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WEF 2010Le bilan mitigé du Forum de Davos

Régulation, fragilité de la croissance et crainte des déficits ont dominé les débats lors du 40e Forum économique mondial (WEF) à Davos.

Si un concensus est apparu sur les réformes de la finance, les incertitudes barrent la route aux perspectives de l'après-crise.

Tout a commencé mercredi par une âpre discussion entre banquiers et financiers sur la maîtrise des risques systémiques, un débat qui a mis en lumière les divergences sur ce thème. Puis Nicolas Sarkozy a tonné dans le cirque blanc en ouverture du Forum, dénonçant les «dérives du capitalisme» avec fermeté et appelé à sa réforme.

En fin de discours, après avoir recueilli des applaudissements retenus, le président de la république française a lâché la petite phrase, banale à première vue, mais qui a résonné toute la semaine. «Ne vous laissez pas enfermer dans les clichés», a-t-lancé à l'assistance comme pour conjurer une mauvaise prophétie.

«Améliorer l'Etat du monde: repenser, redessiner, rebâtir»: le leitmotiv gargantuesque de Klaus Schwab, fondateur du WEF, devait dessiner les contours d'une planète en reprise, les bases d'une croissance forte et durable lors de l'édition 2010. Mais l'agenda a placé ses priorités et montré que la tâche était ardue.

Péril grec

Très vite, la Grèce et sa situation financière incendiaire a monopolisé les discussions pour cristalliser à Davos (GR) les dangers et les dilemmes cornéliens de 2010: comment soutenir la reprise naissante tout en contenant la dette et les déficits publics.

Le chef du gouvernement Georges Papandréou, venu avec son ministre des finances, a eu beau répéter à qui voulait l'entendre que la Grèce s'en sortirait seule, dénoncer les attaques spéculatives contre son pays, les marchés obligataires, en chute, ont gardé leur raison que la raison politique ne voulait pas savoir.

Le fil tendu par le WEF entre gouvernements et économie, entre des dirigeants politiques fermes et des banquiers sur la défensive, n'aura certes finalement pas rompu.

Mais lorsque le patron du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, souligne la nécessité de poursuivre les réformes dans la régulation financière, Josef Ackermann, patron suisse de la Deutsche Bank, acquiesce tout en s'inquiètant de l'asséchement du crédit dont pourrait souffrir son secteur.

Il aura fallu attendre samedi pour voir la véritable avancée du Forum. Au terme d'une réuion informelle réunissant banquiers centraux, banquiers privés, des ministres comme Christine Lagarde ou le chancelier de l'Echiquier britannique Alistair Darling, un consensus a été trouvé sur la régulation financière.

Indicible reprise

Sur la reprise, tout le monde a été d'accord pour dire qu'elle était fragile et inégale selon les régions. La sortie de crise est «asymétrique», a commenté Dominique Strauss-Kahn. «C'est comme des plaques tectoniques», a renchéri Christine Lagarde, ministre française de l'économie.

Après deux ans de soins intensifs prodigués à l'économie, la question du désengagement des Etats est des plus périlleuses. Le niveau d'endettement et les déficits budgétaires font en effet planer les risques d'une nouvelle crise, et forment le problème principal des années à venir, selon Dominique Strauss-Kahn.

Mais, ni Dominique Strauss-Kahn, ni Christine Lagarde, ni le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet, ni le vice-gouverneur de la banque centrale de Chine n'ont nié les risques d'un retrait trop rapide des Etats.

Christine Lagarde a souligné l'importance du «timing» à la fois du désengagement, de la réforme du secteur financier et de l'assainissement des finances publiques.

Lawrence Summers, principal conseiller économique du président américain Barack Obama, a résumé la situation indélicate et les incertitudes qui ont interdit tout excès d'optimisme au cours de la semaine: «Il y a une reprise statistique et une récession humaine.» La reconstruction, chère au WEF pour cette édition, ne fait que commencer.

(ats)

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