Actualisé 06.06.2011 à 04:39

Elections législatives

Large victoire de la droite au Portugal

La droite portugaise a largement remporté dimanche les élections législatives au Portugal sur fond de grave crise financière.

Portés par des militants du PSD, Pedro Passos Coelho succède au premier ministre démissionnaire José Socrates.

Portés par des militants du PSD, Pedro Passos Coelho succède au premier ministre démissionnaire José Socrates.

La droite évince le premier ministre socialiste José Socrates qui laisse la place au libéral centriste Pedro Passos Coelho, âgé de 46 ans. Celui-ci a annoncé vouloir former un gouvernement de majorité pour mettre un terme à l'incertitude politique. «Je vais concentrer tous mes efforts, aussi rapidement que possible, à faire en sorte que le pays et les Portugais aient un gouvernement de majorité dirigé par le PSD, qui offrira quatre ans de stabilité», a dit le futur Premier ministre.

José Socrates, sanctionné pour avoir accepté un plan de sauvetage de 78 milliards d'euros auprès de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI), a annoncé sa démission de son poste de secrétaire général du PS. «Cette défaite est la mienne et je tiens ce soir à l'assumer entièrement», a dit Socrates à son parti.

Malgré l'enjeu du scrutin survenant dans un contexte de grave crise économique et sociale, l'abstention a dépassé les 41%. C'est un record absolu pour des législatives depuis l'avènement de la démocratie au Portugal en 1974.

Démission

Sur les 230 sièges en jeu, le Parti social-démocrate (PSD) de M. Passos Coelho en remporte 105 contre 73 pour le Parti socialiste. Avec les 24 élus du parti de droite CDS-PP, il disposera d'une large majorité.

La gauche antilibérale obtient 24 sièges, dont 16 pour l'alliance communistes-verts et 8 pour le Bloc de Gauche (extrême-gauche), en net recul. Les sièges des quatre députés de l'étranger ne seront connus que le 15 juin.

Rassurer

Dans sa première déclaration après la victoire, M. Passos Coelho a tenu à rassurer les créanciers du Portugal qui a négocié un plan d'aide de 78 milliards d'euros avec l'UE et le FMI en échange d'un exigeant programme de rigueur et de réformes sur trois ans.

«Nous ferons tout notre possible pour honorer l'accord établi entre l'Etat portugais, l'Union européenne et le Fonds monétaire international, pour reconquérir la confiance des marchés», a déclaré M. Passos Coelho.

Courage

«Les années qui nous attendent vont exiger beaucoup de courage de la part du Portugal tout entier», a prévenu M. Passos Coelho. Il s'est engagé à une «transparence totale» sur les sacrifices «déjà promis aux Portugais» comme sur «ceux qu'il faudra imposer par la force des circonstances».

Lourdement endetté, le Portugal a fini l'année 2010 en récession avec un déficit public à 9,1% du PIB et un chômage à plus de 11%. Il a dû, dans le sillage de la Grèce et l'Irlande l'an dernier, solliciter une aide extérieure pour éviter la banqueroute.

M. Passos Coelho avait promis pendant la campagne d'aller «bien au delà» des exigences posées par la «troïka» (UE, FMI, BCE), notamment en matière de privatisations mais aussi de réformes du marché du travail, des services publics et des politiques sociales.

Difficile

Selon l'accord conclu début mai avec l'UE et le FMI, le futur gouvernement, qui pourrait entrer en fonction fin juin ou début juillet, devra réduire le déficit public de 9,1% du PIB l'an dernier à 5,9% cette année, et descendre à 3% d'ici 2013. «Ca va être difficile mais cela va en valoir la peine», a-t-il assuré.

(afp)

Passos Coelho, un libéral décomplexé

Grand et mince, cet éternel jeune premier de la droite portugaise, âgé de 46 ans, a fait montre pour son premier grand combat politique de tranquillité et décontraction, confirmant sa réputation d'»animal à sang froid».

Né à Coimbra le 24 juillet 1964, Pedro Passos Coelho passe son enfance en Angola, alors colonie portugaise, où son père est médecin. A l'indépendance en 1975, la famille revient au Portugal et s'installe à Vila Real (nord).

Dans le sillage de son père, dirigeant local du Parti social- démocrate (PSD, centre-droit), le jeune Pedro adhère à 13 ans aux jeunesses du parti (JSD), dont il devient sept ans plus tard le secrétaire-général puis le président en 1990.

Elu député en 1991, ses positions libérales en matière de drogue ou de service militaire font grincer les dents des barons du parti qui supportent mal son indépendance. En 1999, à 35 ans, il décide de quitter le parlement pour, dit- il, «reprendre le cours de sa vie». Deux ans plus tard, sa licence d'économie en poche, il devient consultant puis directeur financier d'un groupe d'investissement.

En 2005, Passos Coelho revient sur la scène politique, élu à la vice-présidence du PSD qu'il quitte moins d'un an plus tard en désaccord avec la ligne du parti.

Candidat malheureux à la présidence du PSD en 2008, il est écarté des organes du parti et empêché de se présenter un an plus tard aux législatives. Il prend sa revanche en étant élu par un vote direct des militants, revendiquant d'emblée un programme plus libéral que ses prédécesseurs pour sortir le pays du marasme économique.

La crise de la dette le met à dure épreuve et, pendant plusieurs mois, Passos Coelho peine à clarifier son discours, tiraillé entre son «opposition déterminée» au gouvernement socialiste et son soutien «patriote» aux mesures d'austérité imposées pour assainir les finances publiques.

Fin mars, alors que la pression des marchés s'accroît sur le Portugal, il provoque pourtant la démission du gouvernement minoritaire en refusant d'endosser un quatrième plan d'austérité en moins d'un an.

Depuis, il s'est engagé non seulement à respecter le programme négocié par le gouvernement sortant avec l'UE et le FMI, mais a promis d'»aller plus loin» en matière de privatisations comme de réformes.

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