Lausanne: «Les prévenus ont perdu la mémoire. Mon client, lui, a perdu la vue»
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Lausanne«Les prévenus ont perdu la mémoire. Mon client, lui, a perdu la vue»

Quatre hommes sont poursuivis depuis lundi pour une bagarre sanglante qui avait eu lieu en 2013.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Un sans-papiers avait été blessé lors d’une rixe.

Un sans-papiers avait été blessé lors d’une rixe.

Archives 24 heures / Alain Rouèche

Dans son quartier de Tunis, cet homme revenu de Suisse sans la réussite économique et avec un œil en moins est surnommé de manière impitoyable «M. Le Borgne». Dans une autre vie, il y a huit ans, M., était juste un migrant sans papiers à Lausanne, au quotidien marqué par la débrouillardise. Jusqu’à cette soirée de printemps 2013 qui a mal tourné.

«J’ai vu une femme avec plein de sang, il y avait aussi un Maghrébin avec une matraque télescopique. M., lui, s’était évanoui et il saignait», a déclaré lundi au tribunal le gérant du bar où la rixe a commencé. Il fait partie d’un quatuor poursuivi pour agression et lésions corporelles graves. Pour le videur de l’établissement, «huit ans après, on ne se souvient pas de beaucoup de choses».

Plaignant imprécis, traductrice tatillonne

«Je ne me souviens plus» a été sans doute la phrase la plus entendue à l’audience. Au grand dam de l’avocate du Tunisien. «Les prévenus ont tous perdu la mémoire. Mon client, lui, a perdu l’oeil», a fustigé Me Zakia Arnouni. Venu expressément de Tunis pour assister au procès grâce à un visa court séjour, le plaignant de 43 ans s’est ’exprimé en arabe. À ses imprécisions se sont ajoutées celles de l’interprète, dont les traductions ont été rectifiées à plusieurs reprises par l’avocate du Tunisien.

Mais pour les quatre avocats des prévenus, l’acquittement s’impose. «On ne peut pas combler les lacunes factuelles du dossier en violant la présomption d’innocence», a plaidé Me Albert Habib. Me Arnouni, elle, a demandé 40’000 francs de tort moral pour M. Le verdict sera rendu ultérieurement par écrit. 

«Geste obscène» et femme enceinte

La rixe avait opposé des Balkaniques à des Maghrébins. Ces derniers avaient réagi aux gestes jugés obscènes d’un albanophone envers une femme arabe enceinte. Le ton était monté et les deux groupes avaient été poussés vers la sortie par la sécurité. Dehors, une bagarre générale avait éclaté. Mais son déroulement précis n’a pas pu être indubitablement établi, malgré huit ans d’instruction. Seule certitude: M. a perdu l’œil gauche lors de la bagarre.

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