Genève: Le Bureau de l’intégration des étrangers navigue à vue
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GenèveLe Bureau de l’intégration des étrangers navigue à vue

Dans un audit rendu public mardi, la Cour des comptes estime que l’organe qui pilote les questions d’intégration manque de lignes directrices. La faute au Conseil d’Etat.

par
Maria Pineiro
La cour a émis 10 recommandations
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«Manque de politique cantonale en matière d’intégration, manque de vision d’ensemble, manque de priorités, tant en ce qui concerne les populations ciblées que les thématiques à développer», a asséné Isabelle Terrier, présidente de la Cour des comptes. Mardi, lors de la présentation d’un audit de performance sur le Bureau d’intégration des étrangers (BIE), la Cour s’est montrée sévère vis-à-vis du Conseil d’Etat, coupable, à ses yeux, de ne pas avoir donné de lignes directrices à l’organe. Dans le détail: «aucun objectif ou indicateur en lien avec cette thématique» couplé avec un «pilotage stratégique insuffisant» qui aboutit à des «difficultés à évaluer les activités au regard des objectifs légaux».

Audit nuancé

Si Isabelle Terrier a estimé que l’organe «remplit ses missions de manière satisfaisante, elle a souligné qu’il doit aujourd’hui «s’atteler à améliorer sa performance». Le regard porté par la Cour des comptes sur les activités du BIE est à l’avenant: il n’y a pas de problèmes d’insuffisance ni de mauvaise volonté de la part de la direction et des collaborateurs, bien au contraire, puisqu’ils sont loués pour leurs compétences, leur engagement et leur implication. Là où les choses pèchent, c’est au niveau du «monitoring» des programmes. Ainsi la Cour a noté que le dispositif mis en place au niveau de l’Agenda intégration suisse est «globalement pertinent», mais «souffre d’une coordination insuffisante». La présidente a estimé qu’il y avait des gains d’efficience possibles, épinglant au passage des «tableaux Excel remplis manuellement et illisibles».

Genève à la traîne

Le Canton du bout du lac a beau abriter une forte population d’étrangers, à savoir 40%, il n’en est pas moins un cancre en matière d’employabilité des personnes et réfugiés admis à titre provisoire. En 2020, ce taux s’élevait à 25,6% contre 46% en moyenne suisse. En ce qui concerne les réfugiés reconnus, le chiffre plonge à 15,1%. Dans les deux cas, Genève est lanterne rouge. Un mauvais score, soit, mais «en constante augmentation», a insisté Nicolas Roguet, délégué à l’intégration. Il y a une évolution, qui pour positive qu’elle soit, est partagée au niveau fédéral. Quant à savoir pourquoi Genève est mauvais élève, la Cour a posé la question au Secrétariat d’Etat aux migrations(SEM), sans obtenir de réponse ferme. «Le SEM a émis plusieurs hypothèses, a relayé Isabelle Terrier. Genève aurait priorisé les programmes occupationnels plutôt que qualifiants et manquerait de stratégie. Les aides sociales pourraient également constituer un frein à l’employabilité.»

Pour ce qui est du Programme d’intégration cantonale (PIC), Isabelle Terrier a indiqué avoir le sentiment que, pour le Conseil d’Etat, il faisait office de politique. «Or, après 2023, on ne sait pas si ces programmes vont se poursuivre. Genève doit donc réfléchir à l’horizon 5 à 10 ans, tant aux objectifs qu’aux financements». Les projets créés et portés par le BIE sont évalués positivement, alors que le suivi des projets menés par des organismes externes souffre de «faiblesses». «Il y a un problème de définition des objectifs et des indicateurs et donc, il n’y a pas de mesures en retour», a noté Isabelle Terrier. De même, «les données financières et non-financières transmises à la Confédération» pour rendre compte de l’utilisation des fonds ne sont pas fiables.

Pas de recul

De manière plus générale, le rapport relève que le «BIE est constamment dans l’action et n’a pas pris le recul nécessaire pour évaluer son organisation, ses activités et optimiser l’utilisation de ses ressources». Ainsi, la Cour a émis dix recommandations à l’adresse du Bureau et du Département de la cohésion sociale. Il s’agit notamment de définir des lignes directrice, d’améliorer la coordination du dispositif AIS, de mettre en place des indicateurs de performance et une stratégie de ressources humaines afin d’éviter la perte de compétences au départ de certains collaborateurs clés. Pour ce qui est des subventions, la Cour des comptes a estimé qu’il fallait en recentrer l’usage sur un nombre moins élevé de bénéficiaires. Isabelle Terrier a tout de même relevé que le BIE n’avait pas attendu la publication du rapport pour s’atteler à la tâche.

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