Yéniches - «La vie en plein air, on ne la choisit pas, on nait avec»
Publié

Yéniches«La vie en plein air, on ne la choisit pas, on nait avec»

La vue de leurs caravanes soulève souvent les interrogations. Plusieurs familles yéniches vivent et voyagent toutefois à travers la Suisse romande du printemps à l’automne. Le nomadisme s’intègre difficilement dans la société.

par
Pauline Rumpf

Découvrez le reportage en vidéo dans le campement à Bussigny.

Leur arrivée en catastrophe à Ecublens avait fait hausser les sourcils de certains riverains. Depuis, plusieurs familles yéniches ont passé un mois à Bussigny, à côté d’un terrain de foot, selon un accord prévu et passé avec la commune. Elle leur a mis à disposition de l’électricité, des toilettes, de l’eau et un service de ramassage des déchets, moyennant une petite somme contractuelle. «C’est toujours difficile de trouver des emplacements en accord avec les autorités, alors parfois on force un peu la porte, et les gens se rendent compte que ça se passe très bien, comme ici», raconte Stève Gerzner, père de famille, entrepreneur et pasteur.

A Bussigny, cousines, beaux-frères, soeurs et oncles sont voisins et se retrouvent en fin de journée autour d’un feu pour papoter et cuisiner. Un mode de vie communautaire qui rappelle les campings, «même si ça fait longtemps qu’on n’y est plus acceptés. Les anciens nous connaissaient, nous faisaient confiance, mais c’est de moins en moins le cas. Il y a eu trop de mauvaises expériences notamment avec les communautés étrangères, auxquelles on est souvent assimilés.»

Malgré ces difficultés, quelques milliers de représentants de cette ethnie nomade refusent toutefois de se sédentariser, et luttent pour se déplacer d’une ville à l’autre pour travailler. «Nous avons des métiers traditionnels, comme rémouleur, ferrailleur ou antiquaire, et des professions plus modernes. Beaucoup d’entre nous travaillent dans les services manuels, et ont des entreprises reconnues. Mais on n’ose souvent pas dire qu’on est Yéniches, car les préjugés sont puissants.» Ces citoyens à passeport suisse sont pourtant une minorité reconnue par la Confédération, et leur culture nomade est défendue par un programme de l’Office fédéral de la culture.

A Bussigny, cependant, l’ambiance est détendue et positive et les personnes interrogées, dont aucune n’a voulu apparaître en son nom, comptent bien poursuivre ce mode de vie. «La vie en plein air, on ne la choisit pas, on nait avec. On ne pourrait pas s’en passer, »

Minorité nationale reconnue

La Suisse compte environ 30’000 Yéniches, dont seuls 3000 environ sont encore nomades. Ces citoyens suisses sont reconnus comme étant une minorité nationale, et l’Office fédéral de la culture a pour mandat de s’employer à améliorer leurs conditions de vie. Un des enjeux principaux est la mise à disposition de places de séjour; le Tribunal fédéral a tout récemment donné son feu vert à la construction d’une telle place au Mont-sur-Lausanne (VD) en levant les oppositions qui y avaient été formulées, rapportait récemment l’ATS.

Ton opinion