Actualisé 28.12.2011 à 16:05

Syrie

La Syrie libère des détenus

Les autorités syriennes ont libéré 755 détenus «impliqués» dans le soulèvement populaire contre le régime du président Bachar al-Assad, tandis qu'on leur reproche d'en cacher d'autres.

La télévision publique syrienne a annoncé que «755 détenus, impliqués dans les derniers événements en Syrie et qui n'ont pas de sang sur les mains, ont été libérés».

Cette mesure intervient alors que des observateurs de la Ligue arabe sont déployés depuis mardi en Syrie pour surveiller la situation dans ce pays, secoué par une révolte populaire sans précédent, réprimée dans le sang.

La mission des observateurs fait partie d'un plan de sortie de crise de la Ligue arabe, prévoyant également la libération des manifestants arrêtés.

Au cours du mois de novembre, plus de 4300 personnes arrêtées dans le cadre de la répression ont été libérées par les autorités syriennes.

Les associations syriennes de défense des droits de l'Homme et l'ONU chiffrent à plusieurs milliers le nombre des personnes arrêtées depuis le début du soulèvement populaire, le 15 mars. Au total, plus de 5000 ont été tuées dans les violences, selon l'ONU.

Critiques de Human Rights Watch

De son côté, Human Rights Watch a accusé mercredi le régime syrien d'avoir transféré de nombreux détenus vers des sites interdits aux observateurs de la Ligue arabe.

Les autorités syriennes ont transféré des centaines de détenus vers des sites militaires interdits aux observateurs arabes arrivés en Syrie lundi, a déclaré mercredi Human Rights Watch (HRW). L'ONG presse la Ligue arabe d'exiger «le plein accès à tous les sites» de détention, «conformément à son accord conclu avec le Gouvernement syrien».

Un membre des forces de sécurité syriennes à Homs, bastion contestataire dans le centre du pays, a confié à HRW qu'après la signature du protocole entre Damas et la Ligue arabe, le directeur d'une prison de Homs avait ordonné un transfert des détenus.

Selon cette source, les 21 et 22 décembre, entre 400 à 600 détenus ont été transférés vers d'autres lieux de détention auxquels les observateurs internationaux n'auraient pas accès, notamment un centre militaire de fabrication de missiles situé à Zaidal, dans la périphérie de Homs. Ce témoignage concorde avec d'autres recueillis par HRW en Syrie.

Un subterfuge

«Le Gouvernement syrien a montré qu'il ne reculera devant rien pour entraver la surveillance indépendante de la répression qu'il exerce. La Ligue arabe doit réagir à ce subterfuge et insister clairement sur un accès complet à tous les détenus», écrit Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à HRW dans un communiqué

Selon le protocole d'accord signé entre la Syrie et la Ligue arabe le 19 décembre dernier, les observateurs sont «libres de communiquer avec quiconque, en coordination avec le Gouvernement syrien». Mais le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, avait, lui, déclaré à la presse le 19 décembre que les observateurs ne pourraient pas accéder aux «points militaires sensibles».

Les observateurs au travail

Les observateurs de la Ligue arabe ont pu visiter mercredi des quartiers rebelles de Homs, dans le centre de la Syrie, sur fond de craintes occidentales de voir leur mission escamotée par manque de temps ou de liberté de mouvement.

Ils devaient se rendre mercredi à Deraa (sud), Hama (centre), Idleb (nord-ouest) et près de Damas, des foyers de la révolte.

Ils ont également pu visiter des quartiers de Homs, un des bastions de la contestation et troisième ville de Syrie située à 160 km au nord de Damas, où ils ont rencontré des habitants, a annoncé la télévision syrienne.

Selon des militants sur place, cités par l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), des observateurs ont accédé finalement au quartier rebelle de Baba Amro après en avoir été empêchés par des habitants en raison de la présence avec eux d'un officier de l'armée syrienne.

Les habitants ont demandé aux observateurs de «venir voir les personnes blessées et les parents des martyrs, et non pas des membres du parti Baas» au pouvoir.

Le comité des observateurs s'est rendu ensuite dans un autre quartier rebelle, Bab Sebaa, où le régime avait préparé un défilé de partisans du président Assad.

(ats)

Opposant agressé à Berlin: l'ambassadeur syrien «invité» à s'exprimer

Le ministère allemand des Affaires étrangères a reçu mercredi l'ambassadeur de Syrie, «invité» à s'exprimer après les accusations selon lesquelles Damas serait derrière l'agression d'un opposant au régime syrien à Berlin.

Ce rendez-vous a été l'occasion «de rappeler au diplomate que toute menace de violence ou tentative d'intimidation contre l'opposition syrienne sur le territoire allemand ne serait en aucune façon tolérée», a affirmé une porte-parole du ministère des Affaires étrangères à l'issue de la visite de l'ambassadeur.

«Si de tels actes se produisaient, il n'y aurait pas d'hésitation» et Berlin «en tirerait les conséquences nécessaires», a-t-elle précisé.

Il ne s'agissait pas d'une convocation mais d'une «invitation» à venir «donner sa version sur les accusations» dont son pays fait l'objet, avait souligné le porte-parole adjoint du ministère, Martin Schäfer, lors d'une conférence de presse gouvernementale, plus tôt dans la journée.

M. Schäfer, ainsi qu'un porte-parole du ministère de l'Intérieur, a indiqué n'avoir aucune information concernant d'éventuelles agressions d'opposants par les services secrets syriens sur le sol allemand.

Il a demandé aux enquêteurs de «faire toute la lumière» sur le passage à tabac de Ferhad Ahma, «en particulier en ce qui concerne les accusations contre la Syrie».

Au cours de l'entretien avec l'ambassadeur, le gouvernement allemand a également demandé à la Syrie «de faire cesser les effusions de sang, de libérer les prisonniers politiques et d'opérer une transformation démocratique».

Dans la nuit de lundi à mardi, deux hommes affirmant être des policiers se sont présentés au domicile de M. Ahma, 37 ans, traducteur et élu municipal Vert à Berlin. Originaire du Kurdistan syrien et membre du Conseil national syrien (opposition), il vit à Berlin depuis 1996.

Alors que le militant ouvrait la porte, il a été immédiatement frappé à coups de barre de fer et de matraque, occasionnant de graves contusions et des blessures multiples.

Les agresseurs, silencieux lors de l'agression, ont pris la fuite à l'arrivée d'un voisin. Les Verts ont précisé que M. Ahma avait auparavant été menacé et que les deux agresseurs semblaient d'origine arabe.

Après que les Verts eurent formulé leurs accusations, l'enquête policière a été confié au service en charge des délits à motivation politique.

Dans un entretien à l'agence allemande DPA mercredi, M. Ahma a enjoint aux autorités allemandes de prendre une position ferme car «cela servira aussi à la protection des autres opposants syriens en Allemagne».

Les services de renseignement syriens sont actifs en Allemagne, où vit une importante communauté syrienne, selon l'Office de renseignement intérieur allemand (Verfassungschutz).

Dans son rapport de 2010, l'Office évoquait surtout des menaces contre la famille restée au pays, ou des interpellations et des mauvais traitements lors de voyages en Syrie, y compris contre les ressortissants disposant d'un passeport allemand.

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