Cyclisme - Tour de Romandie: Le «bisou en stéréo» est en grand danger
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Cyclisme - Tour de RomandieLe «bisou en stéréo» est en grand danger

La présence des hôtesses sur les podiums des courses cyclistes est en danger. Le débat alimente les discussions dans les coulisses du Tour de Romandie.

par
Robin Carrel
Yverdon
Une image en danger.

Une image en danger.

Keystone/Jean-christophe Bott

Abandon des «grid girls» à côté des pilotes de Formule 1 au départ des Grands Prix, polémiques autour des «umbrella girls» qui protègent les pilotes du Championnat du monde de motocyclisme... Le sport a connu sa part de débats sur la place des femmes et l'image dégradante qui serait donnée d'elles dans plusieurs des manifestations de niveau planétaire. Le cyclisme et le Tour de Romandie n'échappent forcément pas à une remise en question sur le sujet.

Dans la caravane du Tour, c'est exactement le même débat qui agite ces demoiselles, justement. Elles n'ont pas forcément le droit ou la volonté de s'exprimer sur le sujet, mais en «off», ces femmes confient soit qu'elles le font volontiers pour certaines, affirmant qu'il n'y a rien d'infamant à accompagner et poser sur une photo avec un athlète qui sort d'un exploit tant que ce n'est pas en bikini un jour de neige, soit qu'elles ont refusé de le faire et que personne ne leur a mis de pression à ce propos.

Elles disposent de leur corps

Certaines vont même un peu plus loin et expriment à titre personnel qu'il est quand même bien plus agréable à l'oeil pour tout le monde de voir des jolies filles apporter un maillot distinctif ou un bouquet de fleurs, que de laisser le coureur seul avec les pontes de la commune ou «avec des filles engoncées dans un vêtement horrible et trop long comme au Salon de l'Auto»... Sur le Tour de Romandie, les femmes disposent de leur corps comme elles l'entendent et c'est exactement là le plus important.

«C'est exactement ça le débat, pose Léonore Porchet, députée Les Verts au Grand-Conseil vaudois depuis juin 2017 et membre du Comité du Centre de liaison des associations féminines vaudoises. C'est bien que le monde du sport réalise que les femmes ne sont pas des objets ou des porte-drapeaux, car c'est un milieu qui a véhiculé pas mal de sexisme. C'est le moment! Je n'ai rien contre le fait qu'elles profitent de leurs corps magnifiques pour gagner plus d'argent et c'est certainement plus agréable à faire que caissière à la Migros. Mais j'espère juste qu'elles puissent toutes trouver un autre métier que derrière une caisse-enregistreuse ou d'être utilisées»

Rencontre sur un podium

Celui qui est sans doute le plus touché par cette polémique, c'est Christophe Moreau. L'ancien pro au sein des équipes Festina, AG2R ou encore Crédit Agricole, qui oeuvre cette semaine comme consultant pour BNJ, la plate-forme médiatique de l'Arc jurassien a épousé Emilie, son coup de foudre rencontré en l'an 2000 sur un podium de la Grande Boucle, lorsqu'il l'avait terminée à une excellente 4e place. Et comme le Tour de France pense se passer des hôtesses cette année, le Franco-Suisse de 47 ans, marié depuis 15 ans, se sent forcément concerné.

«Si la Grande Boucle devait les supprimer, ça ne solutionnerait rien, indique l'ancien coureur. Ca me touche, parce que je ne vois pas comment on peut faire un tel amalgame entre des hôtesses, qui ont un métier honorable et des lettres de noblesse, et de vrais problèmes de harcèlement comme le scandale Harvey Weinstein. Ce n'est pas justifié. Ces femmes, c'est aussi l'Histoire du Tour de France depuis près de cent ans. Regardez Yvette Horner!» Cette dernière avait assis sa popularité dans le sillage des cyclistes pendant onze ans, après avoir remporté la Coupe du monde d'accordéon en 1948. «Le Tour de France a changé ma vie», avait-elle coutume de dire. Sûr qu'Emilie Moreau est d'accord avec elle.

Richard Chassot

Directeur du Tour de Romandie

«Chez nous, les sponsors ont le choix. On a eu toute une discussion par rapport à ça avec eux. Il faut dire qu'on a reçu des lettres limite menaçantes pour nous dire que si on continue ça... J'en ai parlé avec les hôtesses, qui étaient quant à elles outrées qu'on puisse vouloir prendre des décisions à leur place. C'était la meilleure des réponses finalement... Elles ne sont pas choisies pour ça, chez nous- Elles ne font pas que monter sur le podium! Elles font aussi un travail administratif, d'accueil au VIP, elles s'occupent de l'hospitalité en règle générale... Elles sont choquées qu'on leur dise: tu n'as plus le droit de monter sur un podium. Nous, on ne les oblige pas! On a eu des hommes sur le podium, mais eux, c'est une poignée de main. Le bisou est-il davantage dégradant? C'est un point de vue. Ce qui ressort de cette discussion, c'est que si on oblige une femme à faire ça, bien sûr que ce serait un problème. On ne les oblige pas non plus à faire le traditionnel bisou sur le podium d'arrivée. Les filles et les sponsors se mettent d'accord là-dessus et tout le monde trouve ça plutôt sympa, de faire cette photo-là. A un moment donné, on ferait mieux de prôner la liberté des choix, plutôt que de toujours mettre des règles et des interdictions.»

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