Genève – La Ville passe au crible rues et monuments jugés «racistes»

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GenèveLa Ville passe au crible rues et monuments jugés «racistes»

Une étude répertorie une trentaine de sites «problématiques» et ébauche des pistes pour savoir ce qu’il faudrait en faire.

par
Léonard Boissonnas
Vidéo: 20min/Marvin Ancian

Déboulonner le buste de Carl Vogt au motif que ce naturaliste du XIXe siècle tenait des théories racistes, y apposer une notice explicative, le déplacer, le voiler ou ne rien faire du tout: cela fait partie des options présentées dans une étude commandée par la Ville pour traiter des monuments et de l’héritage raciste dans l’espace public. À la suite des événements de 2020 (voir encadré ci-dessous), la Ville a souhaité se doter d’une étude documentée, qui servira de base à des débats et tables rondes pour «adopter des solutions partagées».

«C’est un sujet sensible, a déclaré Sami Kanaan, conseiller administratif chargé de la Culture. Il faut être capable de sortir d’une vision en noir et blanc. L’idée n’est pas d’effacer l’Histoire.» Deux professeurs de l’Institut de hautes études internationales et du développement, Mohamed Mahmoud Mohamedou et Davide Rodogno, ont recensé, parmi des centaines de sites ou monuments, une liste de 33 lieux, personnes ou événements ayant trait au racisme, au colonialisme ou encore à l’esclavagisme, avec une notice pour chacun d’entre eux.

Premiers cas concrets d’ici la fin 2022

L’étude énumère dix pistes d’actions potentielles, avec leurs avantages et inconvénients, de l’inaction à la destruction. «Ces propositions de réflexion vont permettre d’ouvrir le débat et la consultation publique», a souligné de son côté le conseiller administratif Alfonso Gomez, en charge des finances, de l’environnement et du logement. Une table ronde doit avoir lieu le 7 mars dans le cadre du Festival du film et forum international sur les droits humains de Genève, et une discussion se tiendra le 23 mars dans le cadre de la Semaine contre le racisme à Uni-Dufour. Les premiers cas concrets seront mis en consultation d’ici la fin de l’année.

Un questionnement «sain»

Le député socialiste Sylvain Thévoz se réjouit de la démarche de la Ville: «Globalement, c’est une très bonne chose, explique-t-il. C’est une méthode adéquate et prudente, car on voit que certains préféreraient qu’on ne fasse rien. Je salue l’action et la manière qui permettent de débattre assez sereinement. Le climat est tendu, donc c’est bien d’amener des éléments afin que chacun se fasse son point de vue. Cela me semble assez sain d’interroger à intervalles réguliers nos références si elles s’avèrent datées ou offensantes.» 

Une «sorte de purification de l’espace public»

«Je trouve cela consternant, réagit, pour sa part, le député PLR Jean Romain. Cela équivaut à une sorte de purification de l’espace public et cela nécessite de revisiter l’histoire et de juger le passé non pas en l’expliquant, mais avec des critères actuels. Si je rencontre un nom inconnu, je consulte une encyclopédie, je suis assez grand, et je n’ai pas besoin d’avoir des curés socialistes qui me disent ce que je dois penser.» Le libéral-radical précise qu’il ne s’oppose pas à la pose d’une note explicative sur un monument par exemple, mais rejette le fait de rebaptiser une rue ou de déboulonner une statue.

Minneapolis, Neuchâtel, Lausanne

«Village Noir»

En 2020, une pétition a demandé le retrait du buste de Carl Vogt, devant l’uni.  

En 2020, une pétition a demandé le retrait du buste de Carl Vogt, devant l’uni.  

20min/Marvin Ancian

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