Australie: La vie «rêvée» des stars d'Instagram
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AustralieLa vie «rêvée» des stars d'Instagram

Une star des réseaux sociaux appelle ses «followers» à ne plus se laisser berner par l'hypocrisie du web.

par
che/nex

Elle est jeune, elle est belle, elle est mince, elle est cher payée pour sourire dans une robe de designer en buvant de l'eau de noix de coco sur une plage de sable fin de son Australie natale, bref, «elle a tout». Ou presque.

La star d'Instagram, Youtube, Tumblr and co Essena ONeill a décidé de mettre un terme à sa vie «de rêve» en dévoilant à ses centaines de milliers de «followers» sur Instagram la réalité de son quotidien.

En pleurs dans une vidéo - la dernière qu'elle postera - sur sa chaîne YouTube (vue près d'un million de fois mardi après-midi, voir ci-dessus), la jeune femme a décidé à la veille de son 19e anniversaire de dénoncer l'hypocrisie des comptes Instagram comme le sien qui obsèdent les adolescents en quête de reconnaissance, de «like», de partages, d'«amour virtuel».

«Il y a tellement de choses que je sais, et que vous ne savez pas...»

L'Australienne raconte comment, à 12 ans, seule et se trouvant laide, elle enviait les mannequins des pubs des marques Roxy et Billabong au point d'aller chercher sur internet leurs mensurations pour tenter de leur ressembler. Au régime depuis lors, Essena a commencé à construire son empire sur le web «parce que je voulais me sentir valorisée, je voulais exister». «Prouver» au monde qu'elle aussi était digne d'intérêt.

Quelques années plus tard, la voilà propulsée au rang de star du web, jugée par tous les internautes qui l'adulent ou la détestent, victime de harcèlement en ligne, incapable de passer du temps avec de «vrais gens», prenant et retouchant pendant des heures 1000 «selfies» la faisant apparaître plus mince tout en ayant l'air parfaitement naturelle.

Elle raconte comment les entreprises paient (très cher) les (très jeunes) filles comme elle pour que celles-ci donnent l'impression d'avoir choisi une tenue de la marque de leur propre gré, leur indiquant jusqu'à la légende à poster avec la photo et l'heure à laquelle la partager avec leurs followers. «Il y a tellement de choses que je sais, et que vous ne savez pas...»

«J'ai pris 100 photos pour en trouver une qui me faisait un beau ventre»

Ecoeurée par celle qu'elle était devenue, Essena a décidé, lors d'un voyage tous frais payés à Los Angeles où elle a rencontré d'autres «stars du web encore plus connues, encore plus belles» mais tout aussi misérables et seules compte tenu de leur désert affectif, de mettre un terme à cette mascarade.

Sur son compte Instagram, elle a retiré 2000 photos. Sur les 90 restantes, elle raconte les dessous de chaque «post». Sur une photo d'elle faisant du yoga sur une plage, elle écrit «Il n'y a rien de zen à essayer d'avoir l'air zen, prendre une photo de vous en train d'essayer d'être zen, et prouver votre zen sur Instagram».

Sur la suivante: «PAS LA VRAIE VIE - J'ai pris plus de 100 clichés similaires pour en trouver un qui me faisait un beau ventre. Je n'ai pratiquement rien mangé ce jour là. J'ai crié à ma petite soeur de continuer à prendre des photos jusqu'à ce que je sois fière du résultat».

La jeune femme a lancé un site internet, «Changeons la donne» («Let's be game changers») et appelle tous ses «followers» et fans à éteindre leur téléphone et aller interagir avec des gens dans un café, dans un parc, dans un bus. En ce qui la concerne, elle estime «qu'elle doit bien ça à la fillette de 12 ans qu'elle était» après des années «perdues» devant ses écrans à compter ses «followers». Grâce à ce coup de gueule, elle en a désormais mardi soir... près de 800'000.

Quitter l'auto-promo... en faisant de l'auto-promo?

Dans une vidéo postée sur son nouveau site internet quelques heures après que son appel est devenu viral, l'Australienne, toujours en pleurs, se dit «complètement dépassée et tellement reconnaissante» (voir ci-dessous): la réaction des gens va bien au delà de ses espérances, dit-elle, et invite à «enfin parler de la réalité des réseaux sociaux». «J'AIME LIDÉE DE FAIRE PARTIE DE QUELQUE CHOSE DE PLUS GRAND QUE MOI, POUR UNE FOIS!!» peut-on lire sur une des pages de son site.

OVERWHELMED AND BEYOND WORDS GRATEFUL from Essena O'Neill on Vimeo.

Néanmoins, pour certains internautes, Essena est bien loin d'avoir réglé son problème. «Quitter des plateformes de réseaux sociaux pour créer ton propre site internet et poster des vidéos dessus, c'est toujours de l'auto-promotion, je ne comprends pas l'intérêt», lance l'un d'eux. «Je ne vois pas de pause dans tes réseaux sociaux, note une autre. Tu es toujours là et en plus tu lances un site internet. Pourquoi?»

L'initiative aura au moins eu le mérite de lancer le débat.

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