Actualisé 29.06.2011 à 09:06

Transports à GenèveLa traversée du lac bientôt dans la Constitution?

Des élus de la Constituante veulent ancrer le principe du franchissement lacustre dans la charte fondamentale genevoise. Les milieux de la mobilité sont atterrés.

von
Irène Languin
L'amendement a été adopté par une courte majorité de la commission sur la mobilité et les infrastructures. (Photo: dr)

L'amendement a été adopté par une courte majorité de la commission sur la mobilité et les infrastructures. (Photo: dr)

«L'Etat réalise une traversée du lac d'ici à 2027, destinée aux transports publics et privés.» Voilà la teneur, encore confidentielle, du 2e amendement de l'article 176 de l'avant-projet de Constitution. Présentée par les syndicats patronaux, cette modification vient d'être adoptée par 8 oui contre 7 non par la commission sur la mobilité et les infrastructures de l'Assemblée constituante, comme l'atteste un document que «20 Minutes» s'est procuré.

«Choix aberrant»

«Cet amendement sorti d'un chapeau me consterne, réagit Thomas Wenger. La Constitution fixe les fondements de la vie en société et ceux du fonctionnement de l'Etat. Pas la construction d'une route!» Pour le président de l'Association transports et environnement (ATE), ce «choix aberrant» décrédibilise le travail fait par certains sur la future charte fondamentale genevoise. «C'est un risque de naufrage supplémentaire pour ce texte qui prend déjà l'eau de toute part», poursuit-il.

Un avis partagé par Alberto Velasco, membre socialiste de la Constituante: «On nous fait passer pour des clowns! La Constitution a été prise en otage par des intérêts particuliers.» D'autant que pour l'élu de gauche, le thème de la traversée du lac divise profondément les Genevois. «La moitié du peuple ne votera pas le texte. C'est contre-productif!»

Vote en automne 2012

De l'avis du constituant libéral Bénédict Hensch, qui a porté l'idée, le franchissement lacustre est un enjeu critique pour le canton. «C'est une décision majeure pour l'agglomération genevoise, qui est proche de l'asphyxie. Peut-être le sujet n'est-il pas de rang constitutionnel. Mais l'ancrer dans la charte fondamentale forcera l'Etat à se mobiliser.»

Le nouvel amendement sera voté en plénière en septembre. S'il est accepté, il sera intégré au texte soumis au peuple genevois à l'automne 2012.

Tractations bernoises

En avril, le Canton de Genève avait présenté un projet de traversée du lac pour l'horizon 2030. D'une longueur de 3 kilomètres, l'ouvrage aurait ses points d'accroche au Vengeron sur la Rive droite et à la Pointe-à-la-Bise sur la Rive gauche. Ce pourrait être un pont ou un tunnel. Son coût (de 3,1 à 3,7 milliards de francs) devra être assumé par la Confédération. Mark Muller, président du Conseil d'Etat genevois, s'est rendu mardi dans la capitale pour présenter le dossier. Le magistrat a rencontré le directeur de l'Office fédéral des routes (OFROU) et la Conseillère fédérale Doris Leuthard. «Les discussions se sont avérées positives. Il y a une volonté commune d'aller de l'avant, révèle Mark Muller. Madame Leuthard a montré beaucoup d'intérêt pour le projet. Elle est très soucieuse de la situation genevoise, qu'elle connaît bien.» Les conclusions de l'OFROU seront connues au début de l'année prochaine.

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