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Fribourg«L’absence de consentement ne signifie pas viol»

Dans le procès d’un photographe, la notion de contrainte était au cœur du débat.

par
Xavier Fernandez
Le photographe utilisait son studio pour y assouvir ses pulsions sexuelles.

Le photographe utilisait son studio pour y assouvir ses pulsions sexuelles.

Getty Images/iStockphoto

Beaucoup de larmes ont été versées jeudi au Tribunal de la Sarine. Dans le cadre du procès d’un photographe accusé notamment de viol et de contrainte sexuelle, les mots de la défense lors de sa plaidoirie ont blessé plusieurs des plaignantes. Si «les avocats ont fait preuve de respect», comme l’a relevé le procureur, la ligne de défense choisie n’était pas facile à entendre pour elles. «Même si elles ne souhaitaient pas entretenir une relation sexuelle, il n’y a pas forcément eu viol ou contrainte sexuelle. L’absence de consentement ne suffit pas. Il doit y avoir une contrainte, qui se manifeste par de la violence, une menace, une pression psychologique ou une mise hors d’état de résister», ont rappelé les avocats du prévenu.

Or, il est admis par toutes les parties que le photographe ne s’est jamais montré physiquement violent et qu’il n’a pas proféré de menaces. Quant aux pressions psychologiques, elles doivent «être d’une intensité comparable à de la violence ou des menaces, pour être retenues», ont-ils poursuivi. Ce qui ne semble pas être le cas. Reste que, par ses méthodes, elles sont nombreuses à affirmer ne pas avoir été en mesure de résister.

«Baiser comme des porcs»

Les deux avocats du prévenu ont aussi examiné une par une les différentes plaintes. En partie, ils se sont appuyés sur les vidéos qu’avait tournées le prévenu (lire l’encadré) pour les démentir. L’une admet avoir du plaisir durant les ébats, l’autre propose de «baiser comme des porcs», une troisième met un terme à la relation au bout de quelques minutes. Les défenseurs ont aussi souligné le comportement de certaines d’entre elles, dans les mois suivants: une des plaignantes est retournée dans le studio pour y laisser ses cartes de visite, une autre lui a écrit qu’elle souhaitait refaire un shooting coquin.

Dans sa réplique, le procureur a toutefois rappelé qu’on ne juge pas des faits à l’aune des actes des victimes après que ceux-ci se sont produits. Et il a remis en exergue le contexte: «Ces femmes étaient nues, couchées par terre, ou coincées contre un mur. Elles étaient venues se faire photographier, sans se douter du scénario élaboré par le prévenu. Elles ont été prises par surprise. Elles avaient la moitié de son âge, et elles avaient été choisies parce qu’elles étaient particulièrement vulnérables.»

Verdict le 27 janvier 2021.

Filmées à leur insu

Des multiples accusations, la seule que reconnaît formellement le photographe est celle de violation du domaine secret au moyen d’un appareil de prise de vue. Pour rappel, lorsqu’il arrivait à ses fins, il mettait son appareil photo en mode vidéo, sans que ses modèles le sachent. «Toutes ces femmes filmées à leur insu sont des victimes, y compris celles pour qui il y a prescription», a admis l’un de ses avocats. Car, en effet, le délai limite fixé pour pouvoir agir en justice contre toutes ces vidéos date d’avant 2014. Jusqu’en 2013, la loi prévoyait un délai de sept ans. Ce laps de temps a augmenté à dix ans l’année suivante. Comble de malchance pour certaines victimes, leurs vidéos datent de la seconde quinzaine de décembre 2013. Autrement dit, elles ont pu participer au procès, mais le photographe restera impuni pour ces images, le verdict ne pouvant être rendu avant fin janvier. «C’est frustrant! Si le verdict avait été rendu la semaine prochaine, c’était bon. Sur ce coup, le Covid, qui a retardé la procédure, nous a vraiment joué un mauvais tour», déplore leur avocat.

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