Actualisé 14.02.2019 à 11:01

Suisse

Le burn-out, bientôt une maladie professionnelle?

Une commission du National va empoigner une initiative de Mathias Reynard pour faire reconnaître le syndrome d'épuisement professionnel dans la LaMal.

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cht/nxp
De plus en plus de Suisses font des burn-out.

De plus en plus de Suisses font des burn-out.

AFP

Selon le Job Stress Index 2018 de Promotion Santé Suisse, une personne active sur quatre serait soumise à du stress au travail, un chiffre qui ne cesse d'augmenter. Et 30% des employés se sentent épuisés émotionnellement, avec le risque qu'ils subissent un jour un burn-out. Or aujourd'hui, ce dernier n'est pas une maladie reconnue. Cela va peut-être changer. En effet, la commission de la santé du National va empoigner vendredi une initiative parlementaire déposée en mars dernier par le socialiste valaisan Mathias Reynard, rappelle le «Tages-Anzeiger» jeudi.

Une dépression

Son texte demande à ce que le syndrome d'épuisement professionnel soit reconnu comme maladie professionnelle. Selon lui, dans l'assurance maladie, le burn-out n'est pris en charge que sous l'angle d'une dépression, ce qui réduit les cas pouvant être couverts. Et il estime que sa reconnaissance «permettrait une meilleure prise en charge des patients, faciliterait la réinsertion professionnelle et permettrait de renforcer la prévention de son apparition.»

Mathias Reynard fait référence notamment à plusieurs études qui ont démontré l'augmentation du stress perçu par les travailleurs en raison des «mutations profondes que subit le monde du travail ces dernières décennies». Un stress qui coûte aux employeurs quelque 6,5 milliards de francs par an, soit environ 1% du produit intérieur brut de la Suisse.

Médecins du travail favorables

La médecin du travail Brigitta Danuser, Cheffe du pôle Santé à l'Institut universitaire romand de santé au travail (IST) est favorable à son texte, souligne le Tagi. Parce que si l'épuisement professionnel figurait sur la liste des maladies professionnelles, les employeurs devraient en faire davantage pour prévenir le stress au travail, estime-t-elle. Cette reconnaissance aurait aussi l'avantage que l'assurance accidents couvrirait les frais de traitement et qu'aucune franchise ne devrait être payée.

Mais si le burn-out est répandu en Suisse, l'experte ne s'attend pas à ce que de nombreux cas soient reconnus comme maladies professionnelles. Ceci en raison d'obstacles juridiques de taille. Ainsi, il faut qu'une maladie soit causée au moins pour moitié par des activités professionnelles. Et jusqu'ici, aucune maladie mentale liée au travail n'a jamais été reconnue en Suisse.

Le psychologue Niklas Baer est lui aussi favorable au texte de Mathias Reynard. Mais pour d'autres raisons. Il estime que l'initiative permettrait de donner plus de poids aux maladies psychologiques qui seraient ainsi moins stigmatisées. Mais toute la difficulté sera de différencier les facteurs du burn-out des autres causes, souligne-t-il.

Employeurs opposés

En revanche, du côté des employeurs, on se montre sceptique. En effet, pour Martin Kaiser, de l'Union suisse des arts et métiers (USAM), le burn-out est souvent dû à plusieurs facteurs qui ne sont pas forcément professionnels mais aussi privés. Il reconnaît toutefois que d'une manière ou d'une autre, les employeurs doivent reconnaître la situation sur le lieu de travail le plus tôt possible et prendre des mesures appropriées.

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