La Turquie devient l’itinéraire bis du pétrole russe vers l’UE

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Guerre en UkraineLa Turquie devient l’itinéraire bis du pétrole russe vers l’Union européenne

Depuis février, Ankara a augmenté ses importations de brut russe. Ses exportations de pétrole vers l’UE ont aussi bondi. Selon une étude, Moscou peut ainsi contourner les sanctions.

Selon le Centre for Research on Energy and Clean Air, basé en Irlande, une quantité croissante de brut russe est raffinée en Turquie qui l’exporte ensuite vers l’UE et les États-Unis.

Selon le Centre for Research on Energy and Clean Air, basé en Irlande, une quantité croissante de brut russe est raffinée en Turquie qui l’exporte ensuite vers l’UE et les États-Unis.

Photo d’illustration/AFP

La Turquie devient une voie détournée pour exporter du pétrole russe vers l’Union européenne (UE), met en garde un centre de recherche indépendant, mercredi. «Une nouvelle route pour le pétrole russe vers l’UE émerge via la Turquie, où une quantité croissante de brut russe est raffinée», préviennent les auteurs de cette publication du Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), basé en Finlande. Cette faille permettrait de contourner les sanctions européennes contre Moscou.

La Turquie a en effet augmenté ses importations de brut de Russie, depuis l’invasion de l’Ukraine. Et les exportations de produits pétroliers de Turquie vers les ports européens et américains ont bondi de 85% en septembre-octobre, comparé à la période juillet-août, indique le rapport. «Alors que l’UE va bannir les importations de brut de Russie au 5 décembre, cette faille pourrait devenir importante», alerte le CREA. Le centre de recherche juge ainsi «essentiel» que l’UE et les États-Unis mettent en place un embargo plus strict en renonçant aux produits pétroliers issus de raffineries qui acceptent du brut russe.

Moyen de pression

Lauri Myllyvirta, analyste du CREA, souligne que la Russie dépend fortement du secteur du transport naval européen pour faire transiter ses énergies fossiles. «Au moins 50% des exportations se font à bord de bateaux possédés par des sociétés de l’Union européennes ou sont assurées au Royaume-Uni ou en Europe», si bien que les Européens disposent d’un éventuel moyen de pression «énorme», a-t-il remarqué.

Cette mise en garde intervient alors que l’Ukraine a été visée mardi par d’intenses bombardements russes sur des infrastructures et qu’un missile d’origine inconnue est tombé en Pologne. «Il est ridicule qu’ils reçoivent toujours près de 700 millions (d’euros) par jour de leurs énergies fossiles», a fustigé Oleg Ustenko, le conseiller économique du président ukrainien Volodymyr Zelensky, par visioconférence, lors d’une présentation du rapport à la COP27 en Égypte.

21 milliards d’euros en un mois

Oleg Ustenko a appelé à la mise en place d’un plafonnement du prix des énergies russes et à l’interdiction immédiate de tous les produits raffinés provenant de Russie. «Cela devrait être interdit tout de suite par l’UE et tous nos alliés comme les États-Unis et le Royaume-Uni mais aussi tous les autres, y compris naturellement la Turquie», a-t-il dit.

Selon le rapport, la Russie a collecté 21 milliards d’euros de ses exportations fossiles en octobre, en baisse de 7% par rapport à septembre, et au plus bas depuis le début de l’invasion en Ukraine. Les revenus de tous les produits ont reculé, à l’exception du gaz naturel liquéfié (GNL). Les revenus tirés des exportations vers l’Union européenne ont pour leur part chuté de 14% à 7,5 milliards.

L’UE a décidé d’un embargo progressif sur ses importations de pétrole et de produits pétroliers, à quelques exceptions près. Elle a aussi déjà mis fin à ses achats de charbon mais le gaz russe, dont elle est très dépendante, n’est pour l’instant pas concerné.

(AFP)

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