Le Locle: l’apprenti tailladé ne retournera pas à l’école

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Le LocleL’apprenti tailladé ne retournera pas à l’école

Après l’agression subie à la machette, en marge d’un conflit entre deux gangs, la victime changera de canton.

par
Vincent Donzé
Toutes les publications des deux gangs ont été épluchées à la carrosserie: «Notre apprenti n’y figure pas».

Toutes les publications des deux gangs ont été épluchées à la carrosserie: «Notre apprenti n’y figure pas».

lematin.ch/Vincent Donzé

Le jeune apprenti carrossier de 22 ans agressé à la machette au Centre de formation professionnelle neuchâtelois du Locle (NE) n’y retournera pas: établi à Bienne, il évitera désormais les Montagnes neuchâteloises pour se tenir à l’écart de la guerre que se livrent les bandes chaux-de-fonnière CDF47 et biennoise 2CZ.

Son transfert d’une école à l’autre est acquis. Pour ce jeune homme d’origine angolaise, il s’agit de ne pas renoncer au métier qu’il veut exercer avec persévérance. «Le lendemain de l’agression, il voulait retourner au travail, mais en voyant son bandage, nous l’avons renvoyé aux urgences», rapporte son employeur.

Mauvaises personnes

La victime soignée aux antibiotiques a été coupée à une arcade et à un pouce par des coups de machette, une lame longue comme le bras. Un prochain rendez-vous est déjà pris à l’Hôpital de Bienne.

Pourquoi a-t-il été agressé devant, puis dans son collège? Les avis divergent: «On veut nous faire croire que l’attaque visait notre apprenti en particulier, mais c’est faux: tout au plus a-t-il été vu à Bienne avec les mauvaises personnes», répète son employeur en le décrivant comme «hyperpoli, timide et respectueux, tout sauf exubérant».

À la carrosserie, toutes les publications du gang et 2CZ (2 Cinq Zéro) ont été visionnées: «Notre apprenti n’y figure pas». «On voit des hommes noirs sur les vidéos, mais mardi matin, l’attaque a été perpétrée par quatre Blancs et un Noir», précise-t-on à la carrosserie.

«Tu viens d’où?»

L’agression ne s’est pas déroulée pendant une récréation, dans le préau du pôle Technologies et Industrie au Locle (CPNE-TI), mais pendant une pause cigarette de cinq minutes, entre deux cours, vers 11 h 40. Elle s’est poursuivie à l’intérieur du bâtiment. Les agresseurs cherchaient à en découdre avec des Biennois: «Tu viens d’où?», demandaient-ils.

L’apprenti blessé avait peur de se rendre de Bienne au Locle pour l’écolage, mais sur le trajet de la carrosserie, il se sentait en sécurité, en restant dans le même canton.

Identifié et arrêté

Un des auteurs a été identifié et arrêté, tandis que plusieurs personnes ont été appréhendées, mardi dernier, dans le cadre de cette affaire. «C’est un contentieux entre individus proches de deux bandes rivales qui est à l’origine de l’altercation», répètent les enquêteurs.

À la carrosserie, ce qui compte désormais, c’est l’élimination des gangs qui sèment la terreur: «Il y a déjà eu un mort à Lausanne et un à Sugiez», dit une voix, en évoquant un Loclois de 20 ans tué en 2021 et un ado happé par un train en 2020.

Des idées sales

«Les deux gangs se livrent un match et comptent leurs points», a-t-on constaté à la carrosserie avec effroi. Les combats se poursuivent à travers des clips de rap tournés dans la région, comme l’a relevé «Le Journal du Jura»: «J’t’avoue qu’parfois j’ai des idées sales / Comme te r’tirer la ie-v et te tej dans la rivière d’la Suze», allusion faite à une rivière qui coule en direction de Bienne.

«Il est à relever que, si les faits se sont produits devant et à l’intérieur d’un bâtiment du Centre de formation professionnelle (CPNE), l’institution et ses élèves ne sont pas concernés par le phénomène des bandes», précisent le Ministère public et la police neuchâteloise, selon qui «ces violences émanent d’un nombre restreint d’individus, pour la plupart désocialisés et souvent imperméables aux mesures d’insertion».

Petit nombre

«Ce petit nombre d’individus influence négativement d’autres éléments plus jeunes, d’où le phénomène de bande», expliquent les autorités. Pour l’employeur de la victime agressée, il est temps d’agir: «Pour verbaliser les voitures mal parquées autour de l’école, il y a des agents, mais rien n’est mis en place pour assurer la sécurité», fulmine le maître d’apprentissage.

«Au lieu de minimiser les faits, l’école doit protéger ses élèves qui rasent les murs», répète le carrossier. Hier, l’UDC neuchâteloise a déposé au Grand Conseil une interpellation urgente, intitulée «Guerre de gangs: il faut urgemment agir!». Les signataires demandent notamment quel «plan d’action concret» le Conseil d’État compte entreprendre pour mettre un terme à ce phénomène, ainsi que des informations sur «la proportion de criminels suisses/étrangers dans ces gangs».

Mois de septembre

Jeudi matin, le Ministère public et la police neuchâteloise ont indiqué que différentes mesures seront prises «dans le but de limiter au maximum les risques de nouvelles violences», notamment à l’approche des fêtes populaires du mois de septembre dans le canton de Neuchâtel, à commencer par la Braderie de La Chaux-de-Fonds qui se déroulera ce week-end.

«Si une période d’accalmie sur le front de l’activité de ces bandes a été observée en 2022, l’événement du Locle démontre que la situation peut évoluer défavorablement à tout moment», relève la police cantonale. Des interdictions de périmètre seront décernées à l’encontre de personnes liées aux violences constatées.

«Le non-respect de ces mesures entraîne une interpellation immédiate par la police, des sanctions pénales, et peut mener à une mise en détention», précise la police neuchâteloise. La guerre des gangs est suivie depuis 2020.

Ce que dit la police:

«Des renvois devant les tribunaux vont intervenir ces prochains mois», indique le Ministère public. Depuis le début du phénomène, la police neuchâteloise a mis en place un état-major ad hoc et monitore l’activité de ces bandes, en collaboration étroite avec les cantons voisins.

«Le Ministère public a dédié une procureure qui instruit plusieurs procédures pénales dans ce cadre. Parallèlement, des approches multidisciplinaires visant à une désescalade de la violence ont été entreprises dans les entourages des auteurs».

«Les actions de prévention sont menées dans les établissements scolaires en lien avec les risques liés au phénomène de l’appartenance à des bandes. Le Ministère public et la police neuchâteloise vont poursuivre les efforts nécessaires afin de limiter au maximum les délits et les infractions commis par les membres de ces bandes dans l’espace public».

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