Actualisé 25.05.2020 à 07:00

Cinéma

La Suisse, l’Iran et l’Argentine sur vos écrans

Voici quelques propositions de nouveaux films à découvrir qui devraient largement occuper votre semaine.

de
Marine Guillain
 «Los sonambulos», de Paula Hernández

«Los sonambulos», de Paula Hernández

- DR

Durant le confinement, des dizaines de cinéastes suisses ont participé au projet Lockdown. Le principe? Partager leur vision de la pandémie et du confinement à travers un court métrage, réalisé avec les moyens du bord. Résultat: 33 petits films d’une dizaine de minutes, documentaires ou fictions, ont vu le jour. Les dix films romands (qui peuvent déjà être visionnés en ligne ici) et un choix des meilleures productions alémaniques et tessinoises seront diffusées mardi 26 mai 2020 à 22h40 sur RTS 2.

Stéphane Goël a filmé ses parents, agriculteurs à la retraite qui se sentent mis à l’écart par ceux qui veulent les protéger («Les pestiférés»). Léo Maillard a passé le confinement avec son fils de 14 ans, à chercher la bonne distance entre intimité et pudeur («14»). Le résultat est drôle, touchant, sincère et poétique. Séverine Barde rend un hommage émouvant à sa grand-maman de coeur, décédée du Covid («Elena»). Germinal Roaux s’émerveille des miracles de la nature («Revoir le printemps») et Frédéric Choffat va à la rencontre de ceux qui sont «Confinés dehors».

Frédéric Gonseth et Catherine Azad ont eux opté pour la fiction: En 2030, alors qu’une nouvelle pandémie frappe cette fois les enfants, un grand-père se porte au chevet de son petit-fils plongé dans le coma («Virula»). Et bien honnêtement, le confinement semble avoir fait fourmiller la créativité de nos cinéastes, qui ont pour la plupart réalisé de petits bijoux aussi imaginatifs que poétiques. À ne pas manquer!

«Virula», de Frédéric Gonseth & Catherine Azad

«Virula», de Frédéric Gonseth & Catherine Azad

- DR

Productions iraniennes à l’honneur

La 6e édition du Festival du film iranien se déroulera en ligne et sera gratuite. Une aubaine pour les Romands, puisque habituellement cet événement se déroule à… Zurich! Onze films en compétition et neuf courts métrages sont à découvrir entre le jeudi 28 mai 2020 et le 3 juin 2020 (en farsi sous-titrés anglais). Chacun à une date et à un horaire bien précis, comme lors de vraies séances en somme. Entre Maryam qui se retrouve condamnée à mort pour avoir accidentellement tué son mari («Yalda, a Night for Forgiveness»), Homa qui part à la recherche de son frère alors qu’il ne lui reste plus que quelque temps à vivre («Once A Woman») et trois destins croisés d’Afghanes enceintes («Hava, Maryam, Ayesha»), Les femmes seront le fils conducteur de cette édition 2020.

«Yalda, a Night for Forgiveness»

«Yalda, a Night for Forgiveness»

- DR

La sortie de la semaine

Dans «Los sonambulos», Ana, 14 ans, arrive dans la maison de campagne familiale pour le Nouvel-An avec ses parents. Mais entre alcool, chaleur, peurs, épuisement, manque de compréhension et rébellion, l’ambiance est tout sauf détendue. Et tout ça va s’envenimer avec l’arrivée d’Alejo, un cousin rebelle et charmeur… Réalisé par Paula Hernández, ce long métrage est à découvrir dès le vendredi 29 mai 2020 sur Filmingo. Pas vu.

Récap’ des dernières sorties

Depuis fin mars 2020, le distributeur Outside the Box sort un nouveau film chaque mercredi, en collaboration avec une trentaine de cinémas romands. Il suffit d’aller sur le site du distributeur ou d’un des cinémas et de choisir le film voulu. La séance VOD coûte 10 fr.: la moitié de cette somme va aux salles, et l’autre moitié au distributeur du film. «Une manière de soutenir un secteur d’activité frappé de plein fouet par les mesures de confinement et de maintenir vivants les rituels de sortie du mercredi», indique Outside the Box. Pour rappel, voici les longs métrages inédits déjà sortis, accompagnés d’une petite critique et d’une bande-annonce.

«Une colonie», de Geneviève Dulude-De Celles

«Euthanizer», de Teemu Nikki

Après la Lettonie («Oleg») et la Suède («The Giant»), on reste dans le cinéma nordique. Le distributeur Outside the Box nous emmène cette fois-ci en Finlande avec «Euthanizer». Dans cette comédie noire, passablement violente, un mécanicien misanthrope arrondit ses fins de mois en euthanasiant des animaux. «Les petits, je les gaze et les grands, je leur tire une balle», explique-t-il, impassible, à une cliente. Chats, chiens et cochons d’inde y passent, amenés par des locaux qui veulent s’en débarrasser. En posant là-dessus une histoire d’amour singulière, des vengeances sanglantes et de superbes idées de mise en scène, Teemu Nikki nous propose une oeuvre des plus atypiques… et jouissives! ****

«The Giant», de Johannes Nyholm

Il ne ressemble à rien d’autre, ce film. Ne prenez pas peur! Il est aussi accessible qu’il est inclassable. Dans cette petite merveille venue de Suède, Rikard a un rêve: participer au Championnat nordique de pétanque. Et cet autiste au visage très déformé, abandonné par sa mère à la naissance, va tout faire pour y parvenir. Ailleurs, dans la nature norvégienne, sauvage et mystique, quelque chose grogne, une force, prête à se réveiller… Dingue, la manière dont le long métrage de Johannes Nyholm captive! Cette fable à la fois fantastique et ultraréaliste fait forcément penser à «Elephant Man» de David Lynch, aux «Idiots» de Lars von Trier et au plus récent «The Peanut Butter Falcon» (on vous en avait parlé ici). Les qualités de «The Giant»? Une chouette bande-son, une jolie relation entre Rikard et son ami Roland, une ode à la liberté, à la différence, à la lumière, à l’espoir. Et qui l’aurait cru? Le film parvient à redonner ses lettres de noblesse à la pétanque (voire, osons le dire, à la rendre palpitante!). Soudain, cette discipline devient poétique et pleine de sens, par exemple lors de cette scène où elle est comparée au système solaire, quand Roland explique que le plus beau coup n’est pas de s’approcher du centre, mais de le déplacer… ****

«Oleg», ou le boucher qui se fait dévorer tout cru

C’est une première suisse. Présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, le film du Letton Juris Kursietis sort en ligne avec Outside the Box. Lourd, pesant, ce drame raconte le parcours impitoyable d’un immigré letton qui arrive en Belgique pour exercer sa profession: boucher. Mais le jeune homme perd rapidement son job, et en plein désespoir, tombe sous la coupe d’un Polonais pervers et manipulateur qui fait de lui son esclave moderne. Toujours au plus proche de la réalité, «Oleg» souffre d’un parallèle religieux (le protagoniste se voit comme l’agneau sacrifié de Dieu) inutile et redondant, même s’il permet de belles images oniriques. Pour le reste, on a été pris par cette descente aux enfers implacable. ***

«Al-Shafaq»: Les Dégâts Du Djihad

Mercredi 22 avril 2020, sort «Al-Shafaq», de la réalisatrice turco suisse Esen Isik. Dans ce drame, il y a Abdullah, père de famille musulman pratiquant qui habite à Zurich. Il y a le jeune Burak, qui cherche son équilibre et se laisse embrigader vers le djihad. Et il y a Malik, un enfant kurde qui a atterri dans un camp de réfugiés avec son grand frère. Si la thématique portée à l’écran n’est pas nouvelle, l’émouvant «Al-Shafaq» croise les regards de ses protagonistes avec brio et tire d’autant plus son épingle du jeu grâce à une belle sobriété et à de superbes jeux d’acteurs. ***

«midnight family»: Virée hallucinante en ambulance mexicaine

Ce doc palpitant sur des ambulanciers devait initialement sortir en salle le 18 mars 2020. Il suit la famille Ochoa, qui nuit après nuit, se met en chasse de clients solvables dans son ambulance privée. Cela à Mexico City, où l’État met en service moins de 45 ambulances pour 9 millions d’habitants. Course pour arriver le premier, problèmes avec les flics, corruption, pauvreté; voilà un quotidien sacrément mouvementé! Vous serez certainement happés et ne manquerez pas de vous étonner que Luke Lorentzen, réalisateur américain de 27 ans, soit parvenu à placer une caméra dans ce boxon! ***

«The Charmer», de Milad alami

Esmail (Aradalan Esmaili), jeune iranien vit au Danemark où il travaille comme déménageur. Le soir, il enfile son costard et sort boire des verres, à la recherche d’une conquête. S’il pouvait se marier, cela lui permettrait d’obtenir un permis de séjour et de rester au Danemark… Un jour, il rencontre Sara, (Soho Rezanejad, sublime), qui voit immédiatement clair dans son jeu. À travers «The Charmer», Milad Alami traite de l’exil avec mélancolie. Comment trouve-t-on sa place dans une société qui n’est pas la nôtre, et que fait-on quand l’amour s’en mêle? Le réalisateur prend soin de ne jamais juger son personnage principal, et donne à son film des airs de thriller. Proposé par Sister Distribution, «The Charmer» est à découvrir sur Filmingo. ***

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