Avion détourné - «Le but, c’est de brouiller les pistes»
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Avion détourné«Le but, c’est de brouiller les pistes»

Peu après l’arrestation du journaliste d’opposition bélarusse Roman Protassevitch, une campagne de diffamation et de désinformation destinée à le discréditer a été lancée sur internet.


Le journaliste bélarusse Roman Protassevitch se retrouve au centre d’une campagne de sabotage similaire à celle lancée par le Kremlin contre Alexeï Navalny, notamment. Des articles lui prêtant des liens avec des groupements néonazis sont apparus initialement dans les médias de langue russe avant de se propager rapidement dans des dizaines de langues. Des photos de jeunes hommes faisant des saluts nazis ou portant des insignes SS ont commencé à apparaître sur les réseaux sociaux, prétendant montrer le journaliste dans sa jeunesse.

L’AFP a retrouvé l’homme sur la photo avec le salut nazi. Il s’agit de Konstantin Akhromenko.
Le jeune bélarusse a confirmé son identité et a déclaré que la photo avait été prise «il y a 10-12 ans». «Nous n’avons jamais été des nazis. Nous avons pris de telles photos juste pour rire, parce que la propagande d’État nous a traités de nazis», a-t-il déclaré. De même, l’homme au casque SS s’est avéré être non pas Roman Protassevitch mais Eduard Lobov, un ancien prisonnier politique bélarusse devenu combattant dans l’est de l’Ukraine.

«Nous avons pris de telles photos juste pour rire, parce que la propagande d’État nous a traités de nazis», a expliqué Konstantin Akhromenko, qui figure sur la photo avec Roman Protassevitch.

De nombreuses affirmations affichées en ligne s’appuient sur le fait que Protassevitch, de son propre aveu, a passé du temps avec des unités paramilitaires ukrainiennes dans l’est du pays après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. Le qualifiant de «terroriste» et d’«extrémiste», celles-ci indiquent qu'il avait combattu avec le bataillon Azov, dont certains soldats sont connus pour leurs opinions néonazies.

La famille de Protassevitch, ses collègues et même certains combattants d’Azov insistent sur le fait qu’il n’était en Ukraine qu’en tant que journaliste, bien qu’intégré avec les forces ukrainiennes luttant contre les séparatistes soutenus par la Russie. Certaines déclarations en ligne concernant Protassevitch contiennent des photos d’un jeune homme en uniforme militaire. L’AFP n’a pas été en mesure de vérifier s’il s’agit bien de lui. Sur certaines des photos qui lui ressemblent, le jeune homme porte un uniforme militaire, sur d’autres, il brandit une Kalachnikov.

Vladislav Sobolevski, chef d’état-major du bataillon Azov entre 2014 et 2017, a déclaré que Protassevitch s’était engagé en tant que journaliste pour «aider l’Ukraine, et dans le futur pour aider son propre pays». «Ses opinions étaient: ‹Loukachenko doit partir. Le Bélarus devrait être libre», a-t-il déclaré. De même, le père de l’opposant, Dmitri, qui vit en Pologne, a souligné que son fils «était et est un journaliste».
«Il était dans le Donbass en tant que journaliste faisant son travail», a-t-il déclaré.

Cela a été confirmé à la fois par le commandant d’Azov Andrii Biletski et par la porte-parole du bataillon Anastasia Rimar, qui ont tous les deux déclaré que Protassevitch suivait l’unité uniquement pour rendre compte de l’action et n’avait pas pris une part active aux combats.

Le journaliste de 26 ans a souvent mentionné son séjour en Ukraine dans ses entretiens. Une vidéo de lui en train d’être soigné pour une blessure existe également. Mais il a toujours soutenu qu’il était là pour documenter les combats plutôt que de se battre lui-même. Selon Euvsdisinfo.eu, un projet du service extérieur de l’Union européenne mis en place pour lutter contre la désinformation russe, il s’agit d’une tentative délibérée de «dénigrement» de Protassevitch.

«Tous les signes de la propagande typique du Kremlin»


La Russie est un allié clé de Loukachenko, qui a emprisonné des centaines d’opposants à la suite des manifestations de masse qui ont éclaté après sa réélection contestée l’année dernière.
Un tel mélange de faits, de mensonges et d’accusations infondées ou non prouvables «porte tous les signes de la propagande typique du Kremlin», a déclaré Jakub Kalensky, chercheur principal à l’Atlantic Council, un groupe de réflexion basé à Washington. «Le but n’est pas de convaincre le public d’une version de l’événement, mais de présenter de nombreuses versions différentes, de brouiller les pistes et d’enterrer les faits sous une épaisse couche de mensonges», estime-t-il.

(AFP)

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