«20 minutes» rencontre Ignazio Cassis: «L’argent n’est pas un problème juste parce qu’il est russe»

Publié

«20 minutes» rencontre Ignazio Cassis«L’argent n’est pas un problème juste parce qu’il est russe»

Le président de la Confédération a répondu à des questions de lecteurs sur l’actualité politique internationale, notamment sur la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie.

par
Sandro Spaeth
Yannick Weber
Pendant 45 minutes, Ignazio Cassis a répondu aux questions posées par les lecteurs alémaniques.

Pendant 45 minutes, Ignazio Cassis a répondu aux questions posées par les lecteurs alémaniques.

20min/Marco Zangger

Comment restez-vous informé sur la situation en Ukraine? À travers les médias? Ou avez-vous des bulletins des services de renseignements?

J’ai plusieurs canaux. Il y a les services de renseignements, mais aussi tous les diplomates suisses. Ils observent tout ce qui se dit, partout dans le monde. Il y a aussi les médias, bien sûr, qui permettent d’être informé si une situation évolue vite. Enfin, les discussions hebdomadaires avec mes collègues du Conseil fédéral, chacun ayant des informations liées à son département.

Pouvez-vous être réveillé en pleine nuit par vos services? N’éteignez-vous jamais votre smartphone? 

Bien entendu. Par exemple, le 24 février, j’ai été réveillé à 4h du matin pour être informé de l’invasion russe.

La semaine dernière, une commission du Congrès américain a critiqué la Suisse, l’accusant d’être complice de Poutine. Comment avez-vous réagi?

Plus que réagir, j’ai agi. J’ai tout de suite téléphoné au secrétaire d’État américain Antony Blinken. Cette prise de position était tout simplement inacceptable. Il a rappelé que celle-ci émanait d’une commission indépendante du gouvernement et que l’état de nos relations restait intact. 

L’entretien s’est déroulé mardi à midi.

L’entretien s’est déroulé mardi à midi.

20min/Marco Zangger

Il se dit que la Suisse abrite un total de 200 milliards de francs d’avoirs russes. Or seuls 7,5 milliards ont été bloqués. Ne craignez-vous pas pour la réputation de la Suisse?

Pas du tout. Il ne faut pas mélanger deux choses différentes: l’argent n’est pas un problème parce qu’il est russe, l’argent est un problème quand il appartient à des oligarques. Huit milliards sont gelés. J’ai au contraire entendu des éloges venant de l’étranger au sujet de la réaction suisse.

Place désormais aux questions de nos lecteurs. Elvira demande ce que vous pensez de l’idée d’utiliser les avoirs russes gelés pour financer la reconstruction de l’Ukraine.

D’abord, il faudrait savoir quand la guerre prendra fin. Aujourd’hui, on estime que le coût de la reconstruction se monte déjà à 600 milliards de dollars. On peut utiliser pour ça les avoir gelés, mais ça s’appelle de l’expropriation. La propriété est une valeur centrale de notre société. Pour retirer à quelqu’un ce qu’il possède, il faut des lois, peut-être même un changement dans la Constitution. C’est un chemin très long. Le Conseil fédéral n’en a pas encore débattu. Mais vu les montants en question, il faudrait de toute manière une coordination internationale. 

Une question de René. Pourquoi la Suisse ne reste-t-elle pas neutre? En adoptant des sanctions, nous nous rangeons du côté des États-Unis. 

Je peux rassurer René: nous restons neutres. La neutralité a un noyau, c’est la loi. Elle nous empêche quatre choses: déclarer une guerre, adhérer à une alliance militaire, exporter du matériel de guerre dans un pays impliqué dans une guerre et permettre à des troupes ou du matériel de guerre de transiter par la Suisse. C’est le droit de la neutralité. Il y a ensuite la politique de la neutralité. Et la violation du droit international était si grave que nous ne pouvions pas nous taire.

Le président de la Confédération nous a reçus dans son bureau.

Le président de la Confédération nous a reçus dans son bureau.

20min/Marco Zangger

Question posée sous le pseudo de Guillaume Tell: pourquoi avez-vous pris des sanctions sans consulter au préalable le peuple? 

La Suisse prend des sanctions sur la base des lois, des lois que le peuple a acceptées. Elles disent que la Suisse doit reprendre les sanctions de l’ONU. Pour celles-ci, elle n’a pas le choix. Elle a par contre le choix de reprendre ou non les sanctions de l’UE. Ces dernières années, la Suisse a repris plus de trois quarts des sanctions européennes.

Question de Jörg: pourquoi la Suisse ne sanctionne-t-elle pas par exemple l’Arabie saoudite, qui fait assassiner les critiques du régime?

Parce que ni l’ONU ni l’UE n’ont pris de sanctions contre ce pays. Seuls quelques citoyens saoudiens sont visés par des sanctions européennes. Nous ne les avons pas reprises.

Question de Petra: que pensez-vous de la proposition du président du PLR Thierry Burkhart de livrer des armes suisses à l’Ukraine?

La loi sur la neutralité l’interdit, c’est un de ses principes fondamentaux. Nous ne pouvons pas le faire sans changer d’abord la loi.

Volodymyr Zelensky vous a-t-il déjà invité en Ukraine, lui que vous avez appelé votre ami?

Cela n’aurait pas de sens qu’il m’invite si nous pouvons nous téléphoner régulièrement. Ce serait un acte politique symbolique qui, pour moi, à l’heure actuelle, n’est pas important. Le travail le plus important se fait en coulisses et sans visibilité publique.

 

Ton opinion

42 commentaires