Présidentielle en Ukraine: Le bloc Timochenko conteste le résultat
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Présidentielle en UkraineLe bloc Timochenko conteste le résultat

Le groupe parlementaire de Ioulia Timochenko a dénoncé mardi des «fraudes massives» à l'élection présidentielle de dimanche en Ukraine.

La Première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko refuse de reconnaître sa défaite. Elle va contester le résultat de l'élection présidentielle, malgré des pressions de l'Occident et de la Russie. Cette dernière a félicité mardi son rival Viktor Ianoukovitch.

«Je ne reconnaîtrai jamais la légitimité de la victoire de Ianoukovitch avec un scrutin pareil», a déclaré Mme Timochenko lors d'une réunion lundi soir avec son groupe parlementaire, selon l'influent journal en ligne «Ukraïnska Pravda», citant des sources au sein de son parti.

Le président russe Dmitri Medvedev a lui félicité mardi lors d'une conversation téléphonique M. Ianoukovitch «pour le succès rencontré lors de l'élection présidentielle».

Paris a de son côté salué un second tour «transparent», au lendemain d'un rapport de l'OSCE invitant Mme Timochenko à s'incliner après une élection jugée «honnête». Les Etats-Unis ont aussi loué le bon déroulement de la présidentielle, sans toutefois faire aucune mention du vainqueur.

Selon les résultats quasi-complets de l'élection publiés mardi par la Commission électorale centrale après le dépouillement de 99,98% des bulletins, l'opposant Ianoukovitch a obtenu 48,96% des suffrages dimanche contre 45,47% pour la Première ministre.

Plaintes annoncées

Plusieurs parlementaires du bloc Timochenko ont indiqué que des plaintes allaient être déposées ces prochains jours devant les tribunaux pour remettre en cause le résultat du vote.

Mme Timochenko va d'abord tenter d'obtenir l'invalidation des résultats dans certains bureaux, puis, en cas de succès, remettre en cause le résultat global du scrutin, a précisé une députée du bloc, Olena Choustik.

«Irréel»

«Il y a des perspectives d'invalider le résultat dans dix à vingt bureaux de vote. Or, pour rattraper le retard, il faut que cela ait lieu dans 1.500 bureaux. C'est irréel», a estimé Olexandre Tchernenko de l'ONG ukrainienne Comité des électeurs spécialisée dans la surveillance des scrutins.

«Les tentatives d'invalider le résultat du vote sont un moyen de pression sur le camp adverse. Timochenko tente de gagner du temps pour les marchandages politiques à venir», juge le politologue indépendant Stanislav Belkovski.

Mme Timochenko, d'ordinaire plus flamboyante, observe elle-même un silence total sur sa stratégie post-scrutin.

Timochenko reste puissante

Selon le journal pro-Ianoukovitch «Segodnia», «la victoire de Ianoukovitch n'est pas définitive» tant qu'un nouveau gouvernement n'est pas mis en place. La partie ne s'annonce pas facile, le futur président n'ayant pas de majorité au Parlement.

Pour certains analystes, Ioulia Timochenko reste puissante et continuera de jouer les trouble-fête. Contrairement au président sortant Viktor Iouchtchenko, son ancien allié de la Révolution orange qui avait récemment avoué «détester la politique», elle ressent une passion pour le pouvoir.

Son charisme et sa rage de vaincre se sont certes avérés insuffisants face à la dégradation de la situation économique et aux conflits récurrents avec M. Iouchtchenko, qui a passé son temps ces dernières années à la critiquer et a tout fait depuis 2005 pour qu'elle n'accède pas à la présidence.

«Mais avec près de 50% de soutiens, ce n'est pas la fin de sa carrière», estime le politologue Viktor Nebojenko de l'institut Baromètre ukrainien.

Ianoukovitch doit rallier des transfuges

Elle peut d'abord mener la vie dure à Viktor Ianoukovitch, dont le Parti des régions ne pourra former de majorité au Parlement sans rallier des transfuges du camp orange ou sans dissoudre l'assemblée.

Le futur président a certes invité Mme Timochenko à démissionner. Mais cette dernière restera Première ministre aussi longtemps qu'il n'aura pas formé une nouvelle majorité parlementaire.

Selon M. Belkovski, Mme Timochenko «va tenter de marchander pour rester Première ministre au moins jusqu'à l'automne en échange de son soutien pour la nomination des ministres de l'Intérieur, de la Défense et du chef des services spéciaux». (ats)

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