Moyen-Orient: La Syrie accepte l'envoi d'observateurs
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Moyen-OrientLa Syrie accepte l'envoi d'observateurs

Damas a «répondu positivement» à la demande de la Ligue arabe pour l'envoi d'observateurs en Syrie, mais réclame l'annulation des sanctions prises récemment par l'organisation pan-arabe.

Selon un porte-parole du ministère, Jihad Makdissi, le chef de la diplomatie syrienne Walid al-Moallem «a répondu positivement» à la requête de Ligue arabe, dans une lettre adressée dimanche soir à son secrétaire général Nabil Elaraby.

«Nous attendons la réponse de la Ligue Arabe, et que toutes les décisions prises par la Ligue en absence de la Syrie soient annulées», a ajouté M. Makdissi.

La Ligue arabe a adopté le 27 novembre des sanctions sans précédent contre la Syrie pour tenter d'amener ce pays à mettre fin à huit mois de répression meurtrière des manifestations contre le régime. Damas a dénoncé ce qu'il considère comme une trahison de la solidarité arabe.

Les mesures comprennent notamment la suspension de toutes les transactions avec la Banque centrale syrienne et du financement de projets en Syrie. Dix-neuf dignitaires du régime -mais pas le président Bachar el-Assad- se sont par ailleurs vus signifier une interdiction de déplacement dans les pays de la Ligue.

Les 22 membres de l'organisation pan-arabe avaient donné jusqu'à dimanche au président Bachar el-Assad pour répondre à son plan, qui appelait à l'envoi d'observateurs chargés de vérifier la fin de la répression contre les manifestants. Ils avaient également menacé Damas d'impliquer les Nations Unies dans la crise.

34 enlevés retrouvés morts

Trente-quatre Syriens enlevés lundi par des «Shabiha», des miliciens pro-régime, ont été retrouvés morts dans la ville de Homs (centre), a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

L'OSDH, basé à Londres, a indiqué avoir été informé par un militant sur le terrain qui avait «vu les corps de 34 civils, enlevés par les Shabiha lundi, sur une place dans le quartier Al-Zahra, favorable au régime».

Les civils ont été enlevés dans plusieurs «quartiers anti-régime» dans la ville de Homs, cible d'une répression violente de la contestation qui secoue la Syrie depuis bientôt neuf mois.

Contre-mesures visant la Turquie

Le gouvernement syrien a pris des mesures contre la Turquie, un de ses principaux partenaires économiques, en rétorsion aux sanctions économiques prises par Ankara, ont rapporté lundi les médias syriens.

«En tenant compte de l'intérêt national et à titre de réciprocité, le gouvernement syrien a décidé de prendre une série de mesures» contre la Turquie, écrit le quotidien du parti au pouvoir, Al-Baas.

Les autorités syriennes, qui avaient déjà annoncé jeudi la suspension de l'accord de libre-échange conclu avec la Turquie en 2004, ont décidé «une hausse de 30% des taxes à l'importation des produits turcs». Elles ont également décidé d'imposer des «charges sur le fioul et le passage des véhicules turcs».

Un économiste syrien cité par l'agence officielle Sana a estimé que la Turquie était «le plus grand perdant».

Le ministre syrien de l'Economie Mohammad Nidal al-Chaar a prévenu que «les importations en provenance de la Turquie allaient énormément baisser à cause de la suspension de l'accord de libre-échange».

La Turquie, l'un des principaux partenaires économiques de la Syrie, a emboîté mercredi le pas à la Ligue Arabe et annoncé une série de sanctions économiques contre le régime syrien, dont un gel des transactions commerciales et des transactions entre les banques centrales turque et syrienne.

En décembre 2004, Damas et Ankara avaient signé, après plusieurs années de négociations, un accord de libre-échange à l'occasion d'une visite du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à Damas, scellant ainsi le rapprochement des deux voisins longtemps en délicatesse.

Il avait été suivi en septembre 2009 par un accord instituant un «conseil de coopération stratégique de haut niveau» en vue d'une intégration économique, alors que les deux pays avaient ouvert leurs frontières en supprimant les visas. (ap/afp)

Sept civils tués à Homs, des dizaines d'étudiants arrêtés

Sept civils ont été tués lundi par les forces de sécurité à Homs (centre), haut lieu de la contestation contre le régime du président syrien Bachar al-Assad, alors qu'une cinquantaine d'étudiants ont été arrêtés ces derniers jours, selon des militants.

«Quatre civils ont été tués et cinq blessés par des balles tirées lors de funérailles, depuis un barrage, dans le quartier de Deir Balaa», a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Un cinquième civil a été tué par les troupes près de l'hôpital national de Homs.

A Houla, dans la région de Homs, «un homme et une femme ont péri également sous les tirs de la Sécurité». Et les milices loyales au régime, les chabbiha, ont kidnappé 13 voyageurs et le chauffeur d'un autocar qui circulait dans cette même région.

Au moins 30 personnes avaient été tuées dimanche à Homs (160 km au nord de Damas), assiégée par les forces de sécurité depuis plus de deux mois.

Dans la région d'Idleb (nord-ouest), «des affrontements violents se déroulaient entre déserteurs et l'armée régulière dans les localités d'Ihsem et al-Bara», selon l'OSDH, basé au Royaume-Uni.

Toujours dans cette région, plus de 15 véhicules militaires transportant des soldats de l'armée régulière se sont déployés dans la localité de Bab al-Hawa, à la frontière avec la Turquie, ont annoncé les Comités locaux de coordination (LCC), un des groupes qui chapeautent les manifestations sur le terrain.

Dans le gouvernorat de Deraa (sud), quatre membres des forces de sécurité dont un officier ont été tués par des déserteurs devant le tribunal de Daël. Des perquisitions ont ensuite été menées et les agents de la sécurité encerclent Daël, selon l'OSDH qui a fait état de «plusieurs civils grièvement blessés».

Par ailleurs, les services de sécurité ont arrêté dix étudiants qui participaient à une manifestation anti-régime à Harasta, près de Damas. Et dans la ville côtière de Jabla, huit étudiants ont été arrêtés dans leur lycée, sous l'accusation d'insultes contre M. Assad, ont indiqué l'OSDH et les LCC.

Dans la ville côtière de Banias, 32 personnes ont été arrêtées lors d'une manifestation, et plusieurs autres dans le village voisin de Baïda.

Selon l'OSDH, trente étudiants originaires de Deraa, où est née la contestation, ont été interpellés et 60 autres, également originaires de cette région, ont été renvoyés de l'Université de Techrine à Lattaquié (nord-ouest).

«Ces étudiants ont reçu des menaces, subi des pressions et fait l'objet de mauvais traitements et d'insultes de la part de leurs collègues en raison de leurs appartenances communautaire et religieuse», a dénoncé l'OSDH.

Total suspend ses activités pour se conformer aux sanctions européennes

Le géant pétrolier français Total a indiqué lundi qu'il suspendait ses activités en Syrie afin de se conformer aux sanctions européennes qui visent indirectement son partenaire dans le pays.

«Nous avons informé les autorités syriennes de notre décision d'arrêter nos opérations avec GPC (General Petroleum Corporation), afin de nous conformer aux sanctions. Cela inclut à la fois notre production sur Deir Ez Zor et notre contrat Tabiyeh Gas», a indiqué le groupe dans un communiqué. «Notre principale priorité reste la sécurité de nos employés», ajoute Total.

L'Union européenne avait annoncé jeudi de nouvelles sanctions contre la Syrie, théâtre d'une répression sanglante de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad.

Les sanctions de l'Union Européenne prévoient notamment l'interdiction d'exporter vers la Syrie des équipements à destination de l'industrie gazière et pétrolière ou des logiciels permettant la surveillance des communications internet et téléphoniques.

La société partenaire de Total, Deir Ez Zor Petroleum Company (DEZPC), n'est pas directement visée par les sanctions européennes, mais la «liste noire» touche notamment la société d'Etat chargée de l'exploitation et de l'exportation GPC, actionnaire à 50% de DEZPC.

Total, qui a produit l'an dernier quelque 39'000 équivalent-barils de pétrole et de gaz syrien par jour, est avec Shell l'une des deux principales compagnies étrangères dans le pays.

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