Odyssée du Léman - «La traversée était très compliquée, on a failli abandonner»
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Odyssée du Léman«La traversée était très compliquée, on a failli abandonner»

Parti de la plage du château de Chillon (VD), Noam Yaron s’est rendu à la nage aux Bains des Pâquis (GE) en 19 heures et 53 minutes, soit 75 km sans sortir de l’eau. Un exploit pour ce jeune Morgien.

par
Lauren von Beust

«Je n’ai jamais fait un truc aussi dur», a lâché Noam Yaron, quelques minutes seulement après avoir posé ses pieds tout fripés sur la terre ferme, à Genève, samedi en fin de matinée. Parti vendredi après-midi de la plage du château de Chillon (VD), ce Morgien de 24 ans a traversé le lac Léman dans toute sa longueur: 75 km parcourus en 19 heures et 53 minutes, avant de finir sa course aux Bains des Pâquis, entre «larmes de joie et frissons». Il n’est pas monté une seule fois sur le bateau qui l’accompagnait, restant ainsi immergé pendant toute la durée de l’épreuve.

Contre vents et marées

Pourtant, la course n’a pas été de tout repos. «On a failli abandonner plusieurs fois. La traversée était très compliquée. J’ai beaucoup, beaucoup souffert», confie le jeune homme, qui s’y préparait depuis six mois. Pour lui, le défi a été «plus mental que physique». Un thé chaud l’attendait à son arrivée, et les physiothérapeutes n’étaient pas loin. «Une fois dans l’eau, je savais que les douleurs ne tarderaient pas. Mais il faut savoir garder son calme», raconte Noam Yaron, qui, à son arrivée, n’avait «plus de sensations aux mains», et dont les muscles se sont mis à trembler après l’effort.

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Le jeune homme suivait un rythme de nage bien précis: une heure et quart de crawl, suivie de cinq minutes sur le dos, puis cinq minutes de «pause active», durant laquelle il se restaurait, tout en continuant d’avancer. Noam Yaron repartait ensuite sur le dos, puis en crawl et ainsi de suite, pendant plus de 19h. Spécialiste de nage en eau libre, il avait été sacré champion suisse sur 3 km à Lausanne en 2015, rapportait «La Côte».

Roxane Nadal, porte-parole de l’évènement Odyssée du Léman et amie du vingtenaire, a suivi une bonne partie du périple depuis le bateau: «On est passés par toutes les émotions. Vers minuit, on s’est approchés d’une rivière qui se jette dans le lac, ce qui a créé des tourbillons dans l’eau. Là, on s’est demandé s’il ne fallait pas tout arrêter. Et puis le calme est revenu». Elle explique que, même après que ses écouteurs ont rendu l’âme, Noam est toujours resté «hyper optimiste et enthousiaste», ne lâchant pas de vue son objectif: «Traverser le Léman, c’était son rêve depuis qu’il est tout petit.»

Exploit non certifié

L’exploit de Noam Yaron n’a pas été officiellement certifié. «C’était un choix de ne pas faire venir quelqu’un. Tout d’abord parce que cela coûte cher, et qu’il y a une série de contraintes à respecter», ajoute Roxane Nadal. Parmi celles-ci, The Lake Geneva Swimming Association (LGSA), organisme certificateur des traversées du Léman à la nage, cite notamment le port du maillot, mais l’interdiction de la combinaison de plongée. Le record sur ce même tracé est donc détenu par l’Australienne Helen Conway, qui a nagé 25 heures et 37 minutes en 2017, en respectant les standards internationaux. Pour rappel, en 2016, le nageur espagnol Jaime Caballero avait relié Villeneuve (VD) à Genève, soit 83 km, en 22 heures et 39 minutes. Malgré ce temps record, son exploit n’avait pas non plus été certifié par l’organisation.

Pour la protection du Léman

Également youtubeur, ce touche-à-tout a choisi à travers son challenge de sensibiliser les gens à la protection des eaux. «J’ai appris la résistance au froid cet hiver dans le Léman. Malgré le travail de la voirie, beaucoup de déchets finissent dans le lac, à cause du vent et des poubelles qui débordent. C’est en m’entraînant que j’ai découvert ce qui se cachait au fond», développe Noam. Ce dernier s’est rallié à l’Association pour la sauvegarde du Léman (ASL).

Chargée de projet à l’ASL et organisatrice de l’action Net’Léman, grand nettoyage qui a lieu tous les deux ans, Amanda Melis confirme que l’on trouve «beaucoup de mégots et emballages alimentaires dans les enrochements et à proximité du Léman. Des tout petits déchets qui représentent un volume important, et qui se dégradent en petites particules une fois dans le lac.» Lors de la collecte de déchets du 2 au 4 juillet dernier, visant à soutenir le challenge de Noam, «une petite centaine de personnes ont récupéré près de 120 kilos de déchets, dont 30 kilos de recyclables», près du lac. «Il est vivant, il faut le préserver», conclut le champion du jour.

Des frigos au fond de l’eau

«Autrefois, dans les eaux autour des débarcadères, on retrouvait des pneus, des frigos et même des sanitaires, informe Amanda Melis. Il y a encore quelques années, on récoltait environ 15 tonnes de déchets sauvages par édition, contre 3,5 tonnes en 2020. C’est une belle évolution! Depuis sa création en 2005, l’action Net’Léman a permis de récolter au total 120 tonnes de déchets.»

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