Guantanamo: La Suisse est prête à prendre en charge des détenus
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GuantanamoLa Suisse est prête à prendre en charge des détenus

Le Conseil fédéral pourrait décider de prendre en charge des détenus libérés du camp américain de Guantánamo.

La Suisse, tout comme les défenseurs des droits de l'homme, a salué mercredi la suspension des commissions militaires de Guantanamo, annoncée par l'administration Obama.

«La Suisse est prête à examiner de quelle manière elle pourrait contribuer à résoudre le problème de Guantanamo», a rapporté mercredi devant la presse le vice-chancelier Oswald Sigg à l'issue de la séance hebdomadaire du Conseil fédéral.

Cette contribution pourrait se traduire par une prise en charge de détenus libérés de la base navale américaine située à Cuba. Washington a en effet demandé à la Suisse d'accueillir des prisonniers, avait-on appris en décembre dernier.

Le gouvernement suisse veut toutefois analyser cette possibilité de manière «détaillée et minutieuse», en particulier pour ce qui relève des aspects sécuritaires et juridiques.

Seule précision apportée par Oswald Sigg, la Suisse a pris seule les devants, sans concertation avec l'Union européenne (UE). Interviewée récemment dans Le Temps, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf avait pourtant lié la participation de la Suisse à un plan d'ampleur européenne.

La Suisse, une terre d'accueil idéale

Aux yeux d'Amnesty International, la Suisse est un pays approprié pour l'accueil de détenus de Guantanamo. Elle offre des programmes de réhabilitation et d'aide aux victimes de la torture, a expliqué la porte-parole de la section suisse Manon Schick à l'ATS.

L'organisation de défense des droits de l'homme avait aidé trois personnes actuellement détenues à Guantanamo à déposer une demande d'asile auprès des autorités helvétiques. L'Office fédéral des migrations (ODM) a rejeté ces demandes. Les prisonniers ont tout trois fait recours. La procédure est en cours au Tribunal administratif fédéral.

Situation «kafkaïenne»

La question de l'accueil des détenus est centrale pour permettre la fermeture de la prison américaine. Le nouveau président des Etats-Unis Barack Obama, qui en avait fait l'un de ses sujets de campagne, sera confronté à de «graves difficultés», estime le Suisse Dick Marty.

«Le problème c'est qu'on ne sait pas comment fermer Guantanamo», a dit mercredi à l'ATS le rapporteur du Conseil de l'Europe et conseiller aux Etats (PRD/TI), qualifiant la situation de «kafkaïenne».

Environ 250 personnes y sont encore détenues. Soixante ne sont plus sous le coup de poursuites, selon Amnesty, mais la plupart ne peuvent pas regagner leur pays. Certains Etats refusent de les reprendre alors que dans d'autres, ces personnes sont menacées de mort.

Les quatre mois de suspension décrété au premier jour de travail de l'administration Obama serviront à chercher une solution quant à l'avenir des personnes encore détenues sur la base américaine, a expliqué Manon Schick. Les détenus qui font l'objet d'une procédure doivent être transféré sur sol américain pour y être jugés, a-t-elle dit.

L'Europe hésitante

Le Portugal a été le premier pays de l'UE a faire part de sa disponibilité à accueillir des détenus de la base navale américaine. Mais d'autres des 27 sont moins enthousiastes.

Ainsi, une querelle a éclaté mercredi au sein du gouvernement de coalition allemand. Le ministre de l'intérieur Wolfgang Schäuble s'est dit opposé à l'accueil de détenus, estimant que c'était aux Etats-Unis de les prendre en charge.

Son collègue des affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a lui écrit à Barack Obama pour lui proposer l'aide de l'Allemagne. La chancelière Angela Merkel s'est elle dite prête a discuter avec Washington. Les ministres des affaires étrangères des Vingt-Sept évoqueront le sujet lors de leur prochaine réunion, le 26 janvier. (ats)

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