Genève: L’accueil de réfugiés ukrainiens est à un «tournant critique»

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GenèveL’accueil de réfugiés ukrainiens est à un «tournant critique»

Genève lance un appel à la solidarité pour trouver de nouvelles familles d’accueil. D’ici à la fin de l’année, le canton s’attend à un afflux conséquent de personnes qui fuient la guerre.

par
David Ramseyer
Laurent Guiraud

Si jusqu'ici, il y a eu un «formidable élan de solidarité» au bout du lac pour accueillir celles et ceux qui ont fui l’invasion russe, la situation se tend, a alerté mardi le conseiller d’Etat Thierry Apothéloz, à la tête de la Cohésion sociale. D’après les projections de la Confédération, Genève devrait abriter jusqu'à 5000 réfugiés ukrainiens d’ici la fin de l’année, contre un peu plus 3000 aujourd’hui (85’000 contre 65’000, au niveau national). Le défi de l’hébergement est donc «immense», selon le magistrat socialiste. «Nous sommes à un tournant. Le moment est critique». Confirmation de Christophe Girod, directeur de l’Hospice général, chargé de l’asile: «On manquera de lits d’ici fin octobre».

Pourquoi l’afflux ne diminue pas

Les autorités genevoises avancent deux raisons pour expliquer la hausse du nombre de réfugiés ukrainiens. En premier lieu, le contexte géopolitique: la guerre ne semble pas près de s’arrêter. Et puis, il y a la crise énergétique. Celle-ci pourrait inciter des pays voisins de l’Ukraine, très sollicités en matière d’accueil, à réduire le nombre de réfugiés sur leur sol. Ces derniers devraient alors pousser plus à l’ouest leur quête d’un asile pour échapper à la guerre. Aujourd’hui, plus de 12 millions d’Ukrainiens auraient fui leur patrie devant les attaques russes.

Le Canton, l’Hospice et Caritas, mandatés pour accompagner l’accueil chez les privés, ont ainsi appelé à la solidarité sur la durée. Ils espèrent trouver de nouvelles familles d’accueil. En parallèle, une campagne d’information a débuté. Elle rappelle les conditions d’hébergement – notamment financières, pour la sous-location par exemple.

L’élan des familles s’essouffle

Au bout du lac, deux tiers des réfugiés ont bénéficié d’un accueil privé, la meilleure solution pour s’intégrer, ont martelé les acteurs du dossier. «Mais l’élan a faibli cet été», a relevé Sophie Buchs, directrice de Caritas. En cause: les vacances ou encore la fin des contrats d’hébergement de trois mois, signés au printemps juste après le début du conflit. Aujourd’hui, 186 hôtes genevois hébergent 329 personnes et 17 familles sont à disposition.

Autres options insatisfaisantes

D’autres options existent, mais elles ne sont guère satisfaisantes et prennent du temps. Début 2023, l’Hospice pourrait fournir quelque 600 lits supplémentaires dans ses centres d’hébergement, comme Palexpo. Sauf que passer plusieurs mois dans une halle avec des enfants n’est «pas envisageable humainement», ont souligné les autorités.

Des bureaux à Meyrin, Lancy et en Ville de Genève seront transformés en appartements provisoires; mais pas tout de suite. Quant aux logements modulables provisoires, neuf terrains ont été identifiés, a indiqué Christophe Girod. «Même avec des autorisations accélérées, il faudra construire ces modules et aménager les lieux. Rien ne sera disponible avant un an, au mieux.» Le tout sans négliger les réfugiés autres qu’ukrainiens, comme les Afghans, dont le nombre est reparti à la hausse.

Bien cohabiter, c’est bien se parler

«Je me suis mise à leur place: si on me bombardait, j’aimerais moi aussi trouver quelqu’un ailleurs qui m’aide et m’offre une chambre.» Cette réflexion motive Christiane et sa famille à abriter depuis le 4 juillet un couple et son ado, originaires de Kiev. Invitée à la conférence de presse de l’Etat et de l’Hospice, la logeuse a décrit une «belle expérience, sans véritables difficultés; ça se passe très bien». Tout en ajoutant qu’il est «important de se mettre vite d’accord sur des règles de cohabitation. Il faut se parler». Alexandre, lui, réside dans une coopérative d’habitations. Un des espaces communs est occupé depuis début avril par un couple sexagénaire d’Ukrainiens. Le bilan est là aussi excellent, selon le Genevois. Lequel se demande cependant comment aborder la fin de l’accueil avec les réfugiés. «La situation ne peut pas durer éternellement. Nous leur avons assuré qu’ils pouvaient encore rester jusqu'à l’été prochain; mais à un moment donné, il faudra bien récupérer l’espace qu’ils occupent. Ce n’est pas facile à évoquer.»

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