Genève - La traversée du lac survivra-t-elle au lifting du Vengeron?
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GenèveLa traversée du lac survivra-t-elle au lifting du Vengeron?

L’Etat veut bâtir une base nautique à Pregny-Chambésy, là où un éventuel enjambement du Léman doit s’arrimer. Il juge les deux projets possibles, bien que certains en doutent.

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jef/mpo
Un projet de traversée de la rade tunnel-pont-tunnel réalisé par le bureau d’architectes Calatrava Valls en 2017.

Un projet de traversée de la rade tunnel-pont-tunnel réalisé par le bureau d’architectes Calatrava Valls en 2017.

Calatrava Valls SA

Le Vengeron. Le lieu, prisé des amateurs de baignade et de grillades, devrait se transformer peu à peu en base nautique, dès 2023. C’est, du moins, la volonté du Conseil d’Etat, qu’il a affirmée mercredi. Mais le Vengeron, c’est aussi le point d’ancrage identifié depuis belle lurette pour la future traversée du lac sur la rive droite. Or, mercredi également, le gouvernement a annoncé avoir remis son rapport à la Confédération en vue d’obtenir un financement fédéral ouvrant la porte à une réalisation dès 2040.

«Pas d’incompatibilité»

Carambolage temporel et géographique, donc. Présenter le projet de plage du Vengeron signifie-t-il que le Conseil d’Etat enterre sans le dire la traversée du lac? Et si cette dernière se réalise, faudra-t-il détruire une base nautique développée à peine quinze ans plus tôt? Non, répond Roland Godel, porte-parole du Département des infrastructures. «Il n'y a pas d'incompatibilité entre le projet de réaménagement de la plage du Vengeron et celui du contournement Est avec traversée du lac.»

«Une certaine confusion»

Cet avis définitif est tempéré par Raymond Loretan, qui présida jusqu’en 2019 le conseil consultatif de la traversée du lac, organe constitué à l’époque pour guider les autorités. «L’annonce simultanée de l’envoi à Berne du dossier de la traversée et du projet de réaménagement du Vengeron amène pour le moins une certaine confusion.» De son point de vue, «la compatibilité des projets constitue un grand point d’interrogation». Il relève ainsi la difficulté de faire se côtoyer «un chantier majeur nécessitant l’évacuation massive de gravats» et une zone de plaisance.

«Adaptations nécessaires»

Pour l’Etat, «si le chantier de la traversée démarre à l'horizon prévisible, soit au-delà de 2040, des adaptations seront sans doute nécessaires». En effet, «des impacts temporaires sur l'exploitation du site lacustre du Vengeron» sont prévisibles, «mais sans remettre en cause son existence». Roland Godel assure ainsi que «les deux projets ont fait l'objet de discussions et d'une coordination». Et il souligne que l’existence de calendriers différents «ne pouvait pas conduire à remettre en cause» le réaménagement du Vengeron, «un projet utile et réalisable à moins long terme» que la traversée.

«Tiédeur du Conseil d’Etat»

Ce d’autant plus que celle-ci est dorénavant soumise au bon vouloir de la Confédération qui, analyse Raymond Loretan, «ne juge pas uniquement sur dossier. Un lobbying, une promotion auprès des parlementaires sont nécessaires. Pour réussir, un tel projet doit être porté. Or, je sens une tiédeur certaine du Conseil d’Etat, même s’il est positif qu’il ait envoyé ce dossier à Berne, et qu’il l’ait fait dans les délais. Cela me rappelle la candidature de Genève aux Jeux olympiques 2026. Il ne suffit pas d’envoyer un dossier à Berne, il faut y monter au créneau.» Mercredi, le conseiller d’Etat Antonio Hodgers a justement expliqué qu’il existait «des appréciations différentes» au sein du gouvernement genevois quant à la nécessité de la traversée, alors que sa collègue Nathalie Fontanet assurait que le dossier avait été construit «très sérieusement» pour se conformer à la volonté populaire.

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