Environnement : La violette de Toulouse en voie de disparition

Actualisé

Environnement La violette de Toulouse en voie de disparition

Au début des années 1950, 600 horticulteurs cultivaient la violette dans le sud-ouest de la France. Cette fleur convoitée au moment des fêtes est aujourd'hui en voie de disparition.

Peu d'horticulteurs cultivent encore la violette de Toulouse.

Peu d'horticulteurs cultivent encore la violette de Toulouse.

Kein Anbieter/

A Toulouse, au pays de la violette dans le sud-ouest de la France, la petite fleur au parfum enivrant, convoitée à l'approche des fêtes, est en voie de disparition, rares étant ceux qui la cultivent encore.

Historiquement, selon les spécialistes, elle est arrivée de Parme (Italie) dans les bagages d'un soldat napoléonien au milieu du 19e siècle.

Au début des années 1950, ils étaient encore 600 horticulteurs à cultiver ce diamant toulousain, à l'époque seule à fleurir à la saison froide, d'octobre à mars. Elle partait par wagons entiers à destination de Paris. Tout comme les produits qui en étaient issus: confiserie (création fin 19e siècle), parfum (1936), liqueur (1950)...

«Je la vois disparaître»

Aujourd'hui, il ne sont plus qu'une demi-douzaine dans la ville rose et aux alentours. «Je suis à vif car je la vois disparaître», se désole Hélène Vié, créatrice du Jardin d'Elen, une société dédiée à la violette, qui vend ses produits sur une péniche au centre de la ville, sur le Canal du Midi.

Souvent offerts à Noël, les produits dérivés de la violette sont élaborés aujourd'hui le plus souvent à partir de fleurs cultivées dans les Alpes-Maritimes, dans le sud-est.

«La violette de Toulouse est différente de toutes les autres. C'est une fleur d'hiver, double (30 à 50 pétales contre 5 pour les simples), odorante. La difficulté, c'est sa culture, qui est longue (18 mois), uniquement par bouturage et à un prix élevé de production», souligne Adrien Roucolle, concepteur du projet de relance de la culture de la violette.

C'est le gel de l'hiver 1956 qui a entamé le déclin: Maladie, coût, vive concurrence notamment de plantes exotiques ou encore urbanisation toulousaine...

Culture hors sol

Plusieurs essais de relance ont été entrepris. Sans succès. A cet égard, l'École supérieure d'agronomie et la faculté de pharmacie de Toulouse ont mis au point la culture hors sol et des plants in vitro.

«J'ai voulu sauver la violette de Toulouse. Nous avions donné les plants sains pour une multiplication mais on n'a pas suivi nos recommandations. Du coup, le fusarium (un champignon) a détruit 40% de la production», déplore le professeur Max Henry, à l'origine du in-vitro.

«L'idée était de raccourcir le temps de culture. Planter en été et ramasser en février. Seulement au moment de la plantation, il faisait 30, 35 degrés. Les plants n'ont pas résisté», explique Robert Lannes, l'horticulteur-acquéreur des droits qui envisage aujourd'hui une énième relance.

Fleurs exotiques appréciées

La violette est victime aussi de la nouveauté. «Elle n'intéresse plus comme la vieille génération», constate Max Henry. Pour Nathalie Casbas, c'est devenu un «marché de niche». D'ailleurs, ingénieur horticole de formation, elle ne cultive plus que pour sa collection personnelle (une centaine de variétés).

«Les gens préfèrent d'autres fleurs, notamment les exotiques», constate Hélène Vié qui refuse toutefois d'abdiquer. Cette passionnée, toujours habillée en violet et qui conduit une voiture de la même couleur, a acheté un terrain à Lalande, le quartier historique de la petite fleur où elle veut cultiver 3000 pots dès janvier. Ils s'ajouteront à sa production de 700 pots.

La métropole toulousaine, qui joue le rôle de conservatoire de la violette et détient l'une des plus belles collections au monde (126 variétés), s'appuie toujours sur l'image de la petite fleur, organisant tous les ans en février la Fête de la violette.

«Cela maintient les apparences», s'agace Adrien Roucolle selon lequel il faudrait faire un gros travail de marketing avant de pouvoir la relancer réellement.

(afp)

Ton opinion