Argentine - La vice-présidente Kirchner défie le président Fernandez
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ArgentineLa vice-présidente Kirchner défie le président Fernandez

La vice-présidente Cristina Kirchner a réclamé un changement de gouvernement au président argentin après la démission présentée mercredi par cinq ministres.

Le président argentin Alberto Fernandez, le 1er mars 2020, avec Cristina Kirchner à ses côtés, à Buenos Aires.

Le président argentin Alberto Fernandez, le 1er mars 2020, avec Cristina Kirchner à ses côtés, à Buenos Aires.

AFP

Crise politique à la tête de l’Argentine: la vice-présidente Cristina Kirchner s’en est prise directement au président Alberto Fernandez jeudi en réclamant un changement de gouvernement et en imputant leur récente défaite électorale au cap économique assumé par le chef de l’État.

«Croyez-vous sérieusement qu’il n’est pas nécessaire, après une telle défaite, de présenter publiquement les démissions et que les responsables facilitent au président la réorganisation de son gouvernement?» a écrit Cristina Kirchner dans une lettre ouverte dans laquelle elle critique les hiérarques qui «se cramponnent à leur fauteuil».

«J’ai fait savoir que je pensais qu’une mauvaise politique d’ajustement budgétaire était menée, et qu’elle avait un impact négatif sur l’activité économique et, par conséquent, sur la société dans son ensemble et que, sans aucun doute, cela allait avoir des conséquences électorales», a-t-elle aussi écrit.

Cette lettre ouverte intervient au lendemain de la démission présentée par cinq ministres au président péroniste de centre gauche, trois jours après les primaires des partis d’où la coalition au pouvoir est ressortie fragilisée, à l’approche des législatives de novembre. Créé en 2009, le système de primaires générales pour tous les partis politiques, le même jour et à l’échelle nationale, est une particularité argentine. Le vote étant obligatoire, ces primaires sont un baromètre grandeur nature avant un scrutin.

Démissions pas acceptées

Face à l’initiative des cinq ministres, proches de la vice-présidente, le chef de l’État, au pouvoir depuis fin 2019, a appelé jeudi son gouvernement à mettre de côté les «différends».

«Nous devons donner des réponses en honorant l’engagement que nous avons pris en décembre 2019 face à la société. Ce n’est pas le moment de soulever des différends qui nous détournent de cette voie», a écrit Alberto Fernandez sur Twitter. «La gouvernance se poursuivra comme je l’entends. C’est pour cela que j’ai été élu», a ajouté le président qui s’est gardé, à ce stade, d’accepter ces démissions.

«Je suis ici pour vous informer officiellement que le président de la nation, Alberto Fernandez, n’a accepté aucune des démissions présentées», a déclaré à la presse Vilma Ibarra, responsable des affaires juridiques à la présidence, ajoutant que le chef de l’État se prononcerait en temps voulu.

La démarche des cinq ministres était interprétée par des analystes comme une forme de pression de Cristina Kirchner, ex-présidente argentine (2007-2015), sur Alberto Fernandez pour obtenir de lui un remaniement ministériel. La lettre ouverte de jeudi tend à le confirmer. Alberto Fernandez et Cristina Kirchner, la leader du péronisme de centre-gauche, «ne se font pas confiance et pensent que l’autre garde des cartes dans sa manche», estime l’analyste politique Carlos Fara.

«Manque d’emplois»

Parallèlement, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Buenos Aires pour réclamer de meilleures conditions de vie, a constaté l’AFP. L’appel à manifester avait été lancé par des syndicats et mouvements de gauche qui ont mobilisé de nombreux habitants des quartiers populaires de la capitale. Ces derniers réclament des emplois et plus d’aides pour faire face aux conséquences de la pandémie de coronavirus.

«Je ne suis ni pour ni contre le gouvernement (…) Nous voulons travailler, nous voulons des usines», a déclaré à l’AFP Gisela, mère de trois enfants, originaire de la banlieue sud de Buenos Aires. Des mouvements péronistes avaient initialement appelé à manifester en soutien au président devant la Casa Rosada, le siège de gouvernement. Alberto Fernandez leur a demandé de s’abstenir pour faire baisser la tension.

Le mécontentement de la population à l’égard du gouvernement ne cesse de croître dans un pays en récession depuis 2018 où le produit intérieur brut (PIB) a chuté de 9,9% en 2020 en raison de la pandémie. Dimanche, à deux mois des législatives du 14 novembre, la coalition au pouvoir a recueilli 31% des suffrages. En face, la coalition de centre-droit de l’ex-président Mauricio Macri (2015-2019) a obtenu 40% des voix. Cette dernière a fortement progressé dans la province de Buenos Aires, la plus grande circonscription électorale du pays, considérée comme un bastion du parti d’Alberto Fernandez.

(AFP)

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