Genève - Le boulodrome ressuscité qui a vaincu la violence    
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GenèveLe boulodrome ressuscité qui a vaincu la violence

Depuis deux ans, un collectif a réhabilité les terrains de pétanque des Cropettes. Lieu autrefois malfamé, il accueillait samedi un tournoi et des champions confirmés.

par
Jérôme Faas
Serge Bourcart (en bleu ciel derrière au centre), Rémy Galleau (troisième joueur en vert pomme depuis la gauche), Maiky Molinas (en bleu ciel à la gauche de Serge Bourcart) et toutes les principales pointures engagées lors du tournoi de triplette organisé ce samedi au boulodrome des Cropettes.  

Serge Bourcart (en bleu ciel derrière au centre), Rémy Galleau (troisième joueur en vert pomme depuis la gauche), Maiky Molinas (en bleu ciel à la gauche de Serge Bourcart) et toutes les principales pointures engagées lors du tournoi de triplette organisé ce samedi au boulodrome des Cropettes.

20 Minutes / jef

Voici deux ans, c’était un espace à l’abandon, une friche où prospéraient la toxicomanie et la violence. Aujourd’hui, c’est un boulodrome ripoliné, où se mesurait ce samedi la crème de la pétanque, dont le champion du monde genevois de tête à tête Maïky Molinas, et «où pas un mégot ne traîne par terre», se plaît à répéter Serge Bourcart, l’homme à l’origine de cette spectaculaire renaissance.

Le boulodrome des Cropettes, derrière la gare, est son grand œuvre. Tout en faisant revenir des entrecôtes dans force beurre, ce bénévole au grand cœur observe les boulistes tirer des carreaux de folie sous les arbres centenaires et souffle: «Ça, c’est mon salaire.» Il les connaît tous, c’est grâce à lui que le lieu revit et qu’ils sont là. «La connexion, c’est Serge, lâche le Monégasque Rémy Galleau, ex-champion de France et d’Europe. Si ce n’était pas lui, je ne serais pas monté de Toulon. Et on ne voit pas souvent des plateaux comme celui-ci.»

Une présence quotidienne

Le président du Collectif Grottes et pétanque, créé en 2019 et à qui le Service des sports de la Ville de Genève a délégué la gestion des lieux, a reconquis le terrain petit à petit. Il a monté un petit bar, repeint avec l’aide de la Municipalité («avec laquelle on a une super collaboration»), les poutres séparant les pistes, redonné son lustre au lieu dont il a chassé les indésirables, grâce à un travail de fourmi et une présence quotidienne, et malgré, parfois, les menaces de mort. Serge Bourcart ne touche pas un sou – «on voulait avoir des résultats avant de demander une subvention» – mais s’est attaché à faire du boulodrome un espace ouvert sur le quartier. «Les habitants des Grottes sont à fond derrière nous.»

«Je connais tous les enfants»

L’an passé, les lundis et mardis, il a ainsi proposé des initiations à la pétanque aux élèves de l’école primaire des Cropettes. «Avant, les parents passaient par en haut pour amener leurs enfants en classe, tant l’endroit était malfamé. Aujourd’hui, je connais tous les enfants par leurs prénoms. Parfois, ils passent et me disent: Serge, on a skate jusqu’à 15h30, on peut venir jouer aux boules après?»

«À 100% derrière ces gens»

Directeur de l’école en question, Laurent Vité se montre très reconnaissant vis-à-vis du collectif. «Je suis à 100% derrière ces gens qui se sont dépensés comme des bêtes pour réhabiliter ce lieu jusqu’alors fréquenté par des pochards. Il y avait tellement de problèmes de fréquentation. On retrouvait des couteaux, de l’urine dans les potagers de l’école. Conjuguée avec l’action de la police, la réhabilitation du boulodrome fait partie de ce mouvement de reconquête. Le collectif a créé un réseau social, a occupé le terrain positivement, les initiations pour les élèves y participent. Les îlotiers saluent ce travail associatif. C’est ce type de projet qui sauvera les Cropettes du climat pesant de menaces et de violence qui les minaient jusqu’alors.»

«Rajeunir notre sport»

Tout cela paraît bien loin ce samedi, avec ces 28 équipes venues de France, du canton de Vaud et de Genève. «Voir des terrains comme ça, propres, techniques, ça donne envie de faire des concours, loue Maïky Molinas, le jeune champion genevois de 24 ans. Jouer sous ces arbres, en plein centre-ville, c’est une chance rare dont beaucoup rêveraient. Et ce qui serait bien, ce serait de rajeunir un peu notre sport. Avant, les joueurs ne voulaient même pas venir s’entraîner ici. Maintenant, on s’y sent tous à l’aise.»

Élèves, aînés et handicapés

Le rajeunissement semble en bonne voie. Après l’école des Cropettes, Serge Bourcart a été approché pour l’année prochaine par celle de Chandieu et par le cycle d’orientation de Montbrillant. Il est en cheville avec Cap Loisirs pour organiser des événements destinés à un public handicapé. Et les aînés aussi sont accueillis à bras ouverts. «Des résidents de l’EMS Fort-Barreau reviennent. L’un d’eux, un saisonnier italien, avait lui-même construit le boulodrome en 1954. Revoir ce lieu vivre, cela lui fait de belles après-midi.»

Serge Bourcart n’a dorénavant plus qu’un souhait: bénéficier d’une vraie cabane pour pouvoir ranger en lieu sûr son matériel et monter une petite buvette. «Mais je ne veux pas d’un établissement public. L’idée, ce serait de n’y donner accès qu’aux porteurs de cartes de membre du boulodrome; comme ça, on pourrait contrôler qui vient et conserver la vraie vocation de l’endroit: la pratique sportive.»

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