Actualisé 11.10.2009 à 15:35

Réconciliation

La Turquie et l'Arménie signent un accord historique

La Turquie et l'Arménie ont signé samedi à Zurich des accords visant à normaliser leurs relations.

Ces protocoles, qualifiés d'»historiques» par Washington, sont toutefois déjà fragilisés par les réticences des partis nationalistes et l'opposition de l'Azerbaïdjan.

La signature de l'accord a été arrachée au forceps: la cérémonie a été repoussée de trois heures, car l'Arménie n'approuvait pas le contenu des discours que la Turquie devait prononcer, selon une source américaine. En cause: des «formulations inacceptables» au sujet du génocide arménien, a précisé une source arménienne.

Le problème a été contourné suite à la médiation d'Hillary Clinton qui a convaincu les chefs de la diplomatie arménienne Edouard Nalbandian et turque Ahmet Davutoglu de ne faire aucune déclaration après la signature des protocoles.

La conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey a été la seule à prendre la parole. Lors d'une brève allocution, elle a remercié ses homologues arméniens et turcs de leur travail précieux et a souligné les efforts consentis de chaque côté.

Reprise des relations diplomatiques

Les protocoles signés à Zurich portent sur l'établissement de relations diplomatiques et sur le développement de relations bilatérales entre Ankara et Erevan. Ils prévoient également la réouverture de la frontière commune entre les deux états.

Ces accords font partie de la «feuille de route» obtenue en avril grâce à la médiation de la Suisse. Berne a accepté de jouer un rôle de médiatrice depuis deux ans dans le processus de normalisation des relations entre Ankara et Erevan, à la demande des deux parties.

La Commission européenne a salué la signature de ces accords, qu'elle considère comme «un pas courageux vers la paix et la stabilité dans le Sud Caucase» ainsi qu'»une décision historique démontrant la volonté mutuelle de compromis».

Les accords sont «historiques», a déclaré Phil Gordon le secrétaire d'Etat adjoint américain pour les affaires européennes et eurasiennes. Ils mettent fin à «des décennies d'hostilité et de division». L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) s'est elle félicitée des «accords historiques de normalisation».

L'obstacle du Nagorny-Karabakh

Alors que les parlements des deux pays doivent à présent ratifier les accords, un obstacle se profile: la question du Nagorny- Karabakh, qui place la Turquie en porte-à-faux entre son allié l'Azerbaïdjan et l'Arménie.

Moins de 24 heures après la signature des accords, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a réaffirmé qu'Erevan devait se retirer des zones qu'elle occupe dans cette enclave arménienne en territoire azerbaïdjanais, afin d'assurer la ratification des accords de Zurich par le parlement turc.

L'Azerbaïdjan a de son côté condamné les protocoles de Zurich. «Avant le retrait des forces arméniennes des territoires azerbaïdjanais occupés, (l'accord) est en contradiction avec les intérêts de l'Azerbaïdjan et jette une ombre sur les relations fraternelles entre l'Azerbaïdjan et la Turquie», a dénoncé Bakou.

Estimant que l'Arménie court «de grands risques», l'opposition nationaliste arménienne a pour sa part promis d'organiser «des manifestations et des actions de protestation» contre cet accord. Elle avait déjà rassemblé 10'000 personnes vendredi soir à Erevan.

Critiques des diasporas en Suisse

Ces réactions contrastées se retrouvent en Suisse auprès des différentes diasporas. L'Association Suisse-Arménie (ASA) a dénoncé dans un communiqué un «compromis indigne» qui «réduit la discussion autour du génocide à des considérations historiques plutôt que politiques ou juridiques». Elle estime cependant que Berne ne devrait pas «tendre la main vers une solution factice».

La communauté turque en Suisse espère pour sa part que les accords déboucheront sur «un climat de détente et de paix», mais pointe du doigt l'»incohérence» de la Confédération: Berne favorise la fondation d'une commission historique pour discuter de la question du génocide arménien tout en interdisant de l'autre côté tout débat historique au nom de la loi contre le racisme, estime-t- elle. (ap)

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