Votations du 18 mai: Large victoire du texte de la Marche blanche
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Votations du 18 maiLarge victoire du texte de la Marche blanche

Les personnes condamnées pour des abus sexuels sur des enfants vont perdre à vie le droit d'exercer une activité en contact avec des mineurs.

par
ats

Les arguments émotionnels ont fait mouche: tous les cantons ont dit «oui», Suisse latine en tête. Selon les initiants, de nombreux pédophiles sont des récidivistes et leur présence dans les écoles, les organisations de handicapés et les sociétés sportives constitue un danger permanent. Leur mal n'étant pas guérissable, seule une interdiction d'activité à vie sera efficace.

Secouée par diverses affaires dont certaines à caractère pédocriminel, la Suisse romande s'est montrée très radicale. Les Valaisans ont dit «oui» à 74,1% devant les Genevois (73,6%), les Jurassiens (71,5%) et les Neuchâtelois (70%). Les Fribourgeois suivent avec 68,8% juste devant les Vaudois (68,6%).

Réagissant face aux médias, la ministre de justice et police Simonetta Sommaruga a rappelé que l'initiative viole la constitution, ce qui rendra sa mise en oeuvre difficile. Elle a annoncé un projet de loi pour cette année encore.

Dilemme

Le Parlement devra résoudre un dilemme: soit il suit l'initiative à la lettre et viole le principe de la proportionnalité, soit il s'en écarte et viole l'esprit de l'initiative. Impossible de préjuger de sa décision, selon la conseillère fédérale.

Parmi les partisans de l'initiative, la satisfaction prévalait. Soulagée, la fondatrice de l'association Marche blanche Christine Bussat était «persuadée que la campagne n'allait pas passer», a-t-elle expliqué à l'ats.

«Nous avions en face des adversaires qui ont utilisé des mensonges»: les amours de jeunesse, entre deux personnes âgées de 18 et de 15 ans par exemple, ne sont pas concernées, a-t-elle répété. Il suffira de préciser dans la loi que la faible différence d'âge ou d'autres circonstances font conclure qu'une interdiction à vie est disproportionnée.

Le «bon sens» du peuple

Pour la conseillère nationale Natalie Rickli (UDC/ZH) , le peuple a fait preuve de bon sens. Il s'agissait de faire le choix entre les voeux professionnels des pédophiles et la protection des enfants.

La Zurichoise répète elle aussi que les amours de jeunesse ne sont pas concernées. Les autres cas, même légers, devront en revanche être clairement sanctionnés par l'interdiction automatique d'exercer.

Selon le comité pro-initiative, cette interdiction pourra compléter sans problème le durcissement de la loi accepté par le Parlement et qui entre en vigueur dès 2015.

Cadrage strict

«Le résultat est clair», constate avec regret le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE). Au moins, le comité interpartis en faveur du non aura permis un cadrage très strict de l'initiative, jugée floue. Ceci obligera les initiants à réduire la portée de leur texte. Le Conseil fédéral devra en tenir compte.

Le Genevois souligne le caractère haineux de la campagne en Suisse romande et déplore le fait qu'il ait été «pratiquement seul» à se battre contre le texte. Outre-Sarine, la palette des adversaires politiques a été plus large, rappelle-t-il.

Parmi ceux-ci, la conseillère nationale Christa Markwalder (PLR/BE) n'est pas surprise, mais déçue. Elle regrette qu'une fois de plus une initiative bafouant l'Etat de droit soit acceptée.

L'automatisme interdisant définitivement aux pédophiles de travailler avec des enfants, indépendamment de la gravité, «est contraire au principe légal de la proportionnalité», a répété la Bernoise. Il s'agira de voir comment appliquer le texte et quelles solutions les initiants sont prêts à accepter.

Andrea Caroni «fier»

Son collègue du comité interpartis en faveur du non, le conseiller national Andrea Caroni (PLR/AR), est «fier d'avoir pu gagner 20% après les premiers sondages et d'avoir lancé le débat sur la primauté de l'Etat de droit face à cette initiative».

Il fallait s'attendre à un oui, mais «le comité du non souhaitait brandir la bannière du droit et montrer qu'on ne peut pas faire passer des requêtes exagérées sans résistance». Selon M.Caroni, il sera difficile de relativiser l'initiative dans la loi d'application et de créer des exceptions.

Application «raisonnable»

Les enseignants espèrent une mise en oeuvre «la plus raisonnable possible». «Il ne faut pas glisser vers une psychose comme c'est le cas aux Etats-Unis», estime Georges Pasquier, président du Syndicat des enseignants romands. Cette «angoisse perpétuelle» dans les milieux enseignants entrave le travail pédagogique.

Jürg Brühlmann, de la Fédération alémanique des enseignants, ajoute qu'il sera toujours plus difficile de recruter des enseignants hommes, «sous suspicion généralisée et constante».

Enfin, le Conseil suisse des activités de jeunesse estime que l'initiative fait miroiter une fausse sécurité alors qu'elle n'apportera aucune amélioration dans la protection de l'enfant contre les abus.

Une participation très élevée

Les votations fédérales ont mobilisé les Suisses dimanche. Avec plus de 55%, la participation a presque atteint celle observée le 9 février, lors du scrutin sur l'initiative de l'UDC «contre l'immigration de masse». Le record des dernières décennies, détenu par le scrutin sur l'EEE avec 78,7% de votants en 1992, n'est de loin pas battu.

Comme de coutume, les Schaffhousois détiennent la palme, avec un taux de votants autour de 70%. Le Valais, qui votait aussi sur un salaire minimum cantonal et les soins de longue durée, se situe en bonne place avec une participation de quelque 61%. Celle-ci dépasse aussi la barre des 60% à Nidwald, Obwald et et Zoug. Elle ne se situe nulle part en dessous de 50%. Glaris, Uri et Appenzell Rhodes-intérieures sont en queue de peloton, avec environ 51%. Le Valais mis à part, la participation dans les cantons romands s'échelonne entre un peu plus de 53% dans le Jura et quelque 58% dans le canton de Vaud.

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