Neurosciences: Le bâillement, un signe d'empathie
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NeurosciencesLe bâillement, un signe d'empathie

Bâiller n'est pas forcément malpoli, c'est un acte communicatif et, en cas de contagion, un signe d'empathie pour ses semblables.

C'est la conclusion d'une étude de chercheurs genevois et bernois publiée dans la revue «Neuroscience and Biobehavioral Reviews».

Le bâillement peut être observé chez la plupart des vertébrés à tout âge et dès le stade foetal. Il consiste en une séquence involontaire d'ouverture de la bouche, profonde inspiration, brève apnée et lente expiration. Chez l'humain, il dure en moyenne six secondes. Reptiles, poissons et oiseaux semblent également bâiller.

Confronté aux bâillements de ses patients, Adrian G. Guggisberg, du Département des neurosciences cliniques des Hôpitaux universitaires de Genève, s'est posé la question: «Cela sert-il à quelque chose?». Dans une première étude menée en 2007, il a testé l'hypothèse souvent évoquée selon laquelle le bâillement augmenterait la vigilance.

La réponse est non: «Le bâillement n'a pas d'effet réveillant», a indiqué le spécialiste à l'ATS. Désireux de faire le point sur ce phénomène mystérieux, le Dr Guggisberg a maintenant passé en revue avec des confrères de l'Hôpital de l'Ile à Berne l'essentiel de la littérature disponible sur le sujet.

Aucune fonction physiologique

Conclusion: «Il est bien possible que le bâillement n'ait aucune fonction physiologique». Ainsi, il ne sert ni à oxygéner le cerveau - comme on le pensait depuis Hippocrate - ni à le refroidir ni à l'activer.

Il ne sert pas non plus à abaisser la vigilance, comme l'ont supposé d'autres chercheurs. Aucun lien de cause à effet n'a pu être mis en évidence entre le bâillement et la somnolence subséquente, même si la plupart des bâillements se produisent durant des phases de somnolence.

Enfin, il semble que sa fonction primaire ne soit pas non plus d'égaliser la pression de l'oreille moyenne avec celle de l'air extérieur, même s'il a cette «capacité très appréciée» dans les avions et les ascenseurs, notent les scientifiques. Avaler et mâcher, par exemple, produisent le même effet.

L'hypothèse sociale

Restait l'hypothèse d'un comportement social procurant un avantage dans l'évolution. Et c'est celle que privilégie le Dr Guggisberg: le bâillement, souligne-t-il, est un message presque universellement compris. Une forme de communication non-verbale produisant une meilleure synchronisation d'un groupe social donné.

Parmi les précurseurs du bâillement figurent la somnolence, l'ennui, la faim, ou encore un léger stress psychologique. Des éléments déclencheurs - en nombre limité - qu'il est utile de communiquer au sein d'un groupe: ils ont en commun d'être modérément déplaisants sans toutefois constituer une menace imminente, écrivent les chercheurs dans leur étude.

Contagieux chez le sujet empathique

Enfin, le bâillement est notoirement contagieux. Mais seulement chez le sujet sain doté de compétences sociales intactes. Des études menées sur des patients schizophrènes et autistes ont montré qu'ils n'y sont réceptifs que dans une moindre mesure, et les enfants de moins de cinq ans pas du tout, n'ayant pas encore développé les mécanismes requis.

Il y a donc corrélation entre la contagiosité du bâillement et la capacité d'empathie chez l'humain. «Observer ou entendre d'autres personnes bâiller active un réseau complexe de régions cérébrales liées à l'imitation motrice, l'empathie et le comportement social», selon les scientifiques.

Conférence sur le bâillement

Ainsi, le bâillement pourrait avoir procuré un avantage suffisant en matière de communication au sein d'un groupe donné pour expliquer sa persistance dans l'évolution et son usage fréquent chez de nombreuses espèces de vertébrés. Il n'y a dès lors aucune nécessité de postuler des fonctions physiologiques, peut-on encore lire dans l'étude.

Le Dr Guggisberg présentera ces travaux les 24 et 25 juin prochains à Paris dans le cadre de la 1ère Conférence internationale sur le bâillement, à l'Hôpital de la Salpêtrière.

(ats)

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