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Chypre-NordLa ville-fantôme de Varosha rouverte

La zone littorale de Varosha, la «perle» de Chypre devenue ville-fantôme après l’intervention de l’armée turque en 1974 sur cette île méditerranéenne divisée depuis, a été rouverte ce jeudi. Un responsable chypriote turc l’avait annoncé mardi dernier.

«Le littoral (de Varosha) sera ouvert au public à partir de jeudi matin», a déclaré le «Premier ministre» de l’autoproclamée République turque de Chypre-Nord (RTCN), Ersin Tatar, lors d’une visite à Ankara. Il s’exprimait lors d’une conférence de presse avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a salué son annonce, la qualifiant de «décision courageuse».

«Varosha est incontestablement un territoire chypriote turc et toute décision la concernant relève des autorités chypriotes turques, a déclaré M. Erdogan. Faire de Varosha une attraction touristique dans la région est une opportunité pour l’économie chypriote turque.»

L’annonce de cette réouverture survient avant une élection «présidentielle» à Chypre-Nord le 11 octobre à laquelle M. Tatar, soutenu par Ankara, est l’un des principaux candidats face au dirigeant sortant, Mustafa Akinci, en froid avec M. Erdogan.

Favori dans les sondages, M. Akinci a vivement critiqué l’annonce de l’ouverture de Varosha par M. Tatar et le président turc, y voyant une ingérence d’Ankara dans les élections. «C’est une honte pour notre démocratie. Ces mesures visent uniquement à favoriser un des candidats.»

Pour lui, il s’agit d’«une erreur qui mettra le peuple chypriote turc dans une situation difficile sur le plan international».

«Combine»

La République de Chypre, qui contrôle les deux tiers sud de l’île, a «fermement condamné la décision de l’occupant turc et son approbation par Ersin Tatar (…), une combine préélectorale créée par Ankara».

Selon un communiqué du porte-parole du gouvernement chypriote grec Kyriakos Kousios, cette «action illégale et provocatrice de la Turquie sera dénoncée devant le Conseil de sécurité de l’ONU, l’Union européenne et la communauté internationale comme un acte violant le droit international, les résolutions de l’ONU et les conclusions du Conseil européen».

«Cela n’aide pas les efforts de désescalade dans la région», a commenté de son côté Olivér Varhelyi, le commissaire à l’élargissement de l’UE, dont la République de Chypre --seule reconnue par la communauté internationale-- est membre depuis 2004.

«L’UE est très préoccupée par les annonces d’aujourd’hui concernant Varosha», a dit le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. «Ces événements provoqueront des tensions accrues et risquent de compliquer les efforts en vue de la reprise des pourparlers de règlement de la question chypriote.»

Varosha, qui fait partie de l’agglomération de Famagouste (est), a été abandonnée après avoir été entourée de clôtures par les militaires turcs. Ceux-ci ont envahi le tiers nord de Chypre en 1974 en réaction à un coup d’État visant à rattacher à la Grèce cette île depuis coupée en deux.

La RTCN, non reconnue par la communauté internationale à l’exception de la Turquie, a été unilatéralement proclamée en 1983.

Située en lisière de la zone tampon surveillée par l’ONU, Varosha est restée sous contrôle direct de l’armée turque, qui en interdit l’accès. En 1984, l’ONU a adopté une résolution, restée lettre morte, exigeant le transfert de la ville aux Nations Unies et son repeuplement par ses habitants d’origine.

Initialement surnommée le «Saint-Tropez chypriote», elle tombe en ruines sous le regard désespéré de ses anciens habitants chypriotes grecs qui ont dû fuir au sud.

La Turquie avait déjà annoncé en septembre 2019 qu’elle redonnerait vie à Varosha mais ce projet ne s’est jamais matérialisé.

La République de Chypre prône soit une restitution pure et simple de Varosha, soit son administration par l’ONU.

(AFPE)

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