«L’Amérique en a assez» de la puissance des GAFA

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Washington «L’Amérique en a assez» de la puissance des GAFA

La menace se précise pour davantage réguler, voire démonter, les géants des technologies, après l’approbation de projets de loi par une commission parlementaire américaine.

L'étau se resserre autour des GAFA, les géants du web Google, Apple, Facebook et Amazon. Des parlementaires américains ont réussi une première percée en faveur de lois américaines pour réguler, voire démonter, ces plateformes, dans la nuit de mercredi à jeudi. Traditionnellement opposés aux régulations trop intrusives, certains élus républicains ont cette fois soutenu leurs collègues démocrates. Mais il ne s'agit que d'une première étape.

«Si vous ne pouvez pas déplacer vos informations, vous êtes prisonniers de la plateforme», a argumenté la démocrate Zoe Lofgren. La commission judiciaire va ainsi recommander au Parlement américain une proposition de loi qui imposera la «portabilité» des données et l'«interopérabilité» des services. Les utilisateurs de Facebook pourraient alors plus facilement quitter le réseau social, emmenant avec eux leurs contacts et infos personnelles.

Défendre la concurrence

Certains conservateurs ont défendu la Silicon Valley, pendant une séance marathon qui a duré plus de 16 heures et doit reprendre à 17h (heure suisse). Ils craignent que cette série de lois donne trop de pouvoir au gouvernement. Mais d'autres républicains sont favorables à ces mesures: «cela va être difficile de dire aux gens qu’ils ne peuvent pas posséder leurs propres données, et qu’elles appartiennent aux «big tech», parce que nous avons peur que le gouvernement ne prenne trop d’ampleur», a rétorqué Matt Gaetz, un républicain, signe que les grandes plateformes ont en partie fédéré la droite et la gauche contre elles.

La commission a aussi approuvé un projet de loi visant à interdire aux colosses de la tech d’acquérir des concurrents pour préserver leur pouvoir de marché. «Amazon, Apple, Facebook et Google sont les gardiens de l’économie en ligne. Ils enterrent ou achètent leurs concurrents», a martelé le démocrate David Cicilline, président de la sous-commission sur l’antitrust.

Immenses enjeux

Après des années de réprimandes, quelques amendes, et des offensives principalement européennes, des élus américains ont décidé d’en découdre. Des poursuites ont été lancées ces derniers mois, notamment contre Google et Facebook, pour infraction au droit de la concurrence. «L’Amérique en a assez», a assené en introduction mercredi matin David Cicilline, après 15 mois d’enquêtes et d’auditions sur les pouvoirs accumulés par les GAFA. «L’avenir de notre économie va-t-il être défini par le succès des meilleures entreprises avec les meilleures idées, ou simplement les plus grosses sociétés avec les plus gros budgets de lobbying?», a-t-il demandé.

Si cette réforme entrait en vigueur, elle serait susceptible de transformer l’internet façonné par ces grandes entreprises. Entre mercredi et jeudi au petit matin, les élus avaient approuvé 5 projets sur 6, dont une mesure qui augmente les frais à payer par les entreprises en cas de fusion, pour mieux financer les autorités de la concurrence. Avant d’interrompre la séance, ils ont donné leur feu vert au projet qui interdirait aux plateformes de privilégier leurs propres produits. Par exemple, Google ne pourrait plus afficher ses propres services en haut des résultats de recherche sur internet.

En revanche, doit encore être examiné cet après-midi le sixième projet de loi, interdisant à Apple et Amazon d’être à la fois juges et parties sur l’App Store (magasin d’applications du fabricant de l’iPhone) et le site de vente en ligne, respectivement.

AFP

Scalpel ou tronçonneuse

Une fois adoptées au niveau de la commission judiciaire, les propositions de lois devront passer par la Chambre des représentants, à majorité démocrate, puis par le Sénat, où leur sort est plus incertain. De nombreux républicains et quelques démocrates restent opposés à des actions aussi drastiques, et font valoir le risque de conséquences imprévues sur des services utilisés par des centaines de millions de personnes dans le monde.

Apple a par exemple insisté sur les dangers que poserait selon elle l’ouverture des iPhone à des logiciels téléchargés en dehors de son circuit bien contrôlé. Réguler les plateformes «aurait des effets négatifs significatifs pour les centaines de milliers de PME américaines qui vendent des produits via notre magasin», a de son côté assuré Brian Huseman, un vice-président d’Amazon.

Plusieurs élus de la commission ont demandé s’il était constitutionnel de cibler aussi directement des groupes. Mais d’autres assurent au contraire que ces propositions de loi restent tout à fait modérées par rapport à l’ampleur du problème, comme le républicain Kenneth Buck: «Cette législation réforme l’antitrust au scalpel, pas à la tronçonneuse», a-t-il défendu.

(afp/reg)

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