Patinage artistique: L’agence russe antidopage écarte toute sanction contre Kamila Valieva

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Patinage artistiqueL’agence russe antidopage écarte toute sanction contre Kamila Valieva

La jeune patineuse n'a pas été sanctionnée par l'agence russe antidopage malgré son contrôle positif à une substance interdite avant les Jeux olympiques de Pékin. Une décision qui inquiète l’Agence mondiale antidopage.

Durant les Jeux olympiques 2022 à Pékin, Kamila Valieva avait découvert qu’elle avait été contrôlée positive à la trimétazidine, une substance interdite.

Durant les Jeux olympiques 2022 à Pékin, Kamila Valieva avait découvert qu’elle avait été contrôlée positive à la trimétazidine, une substance interdite.

AFP

«Aucune faute ou négligence»: la jeune patineuse russe Kamila Valieva n'a pas été sanctionnée par l'agence russe antidopage, a annoncé l'Agence mondiale antidopage (AMA), qui se dit «préoccupée» vendredi, un an après le début de l'affaire qui a éclaboussé les Jeux olympiques de Pékin. Le gendarme mondial de l'antidopage, qui a demandé une copie complète de la décision, a tout de suite indiqué se tenir prêt à faire appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne.

C'est après des mois de délais et sous la pression de l'AMA, que l'agence russe Rusada a finalement communiqué concernant sa jeune patineuse vedette, aujourd'hui âgée de 16 ans. Le tribunal disciplinaire russe a estimé que malgré une violation des règles antidopage, la jeune prodige russe n'avait commis «aucune faute ou négligence», détaille l'AMA, qui avait déploré la lenteur des autorités russes dans cette affaire.

Aucune sanction n'a été imposée, à l'exception de l'annulation de ses résultats à la date du prélèvement, soit le 25 décembre 2021. Ce jour-là, la championne d'Europe 2022 avait été contrôlée positive par Rusada à la trimétazidine, molécule utilisée pour soulager les angines de poitrine et interdite par l'AMA depuis 2014, car elle favoriserait la circulation sanguine.

Cas politique

Mais c'est en plein JO, au lendemain de sa médaille d'or par équipes, agrémentée de sa part des premiers quadruples sauts féminins de l'histoire olympique, que son contrôle positif avait été rendu public. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) l'avait autorisée à continuer à participer, invoquant notamment son jeune âge et son absence de responsabilité dans le long délai d’analyse de son échantillon. Après avoir réussi à dominer le programme court dans un climat pesant, elle s'était effondrée dans le programme libre pour finalement terminer au pied du podium et en larmes.

La jeune patineuse russe avait craqué à l’issue du programme libre des JO de Pékin.

La jeune patineuse russe avait craqué à l’issue du programme libre des JO de Pékin.

AFP

Le Comité international olympique n'a pas attribué de médailles pour l'épreuve par équipes, dans l'attente des résultats de l'enquête sur le cas Valieva.

«Il est certain que l'AMA ira en appel» affirme à l'AFP David Pavot, directeur de la chaire mondiale de recherche sur l'antidopage à l'Université canadienne de Sherbrooke. «D'abord parce que la confiance n'a pas été restaurée avec Rusada. Et puis c'est un cas trop important politiquement mais également sur le plan juridique et scientifique», ajoute-t-il.

La réalité de l'effet dopant de la trimétazidine est en effet mise en doute par certains scientifiques, et avait été contestée sans succès en 2021 devant la justice sportive par le lutteur français Zelimkhan Khadjiev.

Concentration infime de trimétazidine

«Les nombreux effets secondaires de type parkinsoniens ne semblent pas être de nature à favoriser un usage chez les sportifs», soulignait en 2020 le pharmacien et toxicologue Pascal Kintz dans la revue Toxicologie Analytique et Clinique, évoquant les risques de «troubles de la marche», «de chute» et «d'hallucinations».

Et puis reste à trancher la question centrale de l'origine de la trimétazidine retrouvée en concentration infime dans l'organisme de la patineuse. Dès le début de l'affaire, sa défense a évoqué une possible «contamination via les couverts» partagés par l'adolescente russe et son grand-père, qui la conduisait à l'entraînement chaque jour et est traité à la trimétazidine, après la pose d'un cœur artificiel.

«On pourrait avoir un gros débat d'experts devant le tribunal à Lausanne», estime David Pavot, car la possibilité d'une telle contamination fait débat chez les scientifiques. 

En raison de son jeune âge, Kamila Valieva peut prétendre à une sanction moins lourde, allant d'une «réprimande» à «deux ans de suspension», contre quatre habituellement.

Le cas de la patineuse va constituer néanmoins un nouveau cas de friction dans les mois à venir entre Rusada et le gendarme mondial antidopage à un moment crucial. L'AMA doit en effet conduire dans les mois qui viennent un examen approfondi avant la réintégration de l'agence russe après deux années d'exclusion de toute compétition internationale majeure pour une cascade de tricheries et un dopage institutionnel.

(AFP)

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