Actualisé 27.04.2010 à 08:00

Sécurité routière

«La veste airbag peut sauver des motards»

Une protection pour les usagers de deux-roues reconnue efficace en cas de chute est boudée par les magasins spécialisés en Suisse romande.

de
Grégoire Corthay

Ils ne gagneraient pas assez en la commercialisant!

79 tués, 1439 blessés graves: c'est le lourd tribut payé par les motards sur les routes de Suisse en 2009. Et rien que ces dix derniers jours, trois hommes ont encore perdu la vie au guidon de leur engin! Or il existe un accessoire qui permet de réduire certaines blessures et de sauver des vies lors d'accidents: la veste équipée d'un airbag. En cas de choc ou de chute, un câble tire sur le percuteur d'une cartouche de gaz qui rempli un système de coussins d'air. Ceux-ci protègent alors la nuque, le dos, le thorax, le coccyx et les hanches. L'airbag, s'il n'est pas abîmé, est réutilisable en changeant la cartouche de CO2.

«Je suis totalement convaincu de l'efficacité des vestes et gilets Hit-Air. La vitesse de gonflage de l'airbag est hallucinante. Il s'agit d'un plus sécuritaire indéniable sans être pour autant un blanc-seing pour faire le con sur la route!» explique Jean-Marc Ruttimann, de Bikers Equipement, à Carouge (GE). «Ce type de produits n'est pas nouveau mais, avec les modèles Hit-Air, le confort s'est amélioré et le prix (environ 200 francs de plus que pour une veste traditionnelle de moto) s'est démocratisé. Juste grâce au bouche-à-oreille en une année, nous en avons écoulé une trentaine. La majorité de nos clients sont des automobilistes, âgé de 25 à 35 ans, qui sont passés à la moto ou au scooter», relève-t-il.

Vendre de la sécurité ne rapporte pas assez

Jean-Marc Ruttimann fait figure d'exception dans le milieu. Importés du Japon depuis une année par une start-up vaudoise, les produits Hit-Air sont boudés par la quasi totalité des magasins de motos. Une des raisons avancée est la faiblesse de la marge que ses revendeurs peuvent en tirer. Elle ne serait «que» de 30%, contre 40 à 60% sur des vestes classiques… «Les magasins gagnent davantage sur des produits textile qui offrent moins de sécurité» confirme Maxime Schindelholz, de la société jurasienne Helite. Celle-ci commercialise une autre version de la veste depuis plusieurs années. «Nous en avons écoulé une centaine en 2009. On s'attendait à un plus gros succès, souligne-t-il. Les motards qui ont déjà investi plusieurs centaines de francs dans leur équipement ont de la peine à financer une veste airbag. Ils peinent à prendre conscience de l'utilité de ces vestes qui ont davantage de succès auprès des cavaliers!»

Leur usage pourrait toutefois décoller grâce au TCS. Sa section vaudoise, séduite par le concept, le recommande désormais. Elle offre même à ses membres un rabais substantiel (15%) sur l'ensemble de la gamme Hit-Air (vestes et gilets de motos, mais aussi modèles pour l'équitation). «Tout ce qui a attrait à la sécurité des motards nous intéresse. Cela ne fait aucun doute que les vestes de cette marque que nous avons testées permettent de protéger des parties vitales» note Philippe Füllemann, secrétaire général TCS Vaud. «Dès mi-mai, nous allons proposer un show-room à notre siège de Cossonay (VD). Les gens pourront venir voir les vestes, les essayer, voire les tester en toute tranquillité, avant d'éventuellement en acheter une. Notre rôle n'est pas de faire de l'argent mais d'inciter les gens à mieux se protéger» souligne-t-il. Il ajoute que ce produit est un bon complément à la panoplie de base que tout motard se doit de porter: un casque (seul élément obligatoire, selon la loi), des gants, des bottes, un jean en bon état ou un pantalon renforcé.

Le TCS n'est pas le seul organisme à reconnaître l'intérêt de ces protections. «C'est sans doute un plus pour les usagers de deux roues qui sont particulièrement vulnérables sur la route. Nous ne l'avons pas essayé spécifiquement mais nous ne le déconseillons pas» commente Daniel Menna, porte-parole du bureau de prévention des accidents (BPA). «Ces vestes ne sont pas prioritaires pour nous et il ne faudrait pas surestimé leur effet, poursuit-il. Le mot d'ordre aux motards pour éviter les accidents est avant tout d'adapter leur vitesse aux conditions (de visibilité, de routes,…)». MotoSuisse, l'organisation faîtière des importateurs de deux roues, salue, pour sa part, «tous les efforts concernant l'augmentation de la sécurité des motards», notamment cette veste.

Fort de ces soutiens, Christophe Kozma, cofondateur de Hit-Air Suisse, espère que ses blousons trouveront enfin leur public et qu'ils permettront de sauver des motards. «Le temps nous donnera raison!» assène-t-il. Après le TCS Vaud, il souhaite convaincre les assureurs. «Ils pourraient proposer à leurs membres un deal s'ils acceptent de s'équiper de cette veste. En Allemagne, des motards paient des primes en fonction de comment ils se protègent. Pourquoi pas chez nous?». En France, l'assureur Axa propose aussi des réductions de 30% sur l'achat de ce vêtement. En cas de sinistre: la veste airbag fait partie des deux équipements remboursés avec que le casque.

Une protection validée par le corps médical

Elyazid Mouhsine, médecin chef de l’Unité de traumatologie au CHUV, trouve l’intérêt de la veste airbag indiscutable. «Elle protège les organes vitaux notamment thoraciques, la colonne vertébrale y compris cervicale» constate-t-il. Il émet toutefois quelques réserves: «Je trouve insuffisante sa protection du bassin notamment contre les chocs latéraux. Sans parler bien entendu de l'absence de protection des membres inférieures. Ceux-ci pourraient peut-être bénéficier de la même astuce en forme de pantalon. Un autre inconvénient qui me parait non négligeable est le système de décrochement de l'airbag. Celui-ci peut parfois se faire alors que le premier impact, contre le sol par exemple, a déjà eu lieu et avant que la moto ne se soit suffisamment éloignée du conducteur pour permettre au système de se déclencher».

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