Genève: Quand l’arbre abattu cache une forêt
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GenèveQuand l’arbre abattu cache une forêt

Des végétaux doivent être coupés, sans quoi ils risquent de s’écrouler sur des passants. Le magistrat chargé de l’Environnement veut en replanter 3 pour 1 et dégoudronner.

par
Lucie Fehlbaum
Place de l’Université, les arbres semblent en pleine forme. Les racines sont pourtant en très mauvais état.

Place de l’Université, les arbres semblent en pleine forme. Les racines sont pourtant en très mauvais état.

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La Ville de Genève va abattre 29 arbres en tir groupé, dès le 24 juin. Le conseiller administratif chargé de l'environnement (DFEL), Alfonso Gomez, a souhaité détailler les raisons de ces coupes lors d’une conférence de presse. Plusieurs «arbres majeurs», qui peuvent sembler sains, seront coupés. L'élu Vert, accompagné du chef du Service des espaces verts (SEVE), Daniel Oertli, et de la dendrologue Caroline Paquet-Vannier, s’évite ainsi d’éventuels emportements. Il placera notamment sous chaque site d’abattage un panneau explicatif.

Cas critiques

Victimes de champignons ou du réchauffement climatique, les 29 arbres fragilisés représentent un danger. «Dans les préaux scolaires ou les lieux de passage, on ne peut pas se permettre un accident», a exposé Daniel Oertli. Ils seront abattus le plus vite possible. Une enquête complète sur le patrimoine arboricole de la Ville a révélé ces cas critiques. «Ils seront remplacés par 87 arbres dès la prochaine saison de plantation, entre novembre et mars», a promis Alfonso Gomez.

Choisir entre arbres et parking

Ce facteur «trois pour un» est la nouvelle règle en vigueur en Ville de Genève. «L’objectif est de passer de 21% de surfaces arborisées à 30% en 2030», a affirmé le magistrat. L’idéal est de replanter sur place, exercice difficile en centre-ville. Certains arbres seront ainsi plantés «aux alentours» d’un spécimen abattu. Mais la volonté politique de l’élu passe par une requalification de l’espace urbain. Concrètement, il faut s’attendre à moins de goudron et moins de places de parking. Exemple à la place Dorcière, où «la pression du parking préterite toute nouvelle plantation, illustre Alfonso Gomez. Sept érables doivent y être coupés. En l’état, impossible de replanter sur place. Avec ma collègue du Département de l’aménagement, Frédérique Perler, nous voulons plus de pleine terre, dégoudronner un certain nombre de squares et de places.» La Ville prévoit ainsi des travaux lourds, qui impliqueront plusieurs services, pour concilier l’objectif de 30% et le réseau des SIG. Ces derniers «doivent être partie prenante, a insisté Alfonso Gomez. Requalifier l’espace public nécessite des investissements importants, il faudra revoir la voirie, faire des choix politiques entre les places de parc et les arbres.»

Visite des sites d’abattages

Les espèces indigènes ne résistent plus aux brusques changements de températures à Genève. Le frêne et le hêtre ont ainsi tendance à disparaître. «Le manque d’eau répété sur plusieurs années empêche les arbres de se constituer une réserve, a également précisé la dendrologue Caroline Paquet-Vannier. Les vents très chauds peuvent aussi griller leurs feuilles.» Le SEVE privilégie des espèces méditerranéennes qui s’adaptent mieux, comme le chêne pubescent, le micocoulier ou l’érable de Montpellier. Les 29 arbres abattus après enquête, menée par un expert indépendant sur les 40’000 arbres de la Ville, se situent dans des quartiers variés. On les trouve dans les parcs - Bertrand, Bastions, la Grange ou Cropettes-, place du Molard, place Dorcière, rue de Saint-Léger ou au square Wendt, notamment. Lundi prochain, le 22, une visite commentée de trois sites concernés par les prochains abattages est prévue. Il est possible de s’inscrire jusqu’au matin même, 8h, à l’adresse seve@ville-ge.ch.

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