Actualisé 21.09.2014 à 10:29

Syrie La troisième ville kurde aux mains des jihadistes

Les jihadistes de l'Etat islamique (EI) assiégeaient dimanche une ville clé kurde syrienne à la frontière turque après s'être emparés d'une soixantaine de villages.

La prise d'Aïn al-Arab (Kobané en kurde), troisième agglomération kurde de Syrie, est cruciale pour l'EI qui compte quelque 35000 hommes recrutés dans plusieurs pays, car elle lui permettrait de contrôler une large portion de la frontière syro-turque sans discontinuité.

Alors que des dizaines de milliers de Kurdes syriens ont fui en Turquie, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a renouvelé son appel à aller combattre.

Selon le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, Kobané est «totalement assiégée» par les jihadistes qui ont pris 64 villages dans les environs depuis le lancement de leur nouvelle offensive pour reprendre la ville. Ils «ont encore progressé et se trouvent dans certains endroits à une dizaine de km seulement» de Kobané.

Les combats font rage entre les jihadistes, munis d'armes lourdes et de chars, et les combattants kurdes qui défendent Kobané avec l'aide de leurs frères d'armes venus de Turquie. Ils ont fait au moins 39 morts côté jihadiste et 27 côté kurde en plus d'au moins 11 civils exécutés par l'EI depuis mardi. «La grande majorité des jihadistes tués sont des non-Syriens, dont des Tchétchènes et des ressortissants du Golfe», selon M. Abdel Rahmane.

Centaines de milliers de réfugiés

Devant l'intensité des violences et les craintes des exactions des jihadistes, les civils kurdes de la ville et de ses environs, qui comptaient quelque 450'000 habitants avant les violences, continuaient de fuir vers la Turquie, d'après l'OSDH.

Depuis vendredi, quelque 70'000 civils kurdes ont trouvé refuge dans ce pays, selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) qui évoque l'arrivée possible de «centaines de milliers» de personnes supplémentaires, alors que l'opposition syrienne en exil a mis en garde contre un «nettoyage ethnique».

Selon un photographe de l'AFP, des cohortes de milliers de personnes contraintes à la fuite, dont un grand nombre de femmes, d'enfants et de vieillards chargés de sacs et de valises se sont pressées toute la journée de samedi aux alentours du poste-frontière de Mursitpinar (sud de la Turquie).

Grève de la faim prévue à Genève

Un député kurde de Turquie s'étant rendu à Kobani samedi rapporte que les habitants lui ont déclaré que les combattants de l'Etat islamique décapitaient des gens en progressant de villages en villages. «Plus qu'une guerre, c'est une opération de génocide (...) Ils vont dans les villages et coupent la tête d'une ou deux personnes et les brandissent devant les villageois», a déclaré Ibrahim Binici, élu du parti turc pro-kurde HDP, à Reuters.

«C'est vraiment une situation honteuse pour l'humanité», a-t-il ajouté, en réclamant une réaction de la communauté internationale. Cinq de ses collègues députés prévoient d'entamer une grève de la faim devant les locaux de l'Onu à Genève pour inciter les gouvernements à agir, a-t-il dit.

Appel du PKK aux jeunes Kurdes

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), mouvement séparatiste ayant pris les armes en 1984 contre l'Etat turc, a de son côté renouvelé son appel aux jeunes Kurdes du sud-est de la Turquie à aller combattre pour la défense de Kobani. «Le fascisme de (l'Etat islamique) doit se noyer dans le sang qu'il répand (...) La jeunesse du Nord-Kurdistan (le sud de la Turquie-NDLR) doit affluer par vagues à Kobani», écrit le PKK sur son site internet.

Une station de radio émettant de Kobani a diffusé des chants patriotiques kurdes évoquant des martyrs et des combattants héroïques, que des auditeurs écoutaient dans leurs voitures en Turquie. Des messages du chef militaire kurde Murat Karayilan ont aussi été diffusés pour tenter de mobiliser des combattants. (ats)

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