notamment du Conseil fédéral, la Suisse a un toit troué.

Que se passe-t-il si un avion menace une zone frontière alors qu'il se trouve au-dessus d'un pays voisin?

La décision d'abattre une cible ne peut être prise que par le pays propriétaire de l'avion de chasse. Si un avion français devait avoir à tirer au-dessus du territoire suisse, la décision serait prise par Paris, avec l'autorisation du Conseil fédéral.

N'avez-vous pas été surpris par le temps de réaction lors du détournement de lundi?

Non, car un F/A-18 n'est prêt à décoller que lors d'événements comme le World Economic Forum de Davos, par exemple. Pour des cas comme celui de lundi, nous avons une collaboration internationale, qui a fonctionné.

Quels moyens faudrait-il pour que la Suisse assure elle-même sa couverture 24h sur 24?

Il faudrait 100 collaborateurs et une enveloppe supplémentaire de 43 millions de francs. En comparaison de l'excédent de recettes de 1,3 milliard réalisé l'année passée par la Confédération, il s'agit donc clairement d'un manque de volonté politique. Sans compter un nombre de 55 avions à disposition. Donc si le peuple n'accepte pas l'acquisition des Gripen, nous aurons un trou dans notre parapluie sécuritaire pour les vingt à vingt-cinq prochaines années.

Diriez-vous que nous avons donné le mode d'emploi aux terroristes potentiels pour attaquer la Suisse?

Non, car ça fait trois ans qu'il a été annoncé publiquement que la Suisse n'a pas de protection aérienne 24h sur 24.

42 minutes d'attente

Le pirate de l'air éthiopien a demandé la première fois l'asile à 5h17. L'autorisation d'atterrir n'a eu lieu qu'à 5h59. Soit 42 longues minutes d'incertitude, comme le relate «Le Temps» ce mercredi. Le copilote affirmait par ailleurs ne pouvoir compter que sur un seul des deux réacteurs de l'appareil. Mais ce point n'a pas encore été confirmé. Ce laps de temps a-t-il mis en danger la vie des passagers? Interrogés par le quotidien genevois, le Ministère public de la Confédération et l'Office fédéral de l'aviation civile n'ont pas réagi. L'enregistrement de la conversation entre le pirate de l'air et la tour de contrôle donne ceci: «Nous essayons d'avoir une réponse, mais il est difficile de joindre les autorités suisses car toute le monde dort». Il est alors 5h31. Les 202 passagers et membres d'équipage sont toujours en l'air.

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