Actualisé 08.10.2012 à 17:37

SyrieLa tension monte entre Damas et Ankara

La Turquie a une nouvelle fois riposté lundi à la chute d'un obus en tirant sur l'armée syrienne. Damas a vivement dénoncé Ankara qui propose une période de transition dirigée par le vice-président.

La Turquie a riposté lundi à un obus syrien tombé en début d'après-midi dans le district d'Altinozu, dans la province de Hatay (sud-est), a déclaré un responsable turc sous couvert d'anonymat. Depuis le bombardement mercredi dernier du village frontalier turc d'Akçakale, qui a causé la mort de cinq civils turcs, Ankara répond coup pour coup aux tirs syriens, dont l'armée régulière syrienne est tenue pour responsable.

«Notre gouvernement est en consultation permanente avec l'état- major. Tout ce qui est nécessaire est fait immédiatement, comme vous pouvez vous en apercevoir, et cela va continuer», a affirmé lundi le président turc Abdullah Gül. Il a déclaré que «les scénarios du pire» étaient en train de se matérialiser en Syrie voisine et a invité la communauté internationale à agir.

Proposition turque dénoncée

Par ailleurs, Damas a critiqué de manière virulente Ankara pour avoir proposé une période de transition dirigée par l'actuel vice- président syrien Farouk al-Chareh, qui remplacerait M. Assad.

«Ce que (le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet) Davutoglu a dit reflète un embarras et une gêne politique et diplomatique flagrants», a estimé le ministre de l'Information Omrane al-Zohbi

«Nous ne sommes plus à l'époque de l'empire ottoman. Je conseille au gouvernement turc de renoncer au (pouvoir) en faveur de personnalités acceptables par le peuple turc», a poursuivi le ministre syrien.

Prix Nobel «désespérée»

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a de son côté appelé lundi les donateurs à «plus de générosité» pour l'aide à la Syrie, plongée dans une guerre civile sans issue depuis plus de 18 mois.

«A l'approche de l'hiver, nous avons besoin que les donateurs répondent de manière plus généreuse aux besoins des populations en Syrie et de plus de 300'000 réfugiés dans les pays voisins», a affirmé le chef de l'ONU.

La prix Nobel de la Paix en 2011 Tawakkul Karman a quant à elle exprimé lundi son «désespoir face à la paralysie internationale» concernant la situation en Syrie.

«Des milliers de personnes sont en train de mourir pour leur liberté et leur dignité», a souligné la militante yéménite des droits de l'homme qui a joué un capital dans le déclenchement de la contestation populaire au Yémen début 2011.

Offensive sans précédent

Sur le terrain, les troupes syriennes ont à nouveau bombardé Alep (nord), a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), proche des rebelles.

Dans la région de Deraa (sud), vingt personnes ont été tuées dans une offensive lancée par l'armée loyaliste à Karak al-Charqi assiégée depuis trois jours, affirme l'OSDH. Au moins cinq rebelles figurent parmi les victimes.

A Damas, les forces loyales procédaient à une «campagne de destruction de maisons» dans les quartiers de Qaboun et Barzé, accompagnées d'un mouvement d'exode de la population, selon l'ONG.

Des bombardements ont visé Douma près de la capitale, et les corps de cinq membres d'une même famille ont été découverts dans Qoudsaya (nord-ouest de Damas), toujours selon l'OSDH.

A Homs (centre), l'armée syrienne a lancé une offensive sans précédent pour tenter d'écraser rapidement les bastions rebelles et s'emparer de la ville insurgée de Qousseir, ont indiqué lundi à l'AFP les protagonistes du conflit.

«Pour le moment, les rebelles résistent encore, mais si l'armée rentre ce sera un massacre. L'armée tente de remporter une victoire à Homs car elle sait que nous sommes affaiblis après quatre mois de siège, d'autant que personne n'est venu nous aider», a souligné un dissident se présentant sous le nom d'Abou Bilal.

Au moins 65 personnes sont mortes lundi en Syrie, selon un bilan provisoire de l'OSDH.

(afp)

Ban Ki-moon parle d'une escalade

Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a mis en garde contre l'escalade «extrêmement dangereuse» du conflit à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Il s'est également inquiété de l'impact de la crise sur le Liban voisin.

«La situation en Syrie a empiré de manière dramatique. Elle pose des risques sérieux à la stabilité des voisins de la Syrie et à l'ensemble de la région», a souligné M. Ban à l'ouverture du premier «Forum mondial de la démocratie», organisé au siège du Conseil de l'Europe à Strasbourg.

«A l'approche de l'hiver», le secrétaire général de l'ONU a appelé à plus d'aide humanitaire dans la région. «Nous avons besoin que les donateurs répondent de manière plus généreuse aux besoins des populations en Syrie et de plus de 300'000 réfugiés dans les pays voisins», a-t-il dit.

Se disant «profondément préoccupé par le flot continu d'armes aussi bien au gouvernement syrien qu'aux forces de l'opposition», il a appelé toutes les parties «à abandonner l'usage de la violence, et à se diriger vers une solution politique. C'est la seule voie de sortie de la crise», a ajouté M. Ban, très applaudi sur ce point.

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