«Astérix & Obélix au service de sa majesté»: Laurent Tirard pose sa griffe sur Astérix
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«Astérix & Obélix au service de sa majesté»Laurent Tirard pose sa griffe sur Astérix

«J'arrive à faire ce que je veux, pas ce que je peux», assure le réalisateur sur un tournage
d'envergure hollywoodienne.

par
Fred Ferrari

Si le producteur vous a proposé Astérix, est-ce à cause du «Petit Nicolas»?

Forcément, c'est lié. Avec Anne Goscinny on s'est très bien entendu sur l'adaptation du «Petit Nicolas».

Du coup, vous vous attaquez à une autre icône populaire.

Absolument. A la différence près que Le Petit Nicolas c'était la première fois qu'on l'adaptait, et là c'est le quatrième. L'attente du public n'est pas la même.

Vous y pensiez depuis longtemps?

Pas du tout. A priori je n'étais pas parti pour faire ça. Mais c'est une aventure qui ne se refuse pas, excitante, à la fois cinématographiquement et humainement. Un projet qui a l'avantage d'être une sorte de projet hollywoodien mais pas à Hollywood. On a fait des choix assez audacieux, assez forts et assez assumés, en termes de scénario, de casting et de direction artistique.

Pourquoi avoir choisi d'adapter «Astérix chez les Bretons» et «Astérix et les Normands»?

Ce sont mes préférés. «Astérix chez les Bretons» parce que j'ai une espèce de passion personnelle pour l'Angleterre, ses conventions. Je suis un fan de Jane Austen par exemple. Et «Astérix et les Normands », parce qu'il y a des personnages formidables, les Normands, à la fois très drôles et très touchants. Et on a réussi à mélanger les deux. Il y a différents niveaux dans le film, et une des colonnes vertébrales, c'est le choc des cultures, des civilisations. César décide d'envahir la Bretagne, d'apporter les bienfaits de la civilisation romaine moderne à ces pauvres peuples barbares... Nous, on va montrer qu'il y a différents types de barbares. Les Gaulois, barbares sympathiques et bon vivants. Les Normands, barbares à l'état brut. Et les Bretons, qui vont s'avérer des barbares beaucoup plus sophistiqués et précieux que les Romains.

Pourquoi avoir introduit autant de personnages féminins?

Ça me gêne qu'il n'y ait pas de femme dans Astérix. Comme dans Tintin d'ailleurs. Tant que ça reste une BD, il y a une espèce de convention qui fait qu'on accepte que même la question de la sexualité ne soit jamais évoquée. Mais à partir du moment où on en fait un film avec des acteurs en chair et en os, j'ai besoin de savoir quelle est la sexualité d'un personnage pour le faire avancer dans l'histoire. Ce qui me plaît foncièrement, c'est les rapports homme-femme dans tous mes films.

Comment avez-vous choisi votre nouvel Astérix?

En fait, le premier comédien auquel j'ai pensé, c'est Fabrice Luchini en César. Ensuite on a décidé de faire un Astérix très différent, un Astérix qui se pose des questions sur sa vie, sur sa relation à Obélix, sur le fait que, quand même à son âge il n'est toujours pas en couple. Et là, très vite, en l'écrivant, j'ai commencé à penser à Edouard Baer. Comme le film joue sur le choc culturel et que les Anglais sont des sortes de caricatures d'Anglais, et je voulais un Astérix qui soit une sorte d'emblème du Français tel que les étrangers se le représentent: volubile, un peu dragueur, l'œil pétillant, le charme français, quoi. Quand on est arrivé aux dialogues j'ai commencé à écrire les dialogues pour lui. Sur mesure.

Ça a été facile de faire passer l'idée aux producteurs?

Non. Comme tout ce qui est original et audacieux.

Y a-t-il beaucoup de scènes avec César?

Je dirais 8 très grosses scènes, notamment un face-à-face Astérix-César pour savoir qui est le vrai héros du film.

Avez-vous l'impression que Gérard Depardieu a changé sa façon d'incarner Obélix?

Non, ce qui change, c'est qu'on lui a donné un rôle plus important. Dans les deux derniers films, Astérix et Obélix étaient devenus des personnages secondaires. On a décidé de les remettre au centre du film et d'explorer leur relation.

Comment en êtes-vous venu à engager Charlotte Le Bon, la Miss Météo de Canal+?

Ce qui est assez rigolo, c'est que je n'ai pas la télé, je n'étais pas du tout au courant du phénomène Charlotte sur Canal+. Quand ma directrice de casting m'a parlé d'elle, j'étais un peu méfiant. Après tout, il y avait déjà eu Louise Bourgouin. Mais on a vu Charlotte, elle a fait des essais, et c'était elle. Elle est belle, elle a exactement le physique qu'il me fallait pour le rôle, un peu romantique, un peu anglais, elle avait un côté Jane Birkin le jour où elle est venue faire ses essais. Et elle est drôle, elle est drôle ! On lui a écrit un personnage à défendre, avec de vraies scènes à jouer.

Catherine Deneuve au générique, c'est assez inattendu. Elle a accepté immédiatement?

Oui. Ça l'amusait. Elle m'a dit «L'accent, vous êtes sûr? Vous avez pas peur que ce soit ridicule?». J'ai dit non, c'est une convention. Et elle a travaillé avec un coach.

Quelle marge avez-vous prise pour créer les personnages qui n'existaient pas dans la BD?

Je ne me freine pas trop. D'autant que c'est le quatrième film. Astérix et Obélix, il faut les garder tels quels. Mais pour les Romains, j'ai essayé de faire en sorte qu'ils soient le plus réalistes que possible, qu'ils fassent peur. Pour les Normands, ces créatures qui viennent d'un autre monde, on est parti sur du Tolkien, avec des fourrures, des casques à cornes. Et les bretons sont un peuple extrêmement sophistiqué, ça ne marchait pas de les habiller en gaulois comme dans la BD. Les rues de Londres, je voulais que ça ressemble à la fois à du Dickens et au Piccadilly d'aujourd'hui.

Qu'avez-vous appris d'un tournage comme celui-là?

Ça m'a appris des choses sur moi. Pas sur le cinéma. Ma vision du cinéma n'a pas changé. Ça m'a rassuré sur le fait que même sur une grosse machine comme ça, j'arrive à continuer à faire exactement juste ce que je veux, et pas ce que je peux. Je continue d'avoir l'impression de faire un film personnel.

Tourner en 3D, qu'est-ce que ça change?

- Au départ j'étais moyennement emballé. Ce qui m'intéresse avant tout, ce sont les acteurs, la comédie. Je ne fais pas partie des metteurs en scène qui préfèrent les effets spéciaux aux acteurs. J'avais peur que la 3D soit une sorte d'effet spécial en plus. Mais on a rencontré Alain Derobe, on a fait des essais et ça m'a convaincu. D'abord c'était moins lourd que je pensais, même si ça reste très lourd. Et tout d'un coup on avait l'impression de d'immerger dans la BD. Tout est tellement plus net qu'on ne peut pas tricher.

Ça change la manière de positionner sa caméra?

- Ça change beaucoup de choses. Le cinéma traditionnel on va de plus en plus vers un découpage où on reste très peu sur les plans. Si on fait ça en 3D, au bout d'un quart d'heure le spectateur quitte la salle. Parce que l'image est tellement riche, votre œil travaille tellement, que vous avez mal au crâne. La 3D amènerait à revenir vers une mise en scène des années 50, avec des plans un peu plus larges, qui durent plus longtemps, où le rythme se joue dans le plan. De même, aujourd'hui en traditionnel on tourne de plus en plus à 2 ou 3 caméras. En 3D ce n’est pas possible, parce qu’on tourne avec des focales beaucoup plus courtes, on rapproche beaucoup les caméras des acteurs, il n'y plus la place.

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