Actualisé 03.02.2011 à 08:40

Crise en egypte

La tension reste vive au centre du Caire

Trois personnes ont été tuées jeudi matin par des tirs visant des manifestants anti-Moubarak sur la place Tahrir. Le bilan des dernières 24 heures est de six morts.

En Egypte, épicentre de la contestation contre Hosni Moubarak, la place Tahrir s'est transformée mercredi en théâtre d'affrontements meurtriers.

Des tirs en provenance du pont d'Octobre, où sont positionnés les partisans du président égyptien, ont par ailleurs fait de nombreux blessés, ont encore indiqué les témoins.

L'Alliance des juristes égyptiens a déclaré de son côté dans un communiqué que les manifestants anti-Moubarak sur la place étaient sous le feu de leurs adversaires et que plusieurs d'entre eux avaient été tués ou blessés.

Les cocktails molotov pleuvent, le Musée du Caire aurait été touché

Véhicules militaires déployés

Selon la chaîne Al Arabia, des véhicules militaires ont été déployés parmi les manifestants se trouvant sur la place Tahrir après que ces derniers ont été pris pour cible par des coups de feu tirés par des partisans d'Hosni Moubarak.

Selon un photographe de l'AFP, des milliers de manifestants ont passé la nuit sur la place Tahrir. Beaucoup se préparaient vers 05H30 pour la première prière, alors que d'autres se réchauffaient autour de feux de bois.

Les manifestants se sont organisés en groupes pour surveiller les accès à la place et prévenir l'attaque redoutée des partisans du président Moubarak.

Chameaux et chevaux

Les partisans de Moubarak chargent à dos de cheval ou de chameau.

Vue aérienne au même moment

La chaîne Arabia, citant le ministre égyptien de la Santé, avait fait mercredi soir état de trois morts tandis qu'un médecin sur place a dit avoir comptabilisé 1.500 blessés environ dans le poste médical d'urgence installé sur la place.

Les pro et anti-Moubarak se sont heurtés à l'aide de pierres, de cocktails Molotov et de bâtons. Certains ont même fait usage de chameaux et de chevaux lors des affrontements, alors que le président n'entend pas fléchir face aux exigences de la rue, ni face aux pressions étrangères.

Policiers en civils

Les opposants ont affirmé que leurs agresseurs étaient des membres de la police en civil. Le ministère de l'Intérieur a réfuté ces accusations tandis que le vice-président Omar Souleimane a appelé les manifestants à rentrer chez eux, mettant l'arrêt des manifestations comme condition préalable à l'ouverture d'un dialogue.

Cet appel destiné tant aux opposants qu'aux partisans du gouvernement n'a apparemment pas été entendu. Dans une interview à CBS News, le chef de file de l'opposition égyptienne, Mohamed ElBaradei a rejeté une fois de plus l'offre de dialogue de M. Souleimane, insistant sur le fait qu'Hosni Moubarak doit d'abord quitter le pouvoir.

Le mouvement de contestation a appelé à une nouvelle manifestation massive vendredi, baptisée «vendredi du départ», dans laquelle elle entend réunir comme mardi plus d'un million de personnes, malgré la promesse de M. Moubarak de s'effacer à la fin de son mandat en septembre.

Américains appelés à partir

Washington a immédiatement réagi aux nouveaux affrontements et le Département d'Etat a pressé les Américains qui souhaitent quitter l'Egypte de se rendre «immédiatement» à l'aéroport du Caire, prévenant que les «vols américains supplémentaires après jeudi sont improbables».

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, dans un appel téléphonique au vice-président égyptien, a condamné les «choquants» affrontements sanglants de la veille au Caire.

Nombreuses violences contre des journalistes étrangers

De nombreux journalistes étrangers couvrant les affrontements entre partisans et adversaires du président Hosni Moubarak ont fait l'objet de violences mercredi au Caire, ont indiqué leurs rédactions et l'association Reporters sans frontières (RSF). Des violences «condamnées sans appel» par RSF.

Des reporters, photographes et cameramen couvrant les violents heurts sur la place Tahrir, dans le centre de la capitale, ont fait état d'un climat très tendu à l'égard de la presse de la part des manifestants pro-Moubarak. Selon RSF, plusieurs journalistes «ont été directement pris à partie par des partisans du chef de l'Etat et par des policiers infiltrés». «Ils ont été frappés et leur matériel (a été) volé».

Le porte-parole de la diplomatie américaine, Philip Crowley, s'est inquiété «des arrestations et des attaques» contre les médias couvrant la crise égyptienne.

RSF a «condamné sans appel» les violences commises par les partisans du président Moubarak, auxquels se seraient mêlés des policiers en civil, à l'encontre de plusieurs journalistes de la BBC, d'Al-Jazira, de CNN, d'Al-Arabiya et d'ABC News.

L'association indique qu'il est encore difficile de faire un comptage précis des exactions dont la presse a été victime, «en raison de la confusion qui a régné au cours de cette journée de mobilisation».

Collaborateur du «Temps»

A Bruxelles, le quotidien Le Soir a indiqué que son journaliste Serge Dumont, de nationalité belge, avait été «molesté», «tabassé», puis «emmené par des personnes non identifiées en civil» alors qu'il couvrait une manifestation pro-Moubarak au Caire.

Serge Dumont travaille également pour les journaux suisse Le Temps et français la Voix du Nord. Les trois quotidiens ont exprimé «leur plus vive préoccupation».

L'armée égyptienne est intervenue place Tahrir pour exfiltrer de la foule en colère un caméraman de la télévision publique Radio- Canada, sans quoi toute l'équipe «aurait été battue à mort», a raconté l'un des journalistes présents.

(ats)

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