Genève: La Ville gagne des sous en changeant de téléphonie
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GenèveLa Ville gagne des sous en changeant de téléphonie

La Municipalité est passée par les marchés publics pour assurer les communications de ses employés. Elle fait une économie de 25%.

par
Jérôme Faas
Les employés de la Ville de Genève changent d'opérateur, la Municipalité rabote ses coûts.

Les employés de la Ville de Genève changent d'opérateur, la Municipalité rabote ses coûts.

Keystone

Les 17'315 francs de frais de téléphone dépensés par Guillaume Barazzone en 2017 avaient brusquement placé la téléphonie de la Ville sous le feu des projecteurs. C'était en novembre, et la question s'était vite posée de savoir si la Municipalité avait opté pour une formule d'abonnement adaptée. La réponse fut positive: la facture folle du conseiller administratif PDC était due à sa propre négligence - il aurait pu fortement la réduire en achetant des packs de données. Il n'en demeure pas moins que la Ville pouvait mieux faire. La preuve: après être passée par les marchés publics et avoir lancé un appel d'offres, elle va changer d'opérateur et économiser quelque 25% de sa facture annuelle.

Sunrise a remporté le marché et, selon les estimations de la Municipalité, il lui en coûtera environ 25'000 fr. par mois. Or, elle fonctionnait jusqu'alors avec Swisscom et déboursait, depuis juillet 2018, quelque 35'000 fr. par mois.

Malgré les apparences, ce changement n'a rien à voir avec l'affaire des notes de frais. C'est fin 2017 que la Ville a décidé d'aller sur les marchés publics pour sa téléphonie, et donc de sortir de la Conférence suisse sur l'informatique - organisme intercantonal qui négocie pour les collectivités publiques membres des conditions cadres d'abonnement avec Swisscom et Sunrise.

Contrat de deux ans

«En 2013, nous avions décidé de le faire à moyen terme car d'autres dossiers étaient prioritaires», explique Bruno Righetti, chef de la centrale municipale d'achat et d'impression. Lors de l'appel d'offres, l'aspect illimité des forfaits a été privilégié. Trois entreprises ont soumissionné. «Sunrise a gagné car c'était les seuls qui répondaient à 100% au cahier des charges», détaille le haut fonctionnaire. L'adjudication a été faite en janvier. Elle n'a suscité aucun recours. «Nous avons signé un contrat de deux ans, renouvelable.» La Ville tenait à ne pas s'engager trop longtemps. «La téléphonie bouge tellement vite qu'en deux ans, tout peut changer.»

Le détail des forfaits

Pour l'instant, la Municipalité fait donc une bonne affaire. Une vingtaine de personnes bénéficieront d'un forfait Europe illimité voix et data à 41 fr. par mois (contre un abonnement illimité à 99 fr. jusqu'alors, pour 24 individus), environ deux-cents auront un forfait Suisse illimité à 10 fr. par mois (contre 22 fr. jusqu'alors, pour 235 individus), le reste, soit quelque 1300 employés, seront équipés d'un forfait à 5 fr. par mois (contre 7,19 fr. à ce jour, 1200 individus) pour des conversations illimitées en Suisse et 500 Mo de données inclus.

«L'économie essentielle se fait sur ce dernier poste, vu le volume de concernés, explique Bruno Righetti. Cela dit, si la différence paraît énorme aujourd'hui, il est loin d'être certain qu'elle aurait été si importante par le passé», justement parce que le marché de la téléphonie se transforme à toute allure.

La Ville choisit en ce moment qui utilisera quel abonnement, raison pour laquelle elle ne peut donner d'effectifs plus précis. «Les proportions actuelles ne bougeront pas», précise le haut-fonctionnaire. Quant à la facture finale, incluant les frais de roaming et de dépassements, forcément connus après coup, elle ne peut être qu'estimée. Si les employés, conseillers administratifs compris, ne désirent pas rejoindre Sunrise, ils en ont bien sûr le droit. «Mais ils devront alors payer leur propre abonnement.» Les premières migrations interviendront le 15 mai.

Barazzone réagit

Guillaume Barazzone s'estime injustement mis en cause dans l'article ci-contre. Le conseiller administratif affirme que la cause principale de ses frais de téléphone (qu'il a partiellement remboursés) est le caractère désuet de l'abonnement proposé alors par la Ville: «Il datait de 2006, une époque où les smartphones n'existaient pas et l'utilisation d'internet, même en Suisse, n'était pas presque pas comprise. D'ailleurs, plusieurs autres magistrats ont eu des factures annuelles de plusieurs milliers de francs.» Certes, il aurait pu contenir ses factures en achetant des packs de données, mais il insiste. «Mon utilisation d'internet et des e-mails était parfaitement conforme à mes fonctions. Ma moyenne annuelle de consommation de données entre 2012 et 2018 était de quatre gigas, ce qui correspond à la moyenne par habitant en Europe en 2018. Il est malhonnête d'écrire que le problème ne venait que de moi alors que les services compétents la Ville n'avaient pas adapté les abonnements au monde moderne, malgré plusieurs demandes formulées dans ce sens."

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