Actualisé 26.04.2016 à 14:43

VoileLe Bol d'or pourra se disputer en double

La 78e édition de la fameuse régate, les 11 et 12 juin prochains sur le Léman, a modifié son règlement pour accueillir de petits multicoques. Une première.

de
Oliver Dufour, Genève

Jusqu'ici, la plus grande course à la voile en eaux fermées d'Europe s'était refusée aux embarcations de petite taille sur lesquelles on ne comptait pas trois membres d'équipage au minimum. Principalement pour des raisons de sécurité. A 45 jours du départ du Bol d'or 2016, le 78e de l'histoire, le comité d'organisation a officialisé une exception à cette limite. Dès cette année, l'épreuve sera ouvertes aux petits multicoques de type C1 de 18 à 21 pieds (entre 5m50 et 6m25), qui sont pilotés à deux. On devrait ainsi voir quelques catamarans des séries Flying Phantom, Eagle F20 ou Nacra F20, entre autres, se mesurer aux habituels M1 et M2 sur l'aller-retour entre Genève et Le Bouveret (VS).

Mais l'admission des C1 ne se fera pas n'importe comment. Leur nombre sera limité à 50 au maximum. Et leurs équipages devront présenter des références solides avant de voir leur inscription validée par les organisateurs du Bol d'or. On ne se lance pas dans une course d'une telle intensité sans montrer patte blanche. Encore moins lorsqu'on navigue en duo sur une telle distance. Le chemin le plus court mesure 123km. Et il n'est pour ainsi dire jamais emprunté tel quel. «Nous avons dû modifier notre règlement pour accepter ces bateaux», explique Rodolphe Gautier, président du comité d'organisation. «Mais attention, ces équipages devront être majeurs et seront sélectionnés sur la base de leur CV nautique qu'ils seront tenus de nous fournir. Ces navigateurs sont en principes des habitués des courses de type raid. Les risques sont donc extrêmement mesurés. Nous avons à ce jour reçu quinze demandes, dont deux ont été refusées.»

«Les C1 pourront rivaliser avec les M2»

Cette ouverture s'explique notamment par la volonté d'élargir l'intérêt international pour le Bol d'or. «Ces petits bateaux se déplacent facilement, ce qui incite plus facilement les équipages étrangers à s'inscrire», se réjouit Rodolphe Gautier. «Ils ne joueront probablement la victoire, mais si le vent souffle ils devraient rivaliser au moins quelque temps avec les M2», estime celui qui devrait lui-même être à bord du M1 Safram. Des multicoques tchèques, français et italiens figurent déjà parmi les participants. Depuis plusieurs années des amitiés ont également été tissées avec les organisateurs du Ruban Bleu, célèbre régate du lac Balaton, en Hongrie. «On aimerait vraiment rapprocher les deux plans d'eau et pourquoi pas les jumeler. Ce serait une première pour deux lacs», sourit Rodolphe Gautier. Après ses victoires en 2012 et 2013, c'est d'ailleurs un bateau hongrois, Libera Raffica, qui aura encore l'occasion cette année de faire sien le Bol de vermeil, promis au monocoque qui s'imposera trois fois en cinq ans dans l'épreuve. Parmi les vedettes déjà annoncées, le spécialiste vaudois de la course au large, Bernard Stamm, devrait quant à lui prendre le départ sur un Diam 24, le trimaran utilisé pour le Tour de France à la voile.

L'accès accordé aux C1 répond également à une évolution de la voile et à une sorte de démocratisation des bateaux à «foils», ces ailes profilées permettant aux bateaux de «voler» au-dessus de l'eau lorsque leur vitesse est suffisamment élevée. Les Flying Phantom ou Nacra F20, notamment, sont de ceux-là. «Ces bateaux volants ont quoi qu'il arrive apporté une nouvelle génération de marins dans le paysage, même si on devait ne pas en voir sur le Bol», relève Tanguy Cariou, membre de l'équipage du catamaran D35, lauréat de la régate l'an dernier. En plus du circuit lémanique qu'ils ont dominé la saison dernière, les membres de Tilt seront d'ailleurs actifs en 2016 dans le championnat des GC32, des catamarans à foils de 12m. «Nous ne voulons prendre le train en marche, même si pour l'heure le D35 me paraît toujours rester la meilleure plateforme pour gagner le Bol et que c'est donc toujours sur celui-ci que nous défendrons notre titre», déclare le Breton, qui tire néanmoins un grand coup de chapeau à ceux qui s'attaqueront à la régate en C1. «Respect à ces gens-là. La longue durée de l'épreuve en cas de vent faible rendra la chose fatigante. Mais s'il y a plus de vent, la navigation deviendra encore plus physique! Dans tous les cas, ça sera une belle expérience pour ces équipages.»

Voir passer les bateaux à la mi-temps

Et qu'en est-il du nombre de participants au Bol 2016? «Si vous nous demandez si on tente de battre le record datant de 1992 (ndlr: 684 voiliers), la réponse est non», reprend Rodolphe Gautier. La conjecture économique et démographique fait qu'il y a actuellement peut-être un peu moins de bateaux sur le lac. En plus nous souffrirons peut-être de l'Euro de football (ndlr: la Suisse sera notamment opposée à l'Albanie en match de poule le samedi 11 juin, jour du départ), qui nous pourrait aussi nous priver de quelques voiliers», analyse le président de l'organisation. «Mais je pense que nous pouvons viser 500 monocoques et 60 multicoques. La barre des 600 est même atteignable.» Le comité souhaite aussi attirer davantage de spectateurs. «On souhaite que même les fans de foot profitent au moins de la mi-temps pour sortir voir passer les bateaux. Mais nous sommes évidemment tributaires du temps qu'il fait et donc des temps de passage des bateaux.» Sur son site web flambant neuf, le Bol d'or propose d'ailleurs une section spécialement réservée aux spectateurs. Ceux qui voudront s'aventurer sur l'eau trouveront même les horaires des bateaux de la CGN correspondant le mieux – si la météo le veut bien – avec les passages des concurrents à leur hauteur!

Twitter, @Oliver_Dufour

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