25.09.2020 à 00:19

DiplomatieL’acrimonie sino-américaine gagne tous les étages de l’ONU

Pékin et Washington se sont mutuellement accusés jeudi à l’ONU au sujet de la pandémie de coronavirus.

L’ambassadeur chinois à l’ONU, Zhang Jun le 22 septembre 2020.

L’ambassadeur chinois à l’ONU, Zhang Jun le 22 septembre 2020.

KEYSTONE

L’ambassadeur chinois à l’ONU, Zhang Jun, s’en est vivement pris jeudi aux États-Unis, qui ont à nouveau accusé la Chine d’être responsable de la propagation du Covid-19, lors d’une visioconférence du Conseil de sécurité sur l’avenir de la gouvernance mondiale à laquelle participaient plusieurs chefs d’État et ministres.

«Ça suffit! Vous avez généré assez de problèmes dans le monde», a lancé en fin de séance Zhang Jun sous l’œil stoïque du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

«Avant de pointer du doigt les autres, quelle est la cause des 7 millions de cas de maladie et plus de 200’000 morts aux États-Unis?» a demandé l’ambassadeur chinois, en accusant Washington de propager «le virus de la désinformation», de «mentir», de «tromper».

«Arrêtez de politiser le virus»

«Cela ne réglera aucun problème», «arrêtez de politiser le virus», «une grande puissance doit se comporter comme une grande puissance», a-t-il insisté, avant de recevoir un soutien appuyé de son homologue russe Vassily Nebenzia.

À l’ONU, cette volée de bois vert a surpris nombre de diplomates, alors que les échanges dans la plus haute enceinte de l’organisation sont d’ordinaire mesurés, pesés au trébuchet du langage diplomatique. Ces diplomates ont aussi souligné qu’elle avait été provoquée par un début de discours des États-Unis très surprenant.

«Je suis estomaquée, j’ai honte de ce Conseil, dégoûtée par le contenu du débat d’aujourd’hui» et de ses membres, qui ont choisi «de se concentrer sur des rancunes politiques plutôt que sur la question cruciale» posée, a affirmé d’emblée l’ambassadrice américaine auprès de l’ONU, Kelly Craft.

Au préalable, tous les discours des dirigeants des pays membres du Conseil de sécurité avaient été pourtant «plutôt consensuels», note un diplomate sous couvert d’anonymat. L’entrée en matière de la représentante américaine a été «très agressive», a-t-il estimé.

Droit de réponse

Au cours de la réunion dirigée par le président du Niger Issoufou Mahamadou et à laquelle ont participé notamment les dirigeants tunisien, sud-africain ou estonien, et les chefs de la diplomatie Serguei Lavrov (Russie) et Jean-Yves Le Drian (France), Kelly Craft a aussi réitéré les accusations portées mardi par le président américain Donald Trump devant l’Assemblée générale.

«La décision du Parti communiste chinois de cacher les origines de ce virus, de minimiser son danger et de supprimer la coopération scientifique, a transformé une épidémie locale en une pandémie mondiale», a-t-elle dénoncé. «Plus important encore, ces décisions coûtent des centaines de milliers de vies dans le monde. Des centaines de milliers».

Lorsqu’en fin de séance l’ambassadeur chinois – qui avait remplacé son ministre des Affaires étrangères Wang Yi – a demandé à reprendre la parole pour s’insurger du discours américain, Kelly Craft avait disparu de l’écran, une diplomate de second rang de la mission américaine à l’ONU représentant les États-Unis.

L’OMS «corrompue»

Lors de son intervention, l’ambassadrice américaine a aussi accusé l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’être «corrompue». Washington s’est détaché au printemps de cette agence de l’ONU après de vives critiques du président Trump. «Le danger posé par les organisations internationales corrompues est tout aussi troublant», a déclaré l’ambassadrice américaine, en citant explicitement l’OMS.

En début de semaine, le ton des États-Unis contre la Chine avait déjà été virulent lors du discours annuel du président américain devant l’Assemblée générale de l’ONU. Cette dernière se tient cette année de manière virtuelle en raison de la pandémie et il avait été demandé à tous les pays d’envoyer une vidéo de leur dirigeant au moins quatre jours avant le début le 22 septembre de la grand-messe diplomatique mondiale.

Donald Trump a fait parvenir la sienne lundi, la veille de l’ouverture de l’Assemblée. Le ton du président chinois Xi Jinping, intervenu peu après avec lui aussi une vidéo, était resté mesuré, évoquant la nécessité de ne pas «politiser» la lutte contre le coronavirus.

Lors de chaque Assemblée générale annuelle, un droit de réponse est accordé aux pays et intervient après le prononcé des 193 discours des États membres. Cette année, ce sera le mardi 29 septembre. Le porte-parole de l’Assemblée générale, Brenden Varma, a indiqué jeudi que l’institution «avait reçu une demande de la Chine pour exercer son droit à une réponse». Pékin doit faire aussi cette demande au secrétaire général de l’ONU pour pouvoir intervenir la semaine prochaine, a-t-il précisé.

(AFP/NXP)

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