Affaire SECO: «La Suisse est plus corrompue que pensé»
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Affaire SECO«La Suisse est plus corrompue que pensé»

Un employé du Secrétariat d'Etat à l'économie aurait attribué des contrats à des entreprises à des prix gonflés. En échange, il aurait bénéficié de voyages et de billets VIP. Selon un expert, plus de 90% des cas de corruption ne sont jamais dévoilés.

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Christoph Bernet/ofu
Le ministre de l'économie Johann Schneider-Ammann a ordonné jeudi l'ouverture d'une enquête administrative, a déclaré jeudi Rudolf Christen, porte-parole du Département fédéral de l'économie (DEFR), confirmant une information du «Tages-Anzeiger» et du «Bund»

Le ministre de l'économie Johann Schneider-Ammann a ordonné jeudi l'ouverture d'une enquête administrative, a déclaré jeudi Rudolf Christen, porte-parole du Département fédéral de l'économie (DEFR), confirmant une information du «Tages-Anzeiger» et du «Bund»

Dr Jean-Pierre Méan, un collaborateur du SECO se serait fait offrir des voyages, des billets VIP et du matériel pour plusieurs dizaines de milliers de francs de la part d'une entreprise informatique. En échange, cet employé a attribué à cette firme des contrats à des prix gonflés. Comment est-ce possible?

D'une part, les instances de contrôle n'ont pas fait leur boulot. Et d'un autre côté, de nombreux employés fédéraux n'ont toujours pas compris qu'il y a eu un changement culturel ces dix dernières années. Avant, les cadeaux et les petits services entre amis étaient normaux. Cela ne veut pas dire que cette affaire-là aurait été tolérée il y a quelques années. Ce que je veux dire, c'est qu'avant, il n'y avait pas vraiment de règles dans ce domaine.

Mais comment une chose pareille a-t-elle pu se produire alors que de nos jours tout est réglementé, surtout dans les administrations fédérales?

Les règles sont claires, mais les administrations fédérales peinent à suivre. On a bien vu, avec l'échec du projet Insieme, que des hauts fonctionnaires avaient essayé de contourner les règles. L'affaire avait d'ailleurs coûté son poste au chef de l'informatique de l'Administration fédérale des contributions.

La proximité entre les administrations fédérales et les entreprises auxquelles elles attribuent des contrats peut être problématique. Combien d'anciens cadres d'administrations fédérales rejoignent-ils l'économie privée en intégrant ce genre de firmes? Est-ce que cette proximité favorise la corruption?

C'est sûr que cela peut être problématique et favoriser des situations ambiguës. C'est pour cela qu'il faut des contrôles. Les administrations fédérales devraient créer une sorte de banque de données centrale recensant tous les contrats qui ont été attribués à des firmes privées. De cette manière, on peut vérifier simplement si une même société est régulièrement avantagée.

Dans les pays du tiers-monde, les personnes justifient souvent la corruption en affirmant que les fonctionnaires ne gagnent pas assez d'argent. Ce qui n'est clairement pas le cas en Suisse. Qu'est-ce qui pousse quelqu'un à aller à l'encontre de la loi pour un billet de football VIP?

C'est l'avidité. Elle n'a pas de limite. Même les fonctionnaires qui gagnent beaucoup d'argent, peuvent se faire avoir.

La corruption touche toutes les couches d'une société. Est-elle très répandue en Suisse?

Notre pays est bien plus corrompu que pensé. Mais je ne crois pas que la corruption soit omniprésente en Suisse. C'est juste qu'à notre époque, un nombre croissant d'affaires sont révélées au grand jour. Mais je pense qu'elles ne sont que la pointe de l'iceberg. Selon moi, plus de 90% des cas ne sont jamais dévoilés.

Dr Jean-Pierre Méan

Jean-Pierre Méan est président de Transparency International Suisse. L'ONG lutte contre la corruption au sein des autorités et de l'économie privée.

26 millions en 3 ans

De nouveaux détails sur l'affaire de corruption qui secoue le SECO viennent de filtrer. Selon le «Tages-Anzeiger», l'entreprise - qui s'est vu attribuer plusieurs contrats à des prix gonflés - aurait touché plus de 26 millions de francs en 3 ans. Contacté par nos collègues alémaniques, le SECO a réagi: «Nous avons demandé le licenciement du collaborateur concerné et avons déposé plainte.»

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