La violence fait rage chez les jeunes couples
Actualisé

La violence fait rage chez les jeunes couples

En France, les femmes les plus touchées par la violence au sein du couple sont âgées entre 18 et 24 ans.

La rappeuse française Diam's peut en témoigner, elle qui a avoué publiquement avoir subi les foudres de son compagnon. Un phénomène qui peut émerger très vite après la naissance d'un enfant. Les femmes qui en sont victimes hésitent à en parler, car elles se sentent souvent coupables.

La mort de Corinne Rey-Bellet a jeté un éclairage cru sur la violence domestique. Amnesty International part aujourd'hui en campagne sur ce thème dans le Jura. Interview de Manon Schick, son porte-parole.

– En Suisse romande, votre caravane contre la violence ne s'arrêtra que dans les cantons du Jura et du Valais. Pourquoi ce choix?

– Nous allons là où la loi présente des lacunes et où il est possible de l'améliorer, ce qui est le cas de ces cantons. Sans compter que, dans les grandes villes, il y a beaucoup de choses concernant la violence dans le couple. Dans les régions rurales, même en Suisse, on s'est rendu compte d'un vrai manque d'information sur le sujet.

– Vous attribuez tout de même un bon point au Jura.

- Ce n'est quand même pas comme si on débarquait dans le désert. Ce canton a pris des mesures. Il essaie par exemple de sensibiliser les ados dès leur première relation amoureuse.

– En quoi ce thème concerne-t-il les ados?

La rappeuse française Diam's raconte dans «Ma souffrance» comment, à 17 ans, elle se faisait frapper par son compagnon. Elle a mis du temps avant de réaliser qu'elle était victime de violence. Pour elle, c'était normal. Elle montre que ce phénomène se met en place très tôt, ou avec la naissance d'un enfant, et pas après vingt ans de mariage. En Suisse nous n'avons pas de statistiques, mais en France, les chiffres montrent que les femmes les plus touchées par la violence au sein du couple sont les 18-24 ans.

– Que faire si je suis victime de violences?

– En parler et s'adresser à des structures d'aide. C'est difficile à faire, car souvent les victimes se sentent coupables. Il faut absolument que cette question soit abordée durant les cours d'éducation sexuelle; expliquer qu'une femme risque plus d'être confrontée à la violence chez elle que d'être agressée par un inconnu dans une rue sombre. Si les filles en sont conscientes, elles se sentiront moins coupables et seront plus promptes à demander de l'aide.

– Et à trouver un refuge?

– Encore faut-il qu'il y ait des structures d'accueil. Il n'y en a pas dans les cantons du Jura et du Valais, et ces femmes se retrouvent souvent très seules. Les personnes violentes doivent elles aussi pouvoir demander de l'aide.

– Ailleurs en Suisse romande, c'est mieux?

– Neuchâtel et Genève sont pour l'instant les seuls cantons dont les lois offrent la possibilité d'éloigner le conjoint violent du domicile. Sans cette possiblilité légale, la police est démunie, car elle n'a pas de moyens de contrainte possibles. Elle propose à la femme de partir, qui se voit dans l'obligation de quitter son domicile, en étant ainsi doublement victime.

Emmanuelle Robert

Ton opinion