Actualisé 11.03.2013 à 08:21

Etats-Unis

La ville qui vit toujours sous la Prohibition

Une ville de l'est des Etats-Unis interdit encore la vente et l'achat d'alcool.

Pour qui veut commander une bière à Haddonfield, à un jet de pierre de Philadelphie (est des Etats-Unis), il faut sortir de la ville. A Haddonfield, acheter et vendre de l'alcool reste encore passible de prison, comme sous la Prohibition.

Dans le centre de cette bourgade de 11'500 habitants fondée par les Quakers, un bar à jus, des salons de thé rococo et des cafés où l'on ne sert que des chocolats chauds. Au bout des deux grands axes qui conduisent hors de la ville, à la frontière exacte avec les communes voisines, on trouve un pub, un caviste, ou encore un bar dans un country-club.

Chez Nero, club de fumeurs de cigares et institution d'Haddonfield, les clients fument leur Havane en sirotant des cappuccinos dans des gobelets. «C'est une loi archaïque et religieuse qui devrait changer», regrette Michael Di Placido, calé dans un gros fauteuil de cuir.

Son ami, Michael Pav, «voudrait pouvoir boire un verre à Haddonfield après le travail: les cafés, c'est là où tout le monde se retrouve et s'amuse».

Transformé en musée

Le seul bar de la ville, The Indian Tavern, où les premiers colons ont créé l'Etat du New Jersey en 1776, a été transformé en musée. On peut y apprendre que la dernière chope de cidre a été servie en 1873.

Car Haddonfield n'a pas attendu le régime de la Prohibition, entré en vigueur en 1920, pour interdire l'alcool. La ville, fortement influencée par les méthodistes et leur ligue de tempérance, en a banni l'existence dès cette époque.

«Le New Jersey était un Etat de buveurs de gin», raconte Bill Reynolds, ancien maire d'Haddonfield. «Lutter contre l'alcool et ses vices était un combat moral des méthodistes. Pour eux, c'était la boisson du diable». Lorsqu'en 1933, Washington décide d'abolir la Prohibition, la loi fédérale laisse aux Etats la latitude de légiférer sur la question.

Prolonger l'interdiction

«Haddonfield s'est empressée d'adopter une résolution pour faire perdurer cette interdiction», explique Doug Rauschenberger, ancien responsable de la bibliothèque municipale.

Aujourd'hui encore, des dizaines de villes et des centaines de comtés, dispersés dans les Etats chrétiens fondamentalistes de la «Bible Belt» dans l'est et le sud des Etats-Unis sont restés «secs».

A Haddonfield, la dernière fois que la loi a été débattue, c'était en 1976 lors d'un référendum convoqué par un restaurateur. «Les gens ont largement voté contre», se souvient la maire Tish Colombi. «Nous formons une bonne vieille communauté et les habitants aiment leur ville comme elle est», ajoute l'édile.

Des solutions

Dans les faits, «les gens s'accommodent plutôt bien de la situation», rapporte Bill Reynolds: depuis quelques années, les établissements acceptent que les clients apportent leur propre alcool.

C'est le cas du restaurant italien «Tre Famiglia»: «Les clients sont plus que contents, ils viennent avec leur bouteille qu'ils ont payée 3 fois moins cher que s'ils l'avaient achetée ici», explique le patron, Robert Cipollone. «Et nous, nous n'avons à payer ni licence, ni assurance». (afp)

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