Actualisé 11.09.2008 à 17:50

Pape en FranceLa visite papale relance le débat sur la laïcité

La visite de Benoît XVI en France relance le débat récurrent sur la laïcité.

Le président du MoDem François Bayrou s'est ainsi déclaré jeudi peu «enthousiaste» à l'idée que Nicolas Sarkozy reçoive officiellement le pape à l'Elysée, jugeant qu'»il ne faut pas mélanger l'Etat et la religion».

Pour sa première visite en France, Benoît XVI aura droit à un accueil plus que protocolaire de la part de Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat ira accueillir avec son épouse Carla le souverain pontife à son arrivée à 11h15 l'aéroport d'Orly. Les deux dirigeants partiront ensuite pour l'Elysée, où ils auront un entretien, suivi d'une réception dans la salle des fêtes.

Selon l'Elysée, l'échange de discours sera notamment l'occasion pour le président français de rappeler sa conception d'une «laïcité positive», développée dans son discours du 20 décembre 2007 en la basilique Saint-Jean de Latran à Rome.

Dans ce discours, le président français s'était déclaré partisan d'une laïcité qui, «tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout». Il a récidivé le 14 janvier dernier à Riyad en Arabie saoudite, célébrant devant le conseil consultatif du royaume wahhabite «Dieu qui n'asservit pas l'homme mais le libère».

Cette conception, déjà développée par M. Sarkozy dans un livre, «La République, les religions, l'espérance» (2004), est considérée par les tenants de la laïcité comme une remise en cause de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Ce n'est pas la première fois qu'un pape sera reçu à la présidence. Jacques Chirac y avait accueilli Jean Paul II en août 1997.

Mais certains membres de l'opposition jugeaient jeudi que Nicolas Sarkozy en faisait trop en participant à deux cérémonies au côté du pape.

«Accueillir le pape à la descente d'avion, je trouve cela normal (...) Mais je suis moins fana du passage de Benoît XVI à l'Elysée», a estimé François Bayrou sur RTL. Pour le président du MoDem, lui-même un fervent catholique qui ira à Lourdes ce week-end, «il ne faut pas mélanger l'Etat et la religion».

Le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë a fait savoir de son côté qu'il se rendrait à l'Elysée et au collège des Bernardins, où le pape rencontrera des intellectuels vendredi après-midi, «mais pas aux cérémonies religieuses». «Nous devons rester dans la courtoisie et l'esprit de la République laïque», a souligné M. Delanoë, qui a dénoncé les discours du Latran et de Riyad.

Les tenants d'une laïcité pure et dure sont eux aussi montés au créneau ces derniers jours, dénonçant les moyens officiels déployés pour cette visite, et notamment les 9.200 membres des forces de l'ordre mobilisés pour la sécurité du pape.

Dans une tribune publiée jeudi par «Le Monde», le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon dénonce «un mélange des genres entre religion et politique très significatif» avec «la débauche ostentatoire des moyens officiels mis à disposition, l'occupation agressive de l'espace public, le harcèlement médiatique télévisuel». Pour lui, «le pape et le président ont en commun une stratégie de reconfessionnalisation institutionnelle de la société française».

«La question de la prise en charge par l'argent public de tout ou partie du coût de cette visite reste posée», estime de son côté la confédération syndicale FSU.

«C'est vraiment rechercher la polémique pour la polémique, alors que la visite est organisée comme on doit le faire pour un chef de l'Etat», a répliqué le porte-parole de l'UMP Dominique Paillé. Il a jugé que François Bayrou «fait de l'opposition systématique et polémique pour exister». «Cela fait partie de son offensive en direction du Parti socialiste, pour être le meilleur opposant breveté à Nicolas Sarkozy». (ap)

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